IT Forum : 7 stratégies pour accélérer la transformation numérique du Bénin

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Cotonou, le 6 septembre 2016. De g. à d., Mohamadou Diallo, directeur de publication de CIO Mag, Eric Adja, directeur adjoint de la Francophonie économique et numérique, Wilfried Codjia, directeur du Cabinet au ministère de l'Economie numérique et de la Communication du Bénin, et Camarou Rodrigue Bello, secrétaire général adjoint de la Chambre de commerce et d'industrie (CCIB) lors de la cérémonie d'ouverture de la 2ème édition de l'IT Forum numérique Bénin.

(CIO Mag) – Un panel d’experts nationaux et internationaux réuni pour identifier les leviers devant permettre de promouvoir le Plan « Ennov Bénin 2021 ». Résultat atteint hier mardi à la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (CCIB) par le magazine panafricain CIO Mag, qui y a organisé la 2ème édition de l’IT Forum numérique Bénin. Et cela, en partie grâce aux sept (7) recommandations des panélistes visant à accélérer la transformation numérique de l’Administration. Les voici :

Une fiscalité plus souple

La révolution numérique est un enjeu pour une Afrique « historiquement connectée » mais encore à la traîne dans le secteur de l’e-administration. Partant de ce constat, Jean-Michel Huet, Partner BearingPoint, est convaincu que le développement numérique du Bénin, à l’instar des autres pays d’Afrique, viendra de l’Administration qui doit « donner le tempo » en modernisant ses services. Cela dépend, selon lui, de la capacité des acteurs à travailler sur un nouvel écosystème, avec la création d’incubateurs pour créer des emplois au sein des métiers du numérique. En outre, Jean-Michel Huet recommande de former les acteurs notamment dans les métiers du datacenter. Enfin, il invite l’Etat du Bénin à lever les freins au développement numérique en adoptant une fiscalité qui incite à l’investissement.

Des mesures incitatives pour l’Administration

Directeur général de Bénin Télécom Service, Medea César Dégbé pense que l’Administration sera plus enclin à s’engager sur la voie de la transformation numérique si elle est motivée en cela par des mesures incitatives. Il peut s’agir par exemple de prélèvements effectués sur les tarifs d’accès aux services publics payables via le mobile money. « Il faut trouver un incitatif pour les administrations qui déploient ces services. Le noeud de la question est que chacun y trouve son compte », a suggéré César Dégbé.

Trois piliers à adresser parallèlement

Pour Hicham Saoud, Responsable du pôle de Services e-Gouvernment chez Sofrecom, la transformation numérique est à la fois une chance et une priorité pour les pays africains. Une chance parce qu’elle est porteuse de développement des usages et des services administratifs en ligne. Une priorité pour tous les pays en voie de développement dans un contexte où les populations, de plus en plus connectées, réclament des services connectés, plus rapides et à forte valeur ajoutée. C’est pourquoi, les gouvernements doivent se positionner comme les piliers d’une Administration publique exemplaire. C’est-à-dire, une administration qui comprend les attentes et les aspirations des citoyens et y répond via le numérique. En s’appuyant notamment sur trois piliers : connectivité et infrastructures, services numériques et renforcement des capacités. « Ce sont des piliers qu’on doit adresser en parallèle », conseille-t-il.

Un cadre juridique institutionnel

En ce qui le concerne, Dr Olivier Capo-Chichi, coordonnateur du projet eBenin, a identifié cinq axes stratégiques pour atteindre les objectifs d’une administration moderne. Ce sont : l’adoption d’un cadre juridique institutionnel qui gouvernera durablement le secteur des télécommunications ; la construction d’infrastructures de télécommunications ; des ressources humaines formées depuis le cycle primaire ; la création de contenus adoptés aux besoins des populations ; et l’instauration d’une saine compétition entre acteurs du numérique afin d’en sélectionner les meilleurs pour « une société de l’informatique solide et prospère ».

Des infrastructures mutualisées

Khassoum Wone, fondateur et Président-directeur général de Innov4africa, a énuméré, quant à lui, les facteurs clés de succès et d’échec des projets e-Gouv en Afrique. Si l’amélioration de la qualité des services publics favorisera l’émergence des e-citoyens et des e-entreprises, il n’en demeure pas moins vrai que la multiplication des bases de données dans l’Administration publique constitue un frein au développement numérique. Aussi invite-t-il à mutualiser les infrastructures par la mise en oeuvre de projets communs. Autre facteur d’échec identifié par l’ex directeur général de l’Agence de développement de l’Informatique de l’Etat (ADIE) du Sénégal: « L’Etat veut faire tout lui seul. Chaque directeur général veut mettre en œuvre sa propre vision. On est dans un perpétuel recommencement », a déploré Khassoum Wone. Qui préconise par conséquent la définition de « contrats clairs » avec le Privé. Comme solution de financement, il recommande le modèle BOT (Build, operate and transfer) et « les financements liés sans attendre le financement de l’Etat ».

Une économie collaborative

Le Bénin a régressé dans les classements internationaux par rapport aux autres pays de la région comme le Mali et le Nigeria, alors qu’il ambitionne de se placer parmi les économies africaines émergentes. Pour combler ce gap, Alain Ducas, expert en Transformation numérique, recommande au Bénin d’aller vers  une économie collaborative basée sur le partage. « Les africains savent partager mais ne le font pas », a constaté M. Ducas, avant d’ajouter : « Le Bénin ne va pas progresser s’il ne va pas prendre l’expérience des autres en participant aux colloques sur les secteurs et les partager. Cela ne peut pas se faire entre Béninois mais avec des partenaires. »

Des jeunes Béninois formés dans le codage, la création d’entreprise et le marketing

Pour Eric Adja, directeur adjoint de la Francophonie économique et numérique, le développement du digital en Afrique passe par la formation des ressources humaines dans les métiers du numérique. Certes, l’élan a été donné par Google qui a annoncé la formation d’un million de jeunes dans deux programmes différents. Mais cette initiative pèche dans le choix des pays qui sont tous anglophones. Pour éviter que le projet de Google n’agrandisse davantage le fossé numérique entre les Etats, une chance sera offerte aux jeunes francophones. Dans le cadre d’un projet soutenu par SAP, ISOC France et le magazine CIO Mag. Celui-ci vise à former 100 000 jeunes dans le codage, la création d’entreprise et le marketing. Douze pays pilotes ont été choisis à cet effet, et le Bénin en fait partie. Pour Eric Adja, cette initiative permettra aux jeunes Béninois de créer des entreprises viables. A l’en croire, le projet démarrera dès octobre 2016 sous forme de Cours en ligne ouvert et massif (CLOM). « Beaucoup de jeunes Béninois n’ont pas attendu la Francophonie pour vivre du numérique mais ils ont besoin d’être appuyés et accompagnés », a déclaré le directeur adjoint de la Francophonie économique et numérique.

Anselme Akéko,
Envoyé spécial à Cotonou

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