Côte d’Ivoire : le Covid-19 pourrait accélérer le télétravail

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(CIO Mag) – « Chez nous, on se prépare au télétravail pour parer toute situation d’urgence», dit l’une. « Ah, tu vois qu’on n’a pas besoin d’un mot du gouvernement pour ça », lui répond l’autre. « C’est bien beau, mais si ton travail dépend de quelqu’un d’autre qui est encore au stade du manuel, comment tu fais ? » s’interroge la première. Ça papote sur Facebook. Nombre de propositions sont faites sur le réseau social pour permettre à l’Ivoirien de pouvoir travailler depuis son domicile.

L’objectif est de freiner la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19). De plus, le travail à distance permet, entre autres, de réduire le nombre d’usagers dans les transports en commun et de limiter au maximum les contacts, vecteur de contamination. Une question demeure : le télétravail est-il faisable en Côte d’Ivoire ?

« Avons-nous les outils pour mettre en place le télétravail de masse ? L’intention est bonne, mais l’Administration publique dispose-t-elle de l’infrastructure pour le faire ? » se demande Georges*, un chargé de projets informatiques, interrogé par CIO Mag.

Applications de messagerie électronique

« A la limite, ce qui est possible aujourd’hui dans le secteur public, ce sont les réunions en ligne, grâce aux applications de messagerie électronique comme WhatsApp, Skype, le réseau social Microsoft Teams, la suite Google et d’autres plateformes plus sophistiquées comme TeamViewer, qui permettent des visio-conférences et le transfert de fichiers », poursuit le spécialiste.

D’après notre source, la visio-conférence a été mise en place dans quelques administrations, comme le Trésor. « Mais cela n’existe pas dans l’ensemble de la Fonction publique. »

Quant à la possibilité de signer un document sur Internet ? « Je ne pense pas que ce soit faisable », répond-il avant de souligner que l’Autorité de régulation des télécommunications de Côte d’Ivoire (ARTCI) a procédé, il y a quelques années, à l’agrément de prestataires de services de certification électronique. « La loi qui donne valeur légale à la signature électronique n’a pas encore été prise », rappelle-t-il.

Selon notre interlocuteur, il faudra à la Côte d’Ivoire « un certain temps » pour mettre le télétravail en place, à l’instar des pays développés et des multinationales qui sont habitués à ces solutions collaboratives. « Nous n’avons pas autant d’outils dans le domaine, et si l’épidémie de Covid-19 doit durer, c’est peut-être le moment de commencer », ajoute l’informaticien, spécialiste en conception, développement et gestion de systèmes d’information.

Télé-enseignement

A l’en croire, des solutions existent dans le secteur de l’éducation, mais elles restent des initiatives privées. « Dans les circonstances actuelles, des écoles envoient par email des polycopies à leurs élèves pour permettre les révisions, en attendant la reprise des cours. C’est une forme de télétravail qu’on peut organiser au plan national », commente notre source.

Dans le milieu, on cite aussi la startup ivoirienne de e-Learning Etudesk, issue de la Fondation Jeunesse Numérique. Elle accompagne plus de 14 établissements fermés à cause du Covid-19 dans la mise en place de plateformes personnalisées de télé-enseignement. « Avec cette crise, on est parti pour au moins un mois de fermeture. L’Etat peut donc s’associer à ces initiatives pour implémenter des technologies à l’échelle du pays », explique encore notre spécialiste.

Digitalisation

Au demeurant, le télétravail présente bien des avantages dans le contexte de crise actuel. Notamment la diminution du stress lié aux transports et la possibilité de travailler depuis un smartphone, pour ce qui concerne les emplois «télétravaillables».

Pour une population de 25,8 millions d’habitants, le régulateur télécoms dénombre 36,8 millions de connexions à la téléphonie mobile. Soit un taux de pénétration de 141,6%. En sus, 34 millions de smartphones sont utilisés dans le pays, et 98% des usages se réalisent sur les réseaux sociaux. Autant d’éléments factuels qui font dire que la Côte d’Ivoire se digitalise massivement.

C’est sans doute au regard de ce potentiel que le ministre ivoirien de l’Economie numérique et de la Poste exhorte l’Administration publique à opter pour des solutions de télétravail à travers des moyens digitaux. Sanogo Mamadou encourage les décideurs du public et du privé à autoriser les agents, dont la présence au bureau n’est pas nécessaire, à rester chez eux pour travailler.

Pour l’heure, la réorganisation du travail dans l’Administration publique pendant la crise du coronavirus consiste en un aménagement horaire : 8h – 14h sans interruption. Il y est surtout prescrit le travail par roulement avec le système de double vacation.

Anselme AKEKO, Abidjan

*Le nom a été modifié à la demande de l’intéressé.

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