Euloge Soro-Kipeya, Dg ANSUT: «Pour 2016, nous sommes en train de mettre en place un système d’information des marchés agricoles »

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Déploiement de réseaux de fibres optiques et CDMA en Côte d’Ivoire ; conduite du projet présidentiel « Un citoyen, un ordinateur, une connexion internet »: Euloge Soro-Kipeya (photo), Directeur général de l’Agence nationale du service universel de télécommunications (Ansut) a fait, dimanche, sur la chaîne de télévision publique, le point de ses réalisations depuis sa nomination en mars 2012 et annoncé les projets en vue pour 2016. Tel la mise en place d’un système d’information des marchés agricoles.  

Monsieur le directeur général de l’Ansut, quelles sont vos missions ?

L’agence nationale du service universel de télécommunications (Ansut) est une société créée par l’Etat de Côte d’Ivoire pour apporter partout sur toute l’étendue du territoire, aux individus, aux sociétés, des services de télécommunications essentiels que sont la téléphonie mobile, la téléphonie fixe et l’internet. Pour fixer dans l’esprit des Ivoiriens le positionnement ou la nature des activités d’une telle agence, il faut faire le parallèle avec ce qui se fait dans le secteur de la route. En Côte d’Ivoire, il existe l’Ageroute et le fonds d’entretien routier qui sont en charge de la construction et de l’entretien des routes. L’Etat aussi a jugé nécessaire, eu égard à l’importance des services de télécommunications et des TIC, de créer une agence qui permettra, partout sur l’étendue du territoire, aux Ivoiriens de pouvoir avoir accès à ces services.

Vous me direz : pourquoi une telle agence quand on sait qu’il existe des opérateurs privés qui se proposent de rendre ses services disponibles auprès des populations ? Je vous répondrai que simplement, parce que sur toute l’étendue du territoire ces services ne sont pas nécessairement disponibles. Les opérateurs privés, il faut le garder à l’esprit, ont pour vocation première de faire du profit. Et là où les investissements sont nécessaires et que le marché, la clientèle ne peut pas justifier des revenus conséquents, les opérateurs ne font pas ces investissements. Donc, nous, nous les accompagnons pour que eux ils puissent soutenir leur fonds d’investissement, en s’appuyant sur l’Etat pour pouvoir aller offrir ces services là aux populations.

De façon plus claire, comment vous fonctionnez?

Les ressources de l’agence proviennent de la parafiscalité. C’est 2 % du chiffre d’affaires des opérateurs de télécommunications qui est reversé chaque mois aux entreprises, ce qui représente en moyenne, par an, environ 20 milliards de francs Cfa. Donc, c’est sur ces ressources disponibles que nous qualifions certains projets et que nous les mettons en oeuvre. L’agence, ici, se charge de passer les marchés avec les prestataires, de suivre la mise en oeuvre de ces projets, et par la suite les mettre à la disposition des bénéficiaires qui, eux, s’en servent.

Nous avons parlé de vos projets mais quelles sont les actions concrètes que vous avez menées depuis votre création en mars 2012?

L’agence a été créée en mars 2012 par ordonnance du 21 mars 2012. Elle a commencé effectivement ses activités à partir de 2013, année de la mise en place de son conseil d’administration qui s’est faite au mois de juin et de la nomination de son directeur général que je suis. Donc, à partir de cette année 2013, nous avons démarré ou poursuivi des projets qui étaient déjà en cours. Parce qu’il est bon de rappeler que l’Ansut a été créée sur les cendres du Fonds national des télécommunications que j’avais eu moi-même l’honneur de présider en tant que président du comité technique.

Donc, nous avons pour l’essentiel mis en oeuvre des projets que j’ai qualifiés de structurants, qui sont celui du déploiement de la fibre optique sur toute l’étendue du territoire; le projet de déploiement d’un réseau de téléphonie fixe à base de technologie sans fil, qui est le fameux CDMA dont nous avons longuement parlé l’année dernière, et le dernier projet, porté celui-là par le président de la République, c’est le projet « Un citoyen, un ordinateur, une connexion internet ». Je voudrais juste pouvoir m’appesantir sur ces trois projets phares qui, de mon point de vue, constituent des réalisations et de belles réalisations pour l’Agence nationale du service universel des télécommunications.

Quel bilan tracez-vous déjà concernant ces trois projets phares?

Ecoutez, je ne vais pas trahir un secret en disant que demain (lundi 30 novembre 2015, ndlr), à la primature, se tiendra une cérémonie pour lancer la mise en service du réseau national de fibre optique. Il s’agit du réseau de fibre optique que nous avons construit. Ce projet va désormais être opérationnel. Il permettra assurément, dans les années à venir, probablement dans les mois à venir, de rendre les services de télécommunications disponibles pour toute l’administration, pour les entreprises et pour le citoyen. Ce service a un coût accessible, parce que le but induit par la construction de ce type d’infrastructure, c’est à terme d’avoir une réduction des tarifs des services qui sont aujourd’hui offerts par les opérateurs de télécommunications.

Monsieur le directeur général, vous devez choisir et financer des infrastructures, vous en avez les moyens?

Je vous ai dit tout à l’heure que nos revenus proviennent essentiellement de la parafiscalité, et je vous ai dit de façon plus précise que c’était 2 % du chiffre d’affaires des opérateurs de télécommunications, ce qui représente environ 20 milliards de francs Cfa. Dans le secteur qui est le nôtre, les investissements sont assez capitalistiques, ils demandent énormément d’argent. Ce que nous faisons, avec les ressources qui sont disponibles, nous allons souvent sur les marchés financiers pour chercher des prêts pour pouvoir faire face aux investissements qui sont retenus. Juste pour fixer les investissements de l’agence dans l’esprit des Ivoiriens, il faut savoir que le portefeuille qui nous a été confié pour les années 2013, 2014, 2015 et 2016 s’élève à environ 300 milliards de francs Cfa.

Vous avez aussi une mission d’information et de formation des populations. Comment cela se passe? A travers les réseaux sociaux, nous tenons les populations informées des activités qui sont les nôtres, parce que les services qui sont déployés sont déployés pour ces populations-là. Elles doivent être informées de l’existence de ces services. Ça, c’est le premier rôle que nous avons, nous le faisons tout-azimut à travers les réseaux sociaux, à travers les médias traditionnels de communication que sont la télévision, la presse écrite ou la radio. Mais à côté du fait d’informer les populations, nous devons aussi former les bénéficiaires de ces projets.

Le tout n’est pas de créer ou de rendre disponibles des services mais de s’assurer que les bénéficiaires savent s’en servir. Et ça, c’est aussi une de nos missions importantes, celles que nous appelons communément la conduite des changements.

Votre agence a lancé justement, en septembre de cette année, l’Ansut tour, une caravane d’information qui a sillonné tout le pays. Quel bilan ?

C’est la raison principale de ma présence sur ce plateau. Cette caravane qui a été organisée pendant un mois était pour nous une occasion de tenir informé l’ensemble de nos populations. De façon assez proche, faire une communication de proximité pour dire aux populations que désormais là où l’internet n’était pas disponible, aujourd’hui l’Etat donne les moyens de faire en sorte que ce service soit disponible.

Nous avons sillonné l’ensemble de nos villes et régions, nous nous sommes arrêtés de façon particulière dans six grandes localités, parce que c’était aussi l’occasion pour nous d’inaugurer certains services que nous avons rendu disponibles dans ces localités. La même opération sera-t-elle lancée chaque année? Cette année déjà ce que nous avons eu comme résultat, pour vous donner un peu de détails sur le contenu de la caravane, nous avions aménagé deux autobus dans lesquels nous avions 20 postes d’ordinateurs, pour permettre à certaines personnes qui n’avaient certainement pas l’occasion de pouvoir se payer une connexion dans un cybercafé de pouvoir avoir accès à ces services.

Sur le mois qu’a couru la caravane, nous avons eu au moins 2000 visites pour chacun des autobus qui contenait chacun 20 postes. C’est vous dire qu’en moyenne, nous avons eu à peu près une centaine de rotation. Ça veut dire tout l’engouement des populations pour ces services-là. Il est important de retenir que ces services intéressent au premier-chef nos populations. Ces services changent la vie de ces populations, ils améliorent leurs performances dans les domaines d’activité qui sont les leurs. C’est simplement parce que ces services n’existaient pas que les populations ne s’en servent pas.

Abidjan, Yamoussoukro, Gagnoa, Jacqueville, Agboville, Grand-Bassam, bref, uniquement des centres urbains où les TIC sont déjà présents. Quel est le sort des zones non desservies par les opérateurs télécoms?

Sur 2014, nous nous étions faits fort de déployer le réseau téléphonie fixe sans fil que nous appelons le réseau CDMA. Ça a été l’occasion pour nous de parcourir les contrées les plus reculées.

Nous avons été dans le Nord de la Côte d’Ivoire, dans l’Ouest, nous avons été dans toutes les petites localités qui avaient été desservies par ce réseau. Sur 2015, nous avons plutôt voulu mettre en avant d’autres types de services, essentiellement des services TIC : la connectivité à internet, l’utilisation des ordinateurs. A la faveur justement du lancement du projet « Un citoyen, un ordinateur », nous nous sommes dits que c’était un axe plus approprié d’intervention plutôt que de retourner encore dans lesdites localités.

De toutes façons, le succès qu’a connu la caravane appelle nécessairement à sa reconduction pour les années à venir. Donc, sur 2016, nous irons là où nous n’avons pas été en 2015.

Peu de gens savent que vous intervenez dans le domaine de l’e-éducation.

Dans ce domaine, il bon de savoir que les TIC ont un caractère transversal. Elles ont pour fonction essentielle d’améliorer la productivité ou la qualité de vie des personnes qui en font usage. Aujourd’hui, nous avons, avec les instructions du gouvernement, ciblé principalement dans un premier temps, le secteur de l’éducation, le secteur de la santé, le secteur de l’agriculture et celui de la sécurité.

Dans le cadre du projet e-éducation, nous avons interconnecté l’ensemble de nos cinq universités, ce qui va permettre aujourd’hui de bénéficier d’infrastructures et de services qui permettent de faire le télé-enseignement. Quand on sait aujourd’hui, le nombre d’étudiants pléthorique dans nos universités; quand on sait aujourd’hui le manque de professeurs face à cette population estudiantine, on se dit qu’avoir choisi dans un premier temps de déployer des infrastructures pour le télé-enseignement – un cours qui est dispensé à partir d’un amphithéâtre et suivi par l’ensemble des étudiants qui sont sur les sites de Korhogo, de Yamoussoukro, Daloa ou autre – représente un gain de temps, un gain d’argent et permet aux étudiants d’être tous au même niveau en même temps.

Quels sont les projets en vue sur lesquels vous travaillez en ce moment ?

Oui, comme je vous le disais tout à l’heure, le secteur qui est le nôtre a un caractère transversal. Il touche tous les secteurs d’activité pour apporter à ces activités encore plus de compétitivité dans ce qu’elles font tous les jours. Aujourd’hui, nous avons ciblé pour 2016 le secteur de l’agriculture. Nous sommes en train de mettre en place un système d’information des marchés agricoles; nous sommes en train de mettre en place des bases de données pour tout ce qui est information agro-météorologique. C’est l’un des projets phares sur lequel nous travaillons pour 2016.

Deuxième projet, c’est celui de la création d’un numéro d’urgence unique, à l’image de celui qui est fait aux Etats-Unis, le 911, qui vous permet à la fois de pouvoir vous adresser au système de secours de santé, le Samu, à la police, aux pompiers. Un seul numéro désormais en Côte d’Ivoire devra permettre de pouvoir avoir le secours de ces différents services là. Le troisième projet, qui n’est pas le moindre, c’est celui du déploiement sur la ville d’Abidjan et sur nos principales localités, d’un système de vidéo-protection.

Et comment faire pour que tous ces projets soient effectivement en activité?

Ecoutez, c’est déjà s’assurer de la formation des bénéficiaires, de s’assurer que tous savent que ces projets existent; donc d’insister de façon forte sur l’existence de ces projets et services, et faire en sorte que les populations dans leur ensemble puissent se les approprier de façon optimale.

Votre message pour terminer ?

Je sais que les attentes sont énormes par rapport à l’agence. Parce que je reçois tous les jours un courrier d’un sous-préfet ou simplement d’une personne anonyme vivant dans telle ou telle région de la Côte d’Ivoire nous demandant quand est-ce que le téléphone fixe ou le téléphone mobile sera disponible dans leurs régions. Souvent, c’est : quand est-ce que nous pourrons avoir accès à l’internet et à des coûts qui sont à notre portée? Je veux juste rassurer les uns et les autres que nous ferons en sorte dans les années à venir que ces services qui sont indispensables à l’ensemble de nos populations et aux entreprises soient accessibles à des coûts qui vont chaque année connaître une réduction.

C’est cela vraiment la mission qui nous a été assignée. De faire en sorte que par les investissements judicieux que nous réaliserons, que ces technologies puissent se déployer le plus rapidement possible et qu’elles soient accessibles parce que les coûts auxquels elles auraient été déployées permettront d’avoir les tarifs qui soient les moins chers possibles.

Entretien retranscrit sur RTI1

Par Anselme AKEKO

2 COMMENTAIRES

  1. et le projet un etudiant un ordinateur. jai pa encore soldé le site est fermé. comment faire? on nous dit rien nous sommes a quel niveau du projet. dites nous quelques choses

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