Les européens ont tellement à apprendre des africains

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Georges-Edouard DIAS, Co-Founder et Chief Strategy Officer de QuantStreams.

Participant à la première édition du NxSE, tenue à l’Ile de la Réunion, Georges-Edouard DIAS, Co-Founder et Chief Strategy Officer de QuantStreams, une start-up Lausannoise qui veut rendre les marques « hospitalières » en les faisant passer d’un esprit de gouvernance du consommateur à un esprit de services du consommateur et en mettant en avant des valeurs telles que l’esprit de générosité, de bienveillance et d’humanité pour mieux « servir ». Pour cet enseignant à HEC Paris et à la MSB à Tunis et ancien CDO de L’Oréal pendant près de 15 ans, La Réunion, la terre la plus africaine d’Europe, pourrait jouer un rôle de passeur entre l’Afrique et l’Europe.

(CIO Mag) – La plus grande difficulté que rencontrent des entreprises européennes pour pénétrer les marchés africains réside non pas sur la pertinence des produits et services qu’elles commercialisent mais plutôt dans leur capacité à intégrer un système de micro-distribution et/ou de micro-communication propre à l’Afrique. Avec la multiplicité des langues locales et l’absence d’infrastructures de grande distribution, il ne peut y avoir une communication fluide à grande échelle. Il convient de s’adapter au contexte local en développant la valeur telle que la ruralité comme c’est le cas avec l’Inde où la croissance dans les zones rurales est supérieure à celle des zones urbaines. « En combinant intelligemment ces multiples points de distribution, de communication, on peut les relier pour ainsi créer un réseau avec une réelle valeur », explique Georges Edouard DIAS lors d’un panel sur la promotion de l’entreprenariat africain via les TIC. Pour lui : « Jumia est issu du modèle Rocket Internet, du nom de l’usine à start-up allemande qui consiste à dupliquer et européaniser à grande échelle les succès du Web. C’est sur ce modèle  en effet que le groupe allemand en coopération avec des entreprises françaises a donné naissance à 200 starts-up en huit ans. Jumia, une usine à « start-ups » avec une dialectique « top-down ».« Ce n’est pas comme cela qu’on va aider les Africains ou la French Tech en Afrique. » Les entreprises européennes ont tellement à apprendre des africaines en mettant en place une approche « Bottom-Up ». Il est fondamental de comprendre que la capacité de conquête de nouveaux marchés passe aujourd’hui par un esprit de services d’où l’importance de savoir écouter les autres pour mieux les servir. Le digital c’est la prise de pouvoir des hommes sur les systèmes.

Atouts de La Réunion 

Il est temps de s’inspirer des modèles africains. Pour cela, il faut avoir la capacité d’écoute et de compréhension des modèles économiques, d’innovation provenant d’Afrique pour pouvoir ensuite les exporter vers l’Europe. Pour le comprendre, il faut le vivre. Il est nécessaire d’avoir des interfaces permettant d’écouter, de rencontrer, d’échanger. La Réunion qui est à la fois un territoire africain et un département français constituerait un endroit idéal pour comprendre, tester et adapter avec des populations qui ont cette double culture. « La Réunion avec ses 800 000 habitants a la taille critique nécessaire pour faire une preuve de concept avant de le diffuser sur le marché africain et l’exporter vers la France et l’Europe », explique Georges Edouard DIAS.

La Réunion concentre de ressources humaines bien formées et dispose des moyens de financiers venant de l’Etat français et de l’UE. En y installant des laboratoires de recherches, ces entreprises bénéficieront d’aides conséquentes leur permettant de mener à bien leurs projets de recherches.  Au moment où le Maroc et la Tunisie misent sur leur proximité géographique avec l’Afrique pour accompagner les entreprises françaises, La Réunion, en tant que département français et Terre d’Europe, pourrait faire valoir des arguments de poids dans son potentiel de passeur entrepreneurial entre l’Europe et l’Afrique en mettant en avant la force financière  et la proximité culturelle. « Cependant, si la Réunion souhaite se positionner de trait d’union entre l’Europe et l’Afrique, il va falloir qu’elle revoit les liaisons aériennes entre l’Ile et le continent africain pour faciliter les échanges », explique Georges Edouard DIAS.

Réunion, le Singapour de l’Afrique 

Pour Edouard DIAS, il est important que la France revoie sa copie pour adapter son modèle d’essaimage de start-Ups à sa propre réalité.  « Au lieu de passer son temps à envoyer des Start-Ups dans la Silicon Valley, le premier cimetière de start-up mondial, la French Tech devrait s’appuyer sur le rôle historique de la France en Afrique pour accompagner son gouvernement dans les programmes d’aide au peuple Africain qui passent, qu’on le veuille ou non par la technologie numérique ». Cette année, plus de 250 starts-ups françaises ont fait le déplacement au CES de Las Vegas. La quasi-majorité de ces start-ups sont prêtes à essaimer en Californie. Plutôt que de créer des Halles d’incubation à tout va au centre de Paris, il propose la mise en place d’un pôle de compétitivité à La Réunion, Terre d’Europe si proche de l’Afrique serait une première étape. Il s’agira ensuite de faire venir des Grandes Ecoles « Parisiennes », y recruter des étudiants venus d’Afrique dans le cadre de programmes d’échange. Une fois ce socle posé, il sera plus facile de créer un CES Africain à La Réunion, approuvé par le CEA en coopération avec les pays Africains, et les institutions Africaines du digital dont Digital Africa et le CETIA. « Les atouts ne manquent pas car la Réunion a une position géographique beaucoup plus centrale que l’Afrique du Sud et beaucoup plus accessible que le Nigeria », selon Georges-Edouard DIAS. Et de conclure qu’avec un peu de volonté politique, la France peut faire de la « Réunion le Singapour de l’Afrique ».

Mohamadou DIALLO

Article paru dans le magazine CIO Mag N°44

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