Smart Cities ou Smart Nation, l’Afrique affiche ses spécificités

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Réunis durant deux journées (29 et 30 octobre 2015), plus de 140 participants ont pris part aux 4èmes Assises de la Transformation Digitale en Afrique organisées par Cio Mag. Six séances plénières regroupant une trentaine d’intervenants de renom ont permis de débattre des enjeux du développement des smart cities en Afrique, selon plusieurs angles : infrastructures, écosystème numérique, big data urbain, plateformes de services numériques, gouvernance et stratégie.

                     

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4èmes Assises de la Transformation digitale en Afrique. Paris, 29 et 30 octobre 2015. © CIO Mag

Les débats et discussions ont été très enrichissants tout au long de ces deux journées et ont permis de souligner la pertinence à concevoir des modèles africains de smart cities répondant aux spécificités des villes africaines.

 

Quelques données clés fournies par l’Idate

Le secteur du numérique connaît une croissance significative portée notamment par les télécoms mobiles. Le marché a une croissance de l’ordre de +6,6% /an et ce niveau de croissance devrait perdurer jusque 2018. Le secteur du numérique représente 2,7% du PIB (soit légèrement au-dessus  de la part observée en Europe ou aux Etats-Unis. Si le secteur du numérique progresse un peu moins vite que le reste de l’économie, il représente un fort relai de croissance dans les autres secteurs de l’économie et génèrent de nombreux effets induits dans l’ensemble de la société.

Les apports sociétaux du numérique fait débat en Afrique au même titre qu’ailleurs sur la planète. La question sous-jacente est de savoir si le numérique doit être considéré comme prioritaire au regard d’autres secteurs économiques. Pour l’IDATE, il est essentiel de considérer le numérique dans son apport transversal à l’économie et à la société, tout en n’occultant pas le débat afin de déterminer la juste place à accorder au soutien à ce secteur.

Les marchés du numérique ont de nombreux défis à relever en Afrique :

  • Maintenir la croissance économique ;
  • Disposer d’un cadre réglementaire stable ;
  • Accorder une vraie priorité à l’accès du plus grand nombre à l’Internet ;
  • Adresser le marché de moyenne gamme ;
  • Favoriser la culture numérique.

Les infrastructures ont donné lieu à de nombreux investissements au cours des dernières années notamment dans le domaine des câbles sous-marins et des grands backbones intra-continentaux. Plusieurs freins au développement des infrastructures ont été relevés :

  • La concentration des investissements sur les infrastructures de transmission au détriment des infrastructures d’accès ;
  • Les prix élevés découlant souvent d’un mauvais dimensionnement des réseaux et des infrastructures ;
  • Des taxes prohibitives.

On note un foisonnement d’initiatives à différents niveaux en Afrique et touchant des échelles transnationales, régionales et nationales. Une attention particulière doit être portée :

  • A encourager le partage, la mutualisation et l’ouverture des infrastructures (le modèle des RIP développé en France peut servir de source d’inspiration pour des modèles à développer en Afrique) ;
  • A renforcer le rôle et l’indépendance des régulateurs ;
  • A assurer l’interconnexion et la sécurisation des réseaux.

 

Les infrastructures, socle du développement

La délégation de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) aux Assises.
La délégation de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) aux Assises. 

Les infrastructures représentent une brique essentielle au développement des smart cities. A ce titre elles ont été déployées dès la conception dans le projet de ville nouvelle porté par la Fondation OCP au Maroc. La ville située entre Casablanca et Marrakech dispose de tout un ensemble d’infrastructures couvrant tant les réseaux que les capteurs.

Le développement des infrastructures numériques de la smart city doit prendre en compte les contraintes budgétaires pesant sur les acteurs publics et amener  élaborer des solutions innovantes pour mobiliser les différentes sources de financement tant publiques que privées. Ce développement doit également considérer la sécurisation de la composante énergétique essentielle au fonctionnement des infrastructures et équipements numériques.

 

Plusieurs initiatives mises en exergue

Le dynamisme de l’écosystème numérique constitue une composante majeure de la smart city. La conception des nouveaux services provient en grande partie de la créativité associée à cet écosystème qu’il convient d’accompagner au mieux pour garantir l’émergence d’acteurs africains de la smart city et un impact positif en termes de création d’activités et d’emplois. Plusieurs initiatives ont été discutées lors de la conférence :

  • Le lancement d’un French Tech Hub à Abidjan et l’initiative Ambition Afrique Numérique visant à resserrer les liens entre l’écosystème numérique français et les écosystèmes numériques africains ;
  • Le parc des technologies numériques de Diamniado à proximité de Dakar au sein duquel un part importante est consacrée à l’incubation de jeunes pousses, notamment du secteur du numérique ;
  • Le projet Tunisia Economic City au sein duquel l’écosystème numérique sera mobilisé pour développer les 14 composantes thématiques du projet (medical city, university city, research & science city, media city…). Un des axes du développement est consacré aux industries culturelles et créatives.

Les conditions du renforcement de l’écosystème numérique doivent être améliorées notamment dans la perspective de renforcer la confiance dans l’économie numérique. Cela implique de travailler sur le cadre juridique et réglementaire, et sur les aspects techniques et économiques.

 

Quid des données et de sa place

Au sein de la smart city, la question des données devient centrale. Dans la ville, plusieurs acteurs sont confrontés à l’exploitation et à l’usage de ces données : institutions (collectivités locales qui veulent rendre la gestion de la ville plus efficace), les opérateurs urbains (télécoms mais aussi tous ceux impliqués dans la ville), la population qui est équipée aujourd’hui des outils numériques avec des attentes pour voir l’évolution du cadre de vie et qui est aussi en capacité d’être producteur de données. On parle beaucoup du big data pour souligner l’ampleur de la numérisation des données, cela va s’appliquer à la ville du fait de sa place importante tant en termes de concentration des populations que d’activités.

Le bon usage des données dans la ville suppose de prendre en compte l’ensemble de la chaîne de valeur. On retrouve forcément les infrastructures avec un angle particulier qui concerne le raccordement des objets connectés (capteurs) mais surtout les réseaux pour assurer la collecte des données. Des nouvelles technologies de transmission apparaissent répondant aux caractéristiques de transmissions de données associées notamment aux capteurs. L’enjeu consiste à assurer une cohérence d’ensemble de ces infrastructures pour éviter au maximum de dupliquer les réseaux de collecte. On trouve également la problématique de l’open data et des conditions de mise à disposition de ces données. Cela nécessite toute une réflexion sur la nature des données à ouvrir, leur fiabilité et mise à jour, sur les formats associés, sur les licences d’exploitation et sur les modèles économiques propices à une réelle valorisation économique. L’ouverture des données ne se décrète pas mais s’accompagne. Enfin, il convient également de prendre conscience de la place des contenus personnels (user generated content) et des réseaux sociaux qui soulignent la place centrale que prend le citoyen dans la production de données urbaines mais aussi son rôle dans la conception de nouveaux services : à ce sujet le  crowdsourcing est une tendance tout à fait intéressante à suivre dans l’optique du développement de nouveaux services pour la smart city.

 

 Des services innovants

Les plateformes de services s’imposent aujourd’hui comme la couche de valorisation des données. Pour certains, on arrive à la 3ème génération des smart cities, celle des éditeurs. Dans les années 90 solutions client-serveur répondaient à des besoins métiers (smart city 1.0). Au cours des années 2000, l’arrivée du web a permis une meilleure prise en compte du citoyen et de l’usager au travers de services dématérialisés ou encore de services mobiles (smart city 2.0). La smart city 3.0 s’entend comme l’interconnexion des données temps réel avec les données métiers au sein de plateformes de services. On estime même que la smart city 4.0 sera portée par la mise en avant de l’analyse prédictive et la capacité à anticiper.

Plusieurs initiatives et projets de services numériques ont été présentés lors de la conférence :

  • Le projet YUSIIP de plateforme d’intégration et d’interopérabilité des systèmes d’information urbain de Yaoundé qui capitalise des données sur le milieu urbain à travers une plateforme fédératrice ;
  • Le programme de dématérisalisation des procédures egov au Sénégal avec un projet de cloud gouvernemental
  • Le cloud gouvernemental du Burkina Faso.

Le développement de la smart city impose d’élaborer de nouvelles règles de gouvernance tenant compte de la complexité propre à la ville qui peut s’appréhender en fonction de plusieurs dimensions :

  • sociétale, pour assurer une participation démocratique des citoyens
  • politique, pour assurer la pérennité des projets à long terme
  • économique, pour rendre le territoire plus attractif aux investisseurs
  • juridique, pour assurer des PPP efficaces
  • réglementaire, pour faciliter le jeu des acteurs et de la concurrence

 

Synthèse réalisée par

L’Idate avec la collaboration de Cio Mag

Plus d’interviews et reportages dans le prochain Cio Mag à paraître fin novembre

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