Genève, 6 juillet 2026 – À l’ouverture du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a lancé un appel solennel aux États, aux entreprises technologiques et à la communauté scientifique pour encadrer sans délai le développement de l’intelligence artificielle (IA). Face à une technologie qui progresse « à une vitesse incontrôlée », il a averti que l’humanité se trouve à un moment charnière où il faut choisir entre « gouverner l’IA par conception » ou « dériver par défaut ».
Une révolution plus rapide que toutes les précédentes
Dès les premières minutes de son discours, le chef de l’ONU a souligné l’accélération sans précédent de l’adoption de l’IA. Selon lui, alors que l’Internet a mis quinze ans à atteindre un milliard d’utilisateurs, l’intelligence artificielle y est parvenue en seulement deux ans. Les nouveaux systèmes ne se contentent plus d’exécuter des instructions : ils écrivent du code, agissent en ligne et prennent des décisions avec une supervision humaine toujours plus réduite. Pour António Guterres, les institutions actuelles ont été conçues pour encadrer des machines qui obéissent, et non des systèmes capables de décider. Cette évolution exige selon lui une réponse politique et réglementaire à l’échelle mondiale.
Trois risques majeurs : vitesse, concentration du pouvoir et désinformation
S’appuyant sur le premier rapport du Panel scientifique international indépendant sur l’IA, présenté lors de l’événement, le Secrétaire général a mis en avant trois sources d’inquiétude.La première concerne la vitesse de déploiement de l’IA, qui dépasse la capacité des gouvernements à la réguler. La deuxième porte sur la concentration des ressources stratégiques – puissance de calcul, données et talents – entre les mains d’un nombre limité d’entreprises et de pays. Cette situation risque, selon lui, d’exclure une grande partie du monde des décisions qui façonneront pourtant son avenir. Le troisième danger est celui de la manipulation de l’information. À l’ère de l’IA générative, un mensonge produit par une machine peut être aussi convaincant que la vérité, tandis que des preuves authentiques peuvent être rejetées comme étant fausses. Une menace directe pour la confiance publique et la stabilité des démocraties.
L’IA comme levier de développement pour les pays du Sud
Malgré ces inquiétudes, António Guterres a insisté sur le potentiel transformateur de l’IA. Il a évoqué les bénéfices déjà observables dans la santé, l’éducation ou encore l’agriculture, notamment dans les régions les moins favorisées.Pour lui, l’intelligence artificielle pourrait permettre de compresser plusieurs décennies de développement en quelques années seulement. « Utilisée à bon escient et largement partagée, elle pourrait devenir le grand égalisateur du XXIe siècle », a-t-il affirmé. Ce message résonne particulièrement pour les pays africains, qui voient dans l’IA une opportunité d’accélérer l’accès aux services essentiels, à l’éducation et à l’innovation, à condition de disposer des infrastructures, des compétences et des ressources nécessaires.
Quatre priorités pour une gouvernance mondiale
Le Secrétaire général a structuré son intervention autour de quatre priorités.La sécurité, d’abord, avec l’établissement de standards internationaux communs pour tester les systèmes avancés et évaluer leurs risques. Il a notamment annoncé un appel à un « AI Child Safety Pledge » destiné à protéger les enfants contre les usages les plus dangereux de l’IA. Les lignes rouges, ensuite. Les droits humains doivent rester non négociables et les décisions critiques dans les domaines de la justice, de la santé ou de la sécurité doivent continuer à relever de la responsabilité humaine.
Le renforcement des capacités constitue la troisième priorité. Alors que les investissements privés dans l’IA ont atteint près d’un demi-billion de dollars l’an dernier, les financements destinés aux pays en développement restent marginaux. Pour réduire cette fracture, l’ONU soutient la création d’un réseau mondial de coopération en matière de capacités IA et prépare la mise en place d’un fonds mondial dédié. Enfin, la transparence environnementale. L’ONU souhaite que les grandes entreprises de l’IA publient l’empreinte carbone, hydrique et foncière de leurs infrastructures et alimentent leurs centres de données par des énergies renouvelables d’ici 2030.
« Les robots tueurs doivent être interdits »
L’un des passages les plus marquants du discours concerne l’utilisation militaire de l’intelligence artificielle. António Guterres a renouvelé son opposition aux systèmes d’armes létales autonomes, qu’il a qualifiés de « killer robots ».Ces systèmes capables de sélectionner et d’attaquer des cibles sans contrôle humain sont, selon lui, « moralement répugnants » et doivent être interdits par le droit international.
Genève, point de départ d’une nouvelle gouvernance mondiale
Pour le Secrétaire général, ce premier Dialogue mondial marque une étape historique. Pour la première fois, l’ensemble des États membres de l’ONU participe à une discussion structurée sur l’avenir de la gouvernance de l’IA. L’initiative s’inscrit dans le prolongement du Pacte pour l’avenir et du Pacte numérique mondial adoptés par les Nations unies en 2024.En conclusion, António Guterres a lancé un avertissement : la génération actuelle pourrait être la dernière à pouvoir définir les règles de coexistence entre l’humanité et les machines intelligentes. « Si l’IA doit être puissante, elle doit être gouvernée. Si elle doit être digne de confiance, ceux qui la développent doivent être responsables », a-t-il déclaré devant les représentants des 193 États réunis à Genève.





