Messaoud Machrhoul, CIO/CTO de Neemba : « Nous ne sacrifions pas la pertinence pour la vitesse, la performance exige les deux. »

Après un parcours de près de vingt ans dans la tech, la data et les systèmes d’information, notamment chez Engie France BtoC, Messaoud Machrhoul a choisi de rejoindre Neemba, distributeur Caterpillar présent dans 11 pays dont 9 en Afrique de l’Ouest. Pour CIO Mag, il revient sur sa vision d’une transformation numérique pragmatique, au service de la performance opérationnelle et de la croissance du continent.

CIO Mag : Après un parcours remarquable chez Engie France BtoC, qu’est-ce qui a motivé votre arrivée chez Neemba ?

Messaoud Machrhoul : Trois éléments ont guidé ma décision.

Le premier, c’est l’Afrique. Le continent connaît une dynamique de croissance et de transformation unique. Rejoindre un groupe présent dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, c’est avoir un impact qui dépasse largement le cadre de l’entreprise.

Le deuxième élément est le projet Neemba lui-même. Le groupe porte une ambition forte : contribuer au développement économique du continent tout en construisant une entreprise d’excellence. Être distributeur Caterpillar implique un niveau d’exigence élevé. Dans un contexte de forte croissance, le système d’information devient un levier essentiel pour accompagner le changement d’échelle.

Enfin, il y a une conviction personnelle. Après vingt années d’expérience dans des environnements internationaux, la suite logique pour moi était de mettre mes compétences au service d’un projet africain ambitieux, porté par des entrepreneurs qui construisent de nouveaux modèles économiques et sociétaux.

CIO Mag : Comment transpose-t-on l’expérience acquise dans un grand groupe international au sein d’une entreprise africaine en forte croissance ?

M.M. : La première chose est de ne pas chercher à copier des modèles. Ce serait une erreur.

L’Afrique de l’Ouest possède ses propres réalités, ses propres forces et parfois même des avancées dont d’autres régions du monde pourraient s’inspirer. L’exemple du mobile money est révélateur : son niveau d’adoption dépasse souvent celui observé dans plusieurs pays européens.

Ce que je retiens de mon expérience chez Engie, ce n’est pas un modèle prêt à l’emploi, mais une méthode. Il faut savoir structurer les projets, gérer les risques, arbitrer entre les priorités et positionner l’IT comme un partenaire stratégique du business. L’essentiel consiste à partir des besoins locaux et à construire des solutions adaptées aux réalités du terrain.

CIO Mag : On dit souvent que la DSI ne doit plus piloter des projets technologiques mais des projets d’entreprise. Comment cela se traduit-il chez Neemba ?

M.M. : L’alignement entre l’IT et le métier ne relève pas de la communication, mais d’une discipline quotidienne.

Chez Neemba, notre feuille de route est construite avec les métiers. Comme nous disons en Afrique : « Si tu veux aller vite marche seul ; si tu veux aller loin marchons ensemble ». Nous avons progressivement fait évoluer la DSI vers une posture de véritable Business Partner. Cela implique un dialogue permanent avec les directions opérationnelles et une présence forte sur le terrain.

Je passe beaucoup de temps à rencontrer les équipes dans les différents pays où nous opérons afin de comprendre leurs enjeux et leurs contraintes. Cette proximité est essentielle pour bâtir une vision technologique qui crée réellement de la valeur pour l’entreprise.

Le plus important n’est pas seulement d’aligner la stratégie IT sur celle du business, mais surtout d’exécuter une feuille de route capable de produire des résultats mesurables.

CIO Mag : Neemba intervient dans des secteurs où la fiabilité opérationnelle est cruciale. Quel rôle joue le numérique dans cette exigence ?

M.M. : Nos clients évoluent dans les mines, le BTP ou l’énergie. Dans ces secteurs, l’arrêt d’un équipement peut avoir des conséquences financières considérables.

Notre rôle ne consiste plus uniquement à fournir des machines. Nous apportons aujourd’hui un ensemble de services combinant équipements, expertise humaine et technologies digitales.

Grâce à l’IoT, nous collectons des données en temps réel sur les équipements. Ces informations permettent notamment de mettre en place des stratégies de maintenance prédictive afin d’anticiper les pannes avant qu’elles ne surviennent.

Nous proposons également des solutions comme VisionLink, qui permettent aux clients de superviser l’état de leur flotte, d’optimiser leur productivité et même de suivre des indicateurs tels que la consommation de carburant. L’objectif est simple : renforcer leur performance opérationnelle tout en réduisant les risques d’interruption d’activité.

CIO Mag : Vous défendez une approche de “construction avant accélération”. Quels sont aujourd’hui vos principaux chantiers ?

M.M. : Nous ne cherchons pas à innover pour innover. Notre priorité est de créer de la valeur.

Depuis la transformation du groupe, nous avons engagé plusieurs programmes structurants.

Le premier concerne la modernisation des infrastructures et des réseaux. Le second vise la transformation de notre système d’information avec des solutions SaaS et un ERP destiné à soutenir nos opérations et notre développement commercial.

Le troisième programme porte sur la digitalisation de l’expérience client et le développement des usages numériques avec Caterpillar.

Enfin, nous investissons fortement dans la data et l’intelligence artificielle afin de renforcer la qualité de nos décisions et l’efficacité de nos processus.

Pour moi, la logique est comparable à celle du bâtiment : avant de construire un édifice durable, il faut s’assurer que les fondations sont solides.

CIO Mag : Pourquoi avoir fait de la donnée un pilier de votre stratégie ?

M.M. : Parce que la donnée appartient avant tout à l’entreprise.

Notre objectif est de la démocratiser auprès des métiers afin que chacun puisse prendre des décisions plus rapides et mieux informées. Grâce à notre plateforme de données, nous pouvons fournir une vision consolidée de la performance financière, opérationnelle ou commerciale du groupe.

Cette approche facilite également le partage sécurisé d’informations avec nos partenaires stratégiques, notamment Caterpillar.

Surtout, une donnée de qualité, gouvernée et structurée, constitue le socle indispensable de toute démarche d’intelligence artificielle.

CIO Mag : Justement, quels sont les cas d’usage de l’IA que vous privilégiez aujourd’hui ?

M.M. : Nous avançons sur des usages très concrets.

Le premier concerne la maintenance prédictive. L’ambition est d’exploiter les données issues des équipements pour anticiper les besoins de maintenance et intervenir avant l’apparition des incidents.

Le second axe porte sur l’optimisation de nos opérations commerciales et logistiques. L’IA nous aide à mieux prévoir la demande, à optimiser les stocks et à réduire les délais.

Nous explorons également les apports de l’IA générative pour assister nos équipes techniques et commerciales dans leurs activités quotidiennes.

Notre philosophie est simple : nous ne sacrifions pas la pertinence pour la vitesse, la performance exige les deux.

CIO Mag : Messaoud, vous mettez beaucoup le collectif en avant. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire de vos équipes ?

M.M. : une DSI ne performe jamais grâce à une seule personne : elle se sublime grâce à un collectif, et à de très bons profils complémentaires.

C’est ma conviction, et c’est ce qui a guidé ma manière de construire mes équipes dès le départ. Je me suis fixé deux objectifs, que je mène de front.

Faire grandir celles et ceux déjà en poste. À mon arrivée, il y avait un vrai capital humain : des collaborateurs qui connaissent nos métiers et le terrain. Mon rôle, c’est de les faire monter en compétences et de les emmener plus haut, pas de les remplacer.

Attirer des profils qui élèvent encore le niveau. En parallèle, je vais chercher des talents capables de hausser la performance de la DSI, pour qu’elle réponde aux exigences d’un groupe comme Neemba, un groupe en pleine croissance, qui place la barre haut.

CIO Mag : Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs africains ?

M.M. : L’Afrique dispose d’une opportunité historique. Elle peut accélérer sa transformation numérique sans forcément reproduire toutes les étapes qu’ont connues d’autres régions.

Pour réussir, nous devons rester pragmatiques, investir massivement dans les compétences et renforcer les coopérations entre grands groupes, acteurs locaux, start-up et institutions.

La technologie n’est pas une fin en soi. Elle doit avant tout répondre à des besoins réels et contribuer à créer de la valeur durable pour nos entreprises et nos économies. C’est cette conviction qui guide notre action chez Neemba.

Propos recueillis par Mohamadou DIALLO, CIO Mag

ENCADRE

NEEMBA : LE NOUVEAU VISAGE D’UN LEADER INDUSTRIEL AFRICAIN

90 ans d’histoire, 11 pays couverts et une stratégie data & IA assumée : Neemba accélère sa transformation pour devenir la référence régionale des services et solutions industriels avec comme ambition debâtir un champion africain capable de conjuguer excellence industrielle, proximité terrain et innovation numérique pour accompagner le développement du continent.

  • 800 M€ de chiffre d’affaires
  • Présence dans 9 pays d’Afrique de l’Ouest
  • Partenaire Caterpillar depuis 1932
  • Plus de 750 techniciens formés via la Neemba Academy
  • Secteurs clés : mines, construction/infrastructures, énergie et industrie
  • Nouvelle identité en 2023 après le rachat du groupe en 2022
  • Cap sur la transformation digitale : IoT, VisionLink, data, IA et maintenance prédictive au service de la performance client.