Libye : Binary Brains, une équipe d’étudiants engagés dans la révolution de l’e-santé

En Libye, l’équipe Binary Brains, composée de quatre étudiants – respectivement Arwa Allbilali, Hamza Bashier, Abdullah Habberrih et Mohamed Alfagie – s’est engagée dans la révolution de l’e-santé. Elle a récemment remporté la troisième place du prestigieux concours Tech4Good initié par Huawei, grâce à une solution e-santé qu’elle a développée pour assister les bébés prématurés. Celle-ci consiste à moderniser les incubateurs existants, en les automatisant et en mettant en œuvre les technologies IoT pour les capteurs fixés sur le nouveau-né. Après ses prouesses au Tech4Good, la jeune équipe, qui envisage« de développer de nouveaux projets à même de renforcer l’écosystème technologique libyen », s’est confiée à Cio-Mag. Dans cette interview à cœur, les membres de Binary Brains parlent de leurs motivations et de leurs visions pour l’e-santé dans leur pays et en Afrique du Nord.

Cio Mag : Quand l’équipe a-t-elle été formée ?

Hamza : Notre équipe a été créée dans le cadre du programme Seeds for the Future. Nous ne nous connaissions pas auparavant. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en Tunisie, en novembre 2021.

Quel est votre sentiment après avoir participé au concours « Tech4Good » organisé par Huawei ?

Hamza : Nous avons eu la chance de faire partie des étudiants sélectionnés pour vivre cette belle et unique expérience. Les mentors et étudiants que nous avons rencontrés étaient tous inspirants et passionnés. Bien que cela n’ait duré qu’une semaine, nous avons été ravis de prendre part à cette édition. Les informations et connaissances acquises ont été extrêmement utiles. Nous avons également eu l’opportunité de prendre part à un échange culturel en Chine, permettant à chacun d’exposer sa propre culture. Nous avons même pu dîner dans un restaurant chinois, ce qui était une première pour beaucoup d’entre nous.

Qu’est-ce qui explique le succès de votre équipe au « Tech4Good » ? 

Abdullah : Notre travail acharné est l’une des raisons de notre succès, nous avons tous travaillé très dur pour faire aboutir ce projet. A cela s’ajoutent le leadership et les conseils de nos mentors, qui nous ont été d’une grande aide tout le long de cette compétition et nous ont, in fine, permis de remporter la troisième place. Ce concours nous donne ainsi l’opportunité de concrétiser notre projet dans le futur.

Que peut-on retenir de la solution développée pour révolutionner la e-santé en Lybie ? 

Hamza : Notre projet consiste à moderniser les incubateurs existants, en les automatisant et en mettant en œuvre les technologies IoT pour les capteurs fixés sur le bébé. Sans fil, ces derniers ajustent automatiquement le niveau d’oxygène et de température et envoient ces données au serveur de l’hôpital via le réseau 5G, celui-ci permettant de stocker les mesures et les lectures des capteurs. L’intelligence artificielle (IA) utilisera les données stockées afin de permettre la prise de décisions et alertera automatiquement les infirmières dans le cas où une intervention humaine se révèlerait nécessaire. L’IA est également en mesure de prédire tout événement susceptible de se produire et ainsi alerter le personnel médical en amont afin qu’il prenne les mesures adéquates.

D’où vous est venue la motivation de développer une telle solution ? 

Hamza : Certains d’entre nous ont un membre de la famille né prématuré et dont certains sont aujourd’hui décédés. Le système de santé fait encore malheureusement défaut aujourd’hui en Libye, où pénurie de personnel médical et difficultés d’accès aux soins coexistent. Cette première raison nous a motivés à mettre sur pied un tel projet. De plus, certains membres de notre équipe ont voyagé dans des pays où le système de santé s’est également révélé peu performant : au personnel sous-équipé s’ajoutent ainsi des incubateurs peu modernes. Ce constat a également été l’une de nos sources de motivation.

En quoi votre solution e-santé peut-elle aider d’autres pays en Afrique du Nord ?

Hamza : Automatiser le processus d’ajustement de l’oxygène et de la température permettra tout d’abord aux infirmières – tâches souvent réalisées par ces dernières – de se concentrer davantage sur des cas nécessitant une aide médicale réelle. L’automatisation de ces appareils permettra également de diminuer la charge de travail du personnel médical et ainsi de réduire la marge d’erreur. Enfin, les données recueillies seront analysées et étudiées afin de révéler et de comprendre certains fléaux, comme la mort subite du nourrisson.

Arwa : En collectant ces données et en les analysant, nous serons alors en mesure de connaître et de comprendre les raisons de cette mort subite. L’intelligence artificielle sera ainsi en mesure de prédire tout incident et il sera dès lors possible d’appeler le corps médical avant que l’incident en question ne se produise. Nous espérons donc que cela pourra augmenter de manière considérable les chances de survie du nourrisson. Le recours aux nouvelles technologies est en mesure d’améliorer l’ensemble de l’écosystème de santé, celui-ci devenant plus fiable et davantage digne de confiance. VDEF

Quelles sont les perspectives d’avenir de Binary Brains ?

Arwa : Nous sommes une équipe toute jeune, récemment formée. Il s’agit donc pour l’instant de notre unique projet. Dès que l’ensemble des membres de l’équipe seront diplômés, nous nous concentrerons davantage sur celui-ci. Abdullah : Si nous en avons l’opportunité, nous souhaiterions développer de nouveaux projets. Notre pays, la Libye, est malheureusement confronté à un manque de technologies. C’est pourquoi, nous avons pensé qu’il serait pertinent de développer une initiative à même de développer et de renforcer l’écosystème technologique libyen. Nous avons le soutien du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et nous espérons que celui-ci se poursuivra dans le futur. Une fois que nous aurons tous obtenu notre diplôme, probablement à la fin du mois de mai, nous allons nous rapprocher du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Après quoi, nous entamerons la première phase de notre projet, afin que celui-ci puisse devenir réalité.

Enock Bulonza

Journaliste correspondant de Cio Mag en RDC.

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