2026, l’année du choix : l’IA transformera la RDC ou l’exclura

En République démocratique du Congo de nombreux jeunes s’intéressent de plus en plus à l’intelligence artificielle. Cependant, seule une minorité dispose d’un accès régulier et fiable à Internet.[1] Lorsqu’un accès existe il reste souvent limité par des coûts élevés une faible bande passante et un accès restreint aux modèles d’IA les plus performants, qui sont majoritairement payants. Cette réalité freine l’expérimentation, l’apprentissage pratique et la capacité à innover de manière continue.

Selon des données accessibles, le taux de pénétration d’Internet en RDC reste inférieur à 30% avec de fortes disparités entre les zones urbaines et rurales.[2]  Le coût moyen de l’Internet mobile représente encore une part significative du revenu mensuel en particulier pour les étudiants et les jeunes entrepreneurs.  Ces contraintes structurelles rendent l’écosystème local de l’IA fragile et peu compétitif sur le plan mondial.

Pendant ce temps, la Chine investit massivement dans l’expansion de ses capacités en intelligence artificielle.12 Ces investissements portent non seulement sur le développement de modèles, mais surtout sur les fondations nécessaires à leur adoption à grande échelle : infrastructures énergétiques, centres de données, capacités de calcul basées sur des GPU, réseaux cloud et télécommunications. 

La Chine déploie également des réseaux mobiles avancés, tout en renforçant ses offres de services cloud afin de soutenir l’industrialisation de l’IA. Un autre élément clé est la mise à disposition croissante de modèles open source par des acteurs chinois, rendus accessibles de manière transparente à la communauté internationale.[3]  L’objectif n’est pas uniquement de produire le modèle le plus puissant – même si certains, comme DeepSeek, ont temporairement occupé cette position – mais plutôt d’atteindre le meilleur déploiement à grande échelle. L’accent est mis sur l’intégration rapide, l’adaptabilité aux contextes locaux et l’utilisation concrète dans des environnements réels.

Pour la RDC, l’enjeu est un positionnement stratégique axé sur le déploiement rapide d’une IA appliquée, plutôt que sur la concurrence autour des modèles fondamentaux. Les opportunités se trouvent dans des secteurs clés comme l’agriculture, la logistique et les services publics, où l’IA peut renforcer l’efficacité et l’accès aux services. Toutefois, cette ambition repose sur un préalable essentiel : l’accès à une énergie fiable et abordable, condition infrastructurelle indispensable pour participer pleinement à la course à l’IA.

Du hype de l’IA à la création réelle de valeur

En République démocratique du Congo, la diversification de l’usage des outils d’intelligence artificielle n’a pas encore eu lieu. Dans la pratique, l’utilisation de l’IA reste largement concentrée sur quelques cas d’usage basiques, principalement des outils conversationnels généralistes ou des solutions importées, sans intégration profonde dans les processus métiers.[1] Cette situation s’explique par plusieurs facteurs structurels: un accès limité à Internet, des coûts élevés, un manque de compétences locales spécialisées et une faible maturité numérique des entreprises.[2]

À l’échelle mondiale la situation est très différente. De nombreuses entreprises ont intégré l’IA au cœur de leurs stratégies d’entreprise et ont réalisé des investissements massifs au cours des dernières années.[3] Aux États-Unis en particulier, le marché de l’IA a atteint une ampleur sans précédent. NVIDIA s’est imposé comme un pilier central de l’économie de l’IA: ses processeurs graphiques (GPU) sont aujourd’hui indispensables à l’entraînement et au déploiement des modèles d’IA, ce qui a conduit l’entreprise à enregistrer des résultats financiers et une capitalisation boursière record.

OpenAI est principalement connu pour le développement de modèles d’IA générative capables de comprendre et de produire du langage naturel du code et des contenus multimodaux. NVIDIA, fournit l’infrastructure matérielle critique – les capacités de calcul – sur laquelle repose l’ensemble de l’écosystème de l’IA moderne. Ensemble, ces deux acteurs illustrent le passage de l’IA d’une technologie de recherche à une industrie à part entière.

Cependant, GPT n’est plus le standard unique. Des modèles comme Gemini, Claude, DeepSeek ou Grok ont considérablement progressé, tant en performance qu’en spécialisation.[1] Cette dynamique entraîne une consolidation progressive du paysage de l’IA, où les entreprises ne se demandent plus quel est le modèle le plus puissant, mais lequel est le plus adapté à leurs besoins spécifiques à leurs contraintes de coûts et à leurs exigences de sécurité.

Dans ce contexte, une question devient centrale pour les organisations du monde entier: où se situe le retour sur investissement (ROI) ?[1] L’IA n’est plus évaluée uniquement sur son potentiel technologique, mais sur sa capacité à générer des gains mesurables en productivité, en efficacité opérationnelle et en création de valeur.

Pour la RDC, cette phase constitue une opportunité stratégique majeure : au lieu de céder au simple engouement technologique, le pays peut miser sur le développement de startups locales, de solutions adaptées au contexte national et de compétences en IA appliquée. Des secteurs comme l’agriculture, le secteur public et l’industrie manufacturière offrent un fort potentiel d’impacts économiques et sociaux. L’enjeu est désormais de passer de l’expérimentation à l’opérationnalisation de l’IA, en l’intégrant concrètement dans les processus, avec des objectifs clairs, des indicateurs mesurables et une création de valeur réelle.

La cybersécurité, composante intégrale des affaires numériques

La cybersécurité est désormais un enjeu stratégique majeur pour toute entreprise souhaitant mener des affaires à l’international – y compris pour celles basées en République démocratique du Congo. Si une entreprise congolaise veut être prise au sérieux par des partenaires internationaux, la première question lors d’un audit commercial ou d’un due diligence sera souvent: quelle est votre capacité de cyber résilience?

Bien que la RDC ait récemment fait des progrès réglementaires, la cybersécurité reste faiblement mature comparée aux standards internationaux. En 2024, l’indice mondial de cybersécurité a attribué à la RDC un score d’environ 57 / 100 reflétant une capacité limitée à prévenir et à gérer les cyberincidents. [1]

Depuis l’adoption en 2022 d’une Stratégie nationale de cybersécurité, le pays a entamé la structuration de ses efforts pour renforcer la protection des systèmes numériques et aligner la réglementation avec les normes internationales.[1] 

Cela inclut, entre autres, des initiatives pour améliorer la protection des systèmes informatiques du secteur bancaire et d’autres secteurs critiques. Toutefois, malgré ces démarches des défis majeurs persistent :

  • De nombreuses entreprises manquent encore de politiques et de standards de sécurité formalisés,
  • La pénurie de compétences en cybersécurité est forte à travers l’Afrique, avec une capacité de compétence très faible selon plusieurs évaluations continentales,
  • et le manque d’experts certifiés et de formations spécialisées freine le développement de structures robustes.

Pour la RDC, ce besoin croissant de cybersécurité représente une opportunité économique significative :

  • en formant des professionnels locaux certifiés,
  • en développant des services de cybersécurité orientés vers les PME et les multinationales,
  • en accompagnant les acteurs publics et privés dans la mise en place de cadres de sécurité solides.

En conclusion, l’IA, la cybersécurité et le numérique transforment déjà l’économie mondiale : l’enjeu n’est plus l’innovation en soi, mais le déploiement, les compétences et la résilience. Pour la RDC, la priorité n’est pas de rivaliser avec les grandes puissances technologiques, mais d’appliquer intelligemment les technologies existantes à des besoins locaux concrets, où la valeur se crée par l’exécution plutôt que par le hype. Cette transformation exige un socle solide de cybersécurité, condition indispensable à la confiance, aux investissements et à la croissance durable.

Enfin, combler la fracture des compétences STEM, notamment en IA appliquée et en cybersécurité, est essentiel pour transformer le potentiel de la jeunesse en levier d’emploi, de diversification économique et de développement.

Tribune signée par Eliel Mulumba.

Expert en cybersécurité industrielle et en numerique, diplômé de l’université avec plus de 13 ans d’expérience professionnelle, plaçant le business au centre de toutes les transformations. Il a livré et piloté de programmes de cybersécurité IT et OT pour des enterprises du Fortune 500 des secteurs de la fabrication, des transports, de l’aviation et de l’automobile afin de réduire de manière systématique les risques cyber pour les entreprises.


[1] CIO MAG, https://cio-mag.com/rdc-etat-des-lieux-de-la-reglementation-et-de-la-politique-decybersecurite


[1] Internet Society Pulse, https://pulse.internetsociety.org/fr/reports/CD


[1] SAP, https://www.sap.com/sea/research/ai-drives-return-on-investment


[1] McKinsey, https://www.mckinsey.com/capabilities/quantumblack/our-insights/the-state-of-ai


[1] CIO Mag, https://cio-mag.com/comment-preparer-la-jeunesse-congolaise-a-travers-la-formation-et-lasensibilisation-a-lia/

[2] Connecting Africa, https://www.connectingafrica.com/regulation/digitalreformscouldboostgdpmobileusersindrcgsma

[3] Financial Times, https://www.ft.com/content/255dbecc-5c57-4928-824f-b3f2d764f635 


[1] Datareportal, https://datareportal.com/reports/digital-2025-democratic-republic-of-the-congo

[2] Datareportal, https://datareportal.com/reports/digital-2025-democratic-republic-of-the-congo 12 Goldman Sachs, https://www.goldmansachs.com/insights/articles/chinas-ai-providers-expected-toinvest-70-billion-dollars-in-data-centers-amid-overseas-expansion

[3] DeepSeek, https://apidocs.deepseek.com/news/news251201

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