La fintech GoCab frappe un grand coup avec une levée de fonds de 45 millions de dollars, répartis en 15 millions en fonds propres et 30 millions en dette. Ce tour de table a été mené par E3 Capital et Janngo Capital. Fondée en 2024 pour briser les barrières de l’exclusion financière, cette startup permet aux travailleurs des plateformes d’accéder progressivement à la propriété de leurs véhicules grâce à des financements éthiques. Forte de 17 millions de dollars de revenus récurrents annuels après seulement 18 mois, GoCab ambitionne désormais de déployer 10 000 actifs productifs et d’accélérer la transition vers la mobilité électrique.
À travers cet échange, Azamat Sultan, cofondateur et président exécutif, Hendrick Ketchemen, cofondateur de GoCab, et Fatoumata Bâ, fondatrice et présidente exécutive de Janngo Capital, décryptent les enjeux de cette levée de fonds, du scoring par IA et du passage à l’échelle sur le continent africain.
CIO Mag : Le déploiement de solutions d’IA pour le scoring de crédit est un pilier de cette levée. Comment votre technologie parvient-elle à évaluer la solvabilité des chauffeurs et livreurs qui sont traditionnellement exclus des systèmes bancaires classiques, et quels types de données alternatives privilégiez-vous ?
Azamat Sultan / Hendrick Ketchemen : Avec GoCab nous avons construit un scoring pensé pour l’économie réelle, pas pour les formulaires bancaires.
Un chauffeur peut générer des revenus tous les jours sans laisser de trace exploitable dans les systèmes classiques. Notre technologie capte précisément cette réalité.
Nous travaillons à partir de données d’usage : fréquence d’activité, stabilité des revenus, comportement de conduite, utilisation du véhicule, respect des échéances, performance sur les plateformes.
L’IA nous permet de croiser ces signaux dans le temps, d’identifier des trajectoires fiables et de prendre des décisions d’allocation rapides et éclairées.
Concrètement, nous transformons de la donnée opérationnelle en décision de scoring. C’est ce qui rend l’octroi de véhicules possible, à grande échelle, sans dégrader le risque.
CIO Mag : Vous visez une augmentation significative de la part de véhicules électriques dans votre flotte pour réduire les coûts d’exploitation. Quels sont les principaux défis logistiques et d’infrastructure que vous rencontrez dans vos pays d’opération actuels pour soutenir cette transition à grande échelle ?

Hendrick Ketchemen : L’électrique change profondément l’équation économique du métier de chauffeur : moins de carburant, moins d’usure mécanique, plus de marge nette.
Les défis sont très concrets : disponibilité des bornes, approvisionnement électrique, fiabilité des véhicules, capacité à effectuer la maintenance sur les flottes localement. Ce sont des sujets d’infrastructure, mais aussi de pilotage opérationnel.
Nous avançons de manière très structurée, pays par pays, avec des partenaires locaux. Chaque déploiement est testé, mesuré, ajusté. Notre objectif reste constant : faire de la technologie un levier immédiat d’amélioration des revenus, pas une promesse abstraite.
CIO Mag : GoCab affiche déjà 17 millions de dollars de revenus récurrents annuels (ARR) après seulement 18 mois. Avec l’objectif d’atteindre 100 millions de dollars d’ARR, comment comptez-vous équilibrer la rentabilité de la plateforme avec votre mission d’offrir des financements éthiques ?

Azamat Sultan : Notre croissance repose sur une logique très lisible : financer des actifs qui produisent des revenus mesurables chaque jour.
La technologie nous permet de suivre la performance des véhicules, d’anticiper les risques et d’ajuster les parcours de financement en temps réel.
Cette visibilité crée un alignement fort entre la rentabilité de la plateforme et la réussite économique des chauffeurs.
Atteindre 100 millions de dollars d’ARR repose sur cette discipline produit et data : mieux financer, mieux suivre, mieux durer.
CIO Mag : Présente sur cinq marchés, dont la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Maroc, mais aussi les Émirats Arabes Unis et le Chili, comment adaptez-vous votre modèle de “financement vers la propriété” aux spécificités réglementaires et économiques de régions aussi diverses que l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique latine ?
Hendrick Ketchemen : Notre plateforme repose sur un socle technologique commun, mais chaque marché active ses propres règles.
Nous adaptons les contrats, les durées de partenariat, les paramètres de risque et les intégrations locales, tout en conservant la même logique produit : octroyer l’accès progressif à la propriété à partir de l’usage réel.
Cette architecture nous permet de déployer vite sans standardiser aveuglément, et de rester pertinents sur des marchés très différents.
CIO Mag : Au-delà du véhicule, comment GoCab accompagne-t-elle ces travailleurs de l’économie des plateformes pour assurer leur résilience financière à long terme ?
Azamat Sultan : La propriété constitue un point de bascule. Elle transforme un revenu quotidien incertain en trajectoire économique lisible pour le chauffeur ainsi que sa famille.
La technologie joue un rôle clé : elle structure les revenus, apporte de la visibilité, et ouvre progressivement l’accès à d’autres services financiers.
Notre ambition consiste à faire passer un chauffeur d’un mode d’exécution à un mode de construction.
CIO Mag : Fatoumata Bâ, qu’est-ce qui, dans le modèle hybride de GoCab (fintech et mobilité), vous a convaincu de sa capacité à devenir un champion panafricain capable de générer à la fois une performance économique et un impact social inclusif ?
Fatoumata Bâ : GoCab combine trois éléments rarement alignés : une technologie robuste, des actifs productifs clairement identifiés et un modèle économique discipliné.
La plateforme transforme la donnée en décision de d’allocation de véhicules, tout en restant ancrée dans des usages très concrets. C’est cette capacité à industrialiser l’impact sans le diluer qui nous a convaincus de son potentiel panafricain.
CIO Mag : Vous soulignez que ce financement vise la mise en circulation de 10 000 actifs productifs. Comment cet investissement s’aligne-t-il avec l’engagement de Janngo pour l’emploi des jeunes et des femmes ?
Fatoumata Bâ : Chaque actif financé représente une activité stabilisée et une source de revenus pérenne.
Ces 10 000 véhicules constituent autant de points d’entrée vers une économie numérique plus inclusive, en particulier pour les jeunes et les femmes. Pour Janngo, la technologie prend tout son sens lorsqu’elle permet d’ancrer la création de valeur dans la durée.





