Penser l’IA publique avant de la déployer

  • Par CIO MAG
  • 8 février 2026
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Pourquoi l’intelligence artificielle est d’abord une question d’État

[Tribune] L’intelligence artificielle s’est imposée en un temps record au sommet des agendas publics. Nous vivons un moment de bascule historique : l’IA redéfinit déjà les contours de nos économies, de nos administrations et du rapport entre l’État et le citoyen.
Face à cette transformation, une alternative s’impose clairement : subir une innovation importée ou assumer la responsabilité d’en être les architectes.

Pour ma part, ma position est claire : lorsque l’intelligence artificielle entre dans le champ de l’action publique, elle cesse d’être un sujet technique. Elle devient un fait d’État.

C’est là que réside l’erreur la plus fréquente. L’IA est encore trop souvent présentée comme une solution miracle aux dysfonctionnements administratifs : lenteurs, opacité, inefficacité, complexité bureaucratique. Cette vision est non seulement trompeuse, mais dangereuse. L’intelligence artificielle ne répare pas un État désorganisé. Elle en révèle les failles.

Penser l’IA publique ne consiste pas à empiler des technologies. C’est un acte de gouvernance.

C’est décider lucidement :

  • Ce qui peut être automatisé,
  • Ce qui doit impérativement rester humain,
  • Et ce qui relève du choix politique.

C’est aussi organiser la responsabilité publique : qui conçoit, qui contrôle, et surtout qui rend compte lorsque la machine influence la décision de l’État.

Je l’affirme sans détour : on ne “met pas de l’IA” sur une administration qui ne maîtrise ni ses données, ni ses procédures, ni ses indicateurs.

Un État qui ne pilote pas par la donnée ne peut espérer piloter par l’algorithme. Avant de rendre la machine intelligente, l’organisation doit être intelligible.

Mais l’enjeu va plus loin. Il existe un défi plus silencieux que la cyber-insécurité : la perte de notre autonomie de pensée.

Lorsque l’IA assiste la décision publique, elle influence inévitablement notre manière de percevoir la réalité. C’est ce que je nomme la souveraineté cognitive.

Aujourd’hui, les modèles d’IA les plus puissants sont conçus ailleurs. Ils portent des logiques, des valeurs et des biais qui ne sont pas nécessairement les nôtres. Laisser ces modèles orienter nos politiques publiques, c’est accepter une forme de dépendance intellectuelle et stratégique.

Ma vision est celle d’une IA publique souveraine :

– Une IA capable d’intégrer nos réalités culturelles, linguistiques et institutionnelles

– Une IA conçue pour renforcer l’État, non pour l’affaiblir

– Une IA au service du citoyen, et non un substitut à la responsabilité politique.

L’IA publique doit répondre à trois impératifs fondamentaux : mieux décider, mieux protéger et mieux servir.

Elle ne doit jamais devenir un pilote autonome de l’action publique, mais demeurer l’instrument d’une vision politique assumée.

Nous avons une opportunité historique. Notre agilité peut être une force, à condition de ne pas confondre vitesse et précipitation. Nous pouvons sauter certaines étapes technologiques, mais jamais l’étape de la pensée stratégique.

Gouverner l’intelligence artificielle est désormais un acte politique majeur, au même titre que gouverner les finances publiques ou les institutions. Renoncer à cette gouvernance, c’est renoncer à notre souveraineté.

Cette ambition ne pourra toutefois se réaliser par la volonté d’un seul acteur. Elle exige une mobilisation collective : administrations, décideurs publics, innovateurs, entrepreneurs et citoyens. C’est ensemble que nous ferons de l’IA un levier de transformation publique efficace, éthique et profondément humaine.

Gouvernons l’intelligence artificielle avant qu’elle ne gouverne l’État.

Par Jérôme Ribéiro,
Président – Fondateur – Human AI
Vice-Président d’Honneur – CDA – Cluster Digital Africa, en charge des questions liées à l’Intelligence Artificielle

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