IA, cyberattaques : la Côte d’Ivoire passe à l’offensive numérique

Face à la montée des cybermenaces et à l’accélération de l’intelligence artificielle, la Côte d’Ivoire n’a d’autre choix que de renforcer sa stratégie de souveraineté numérique. Entre relocalisation des données, développement de capacités en IA et sécurisation des infrastructures, le pays cherche à réduire sa dépendance technologique et à mieux protéger son économie.

La progression des cyberattaques suit désormais la courbe ascendante de l’intelligence artificielle, souvent à un rythme supérieur à celui des cadres juridiques. En Afrique de l’Ouest, plus de 30 % des crimes signalés sont liés à la cybercriminalité, selon les données d’INTERPOL. Cette évolution s’inscrit dans un contexte d’extension rapide des usages numériques, qui élargit mécaniquement la surface d’exposition aux risques.

La Côte d’Ivoire au défi de la cyber-résilience

En Afrique, la Côte d’Ivoire s’impose comme l’une des cibles privilégiées. Pour la seule année 2024, Kaspersky a détecté plus de 27 millions de tentatives d’attaques sur le territoire ivoirien. Loin d’être artisanales, ces menaces – allant du hameçonnage aux escroqueries financières – se structurent souvent autour de réseaux criminels organisés. Ces derniers ciblent de plus en plus les infrastructures critiques, à l’instar des systèmes industriels ivoiriens dont 37% d’entre eux ont été visés en 2024.

Dans ce contexte, la question de la résilience devient centrale. Le ministre de la Transition numérique, Djibril Ouattara, souligne que « plus une infrastructure est intelligente, plus elle devient une cible sensible », insistant sur la nécessité d’adapter les dispositifs de protection à la complexité croissante des systèmes.

Un contexte qui – rappelle Jalel Chelba, directeur exécutif par intérim d’AFRIPOL – exige plus qu’une simple réponse technologique, citant la cybersécurité comme étant “devenue un pilier incontournable de la stabilité, de la paix et du développement durable en Afrique”.

Une stratégie de relocalisation des capacités numériques

Face à cette urgence, les autorités ivoiriennes ont engagé une politique de renforcement des capacités locales avec comme projet d’envergure le Hub national d’intelligence artificielle. Actuellement installé à Bingerville, il vise à développer des applications adaptées aux besoins du pays, notamment dans les secteurs de la santé et de l’agriculture.

À terme, son transfert vers le Village des Technologies de l’Information et de la Biotechnologie (VITIB) de Grand-Bassam doit permettre de bâtir un écosystème numérique intégré, capable de centraliser l’innovation tout en s’appuyant sur une infrastructure d’hébergement de pointe.

Pour la Côte d’Ivoire, le développement de data centers sur le territoire marque une évolution significative. Jusqu’ici, une part importante des données des administrations et de certaines entreprises était hébergée à l’étranger sous des juridictions tierces, créant une vulnérabilité tant juridique que technique. En relocalisant le stockage de données, l’État ivoirien dispose désormais d’un levier de souveraineté numérique inédit, lui permettant une meilleure maîtrise de ses risques.

Une sécurisation qui dépasse le seul cadre numérique

La sécurisation des systèmes d’information ne peut toutefois être dissociée de celle des infrastructures physiques. La concentration des capacités de traitement et de stockage améliore, certes, l’efficacité des services, mais crée également des points de vulnérabilité en cas d’incident. Une défaillance majeure sur un site stratégique – qu’elle soit accidentelle ou malveillante – aurait ainsi des répercussions directes sur l’économie nationale. La protection des installations critiques apparaît logiquement comme une condition sine qua non de continuité des activités.

Au-delà de la gestion des risques, cette stratégie de sécurisation répond également à un objectif d’attractivité. En renforçant la fiabilité et la résilience de son environnement numérique, la Côte d’Ivoire consolide sa position de hub technologique régional et rassure les investisseurs. Si le rapatriement progressif des données sous juridiction nationale s’inscrit dans cette perspective, il contribue également à réduire les risques d’ingérence et à renforcer l’autonomie numérique du pays, dans un contexte de compétition mondiale accrue autour du contrôle de la donnée.

La Rédaction

CIO MAG

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