ATDA 2022 : quel accompagnement financier en Afrique pour les entreprises innovantes ?

La première journée de l’édition 2022 des Assises de la Transformation Digitale en Afrique (ATDA) a été marquée par l’organisation d’un panel entièrement dédié à la problématique du financement des entreprises innovantes en Afrique. A travers des retours d’expériences de plusieurs acteurs, les panélistes ont échangé sur les enjeux et les défis du financement pour le développement du tissu productif innovant en Afrique. Cette édition des ATDA est placée sous le haut patronage de SEM Macky SALL, Président de la République du Sénégal et Président en exercice de l’Union Africaine ; avec le soutien de Smart Africa, l’Union internationale des Télécommunications (UIT) et l’International Trade Centre (ITC).

(Cio Mag) – La problématique du financement s’est imposée naturellement aux ATDA compte tenu des nombreuses difficultés rencontrées par les startups africaines en matière de levées de fonds à l’échelle continentale ou internationale. En 2021, seules 12 entreprises innovantes en Afrique étaient à l’origine de près de la moitié (48%) des levées de fonds enregistrées. Un autre constat alarmant vient appuyer la nécessité de prendre à bras le corps la question du financement. Il s’agit de la concentration des levées de fonds dans un nombre réduit de pays africains. 73% des levées de fonds réalisées en 2021 proviennent de 4 pays africains, à savoir l’Egypte, le Nigéria, l’Afrique du Sud et le Kenya.

Autant de chiffres qui nous renseignent sur l’état actuel du marché du financement pour les startups africaines. De l’avis des panélistes, le financement de l’innovation traverse depuis l’année 2020 une période de vache maigre, caractérisée par une réticence des investisseurs à injecter de l’argent dans les jeunes pousses. Ce qui est constaté au niveau mondial est davantage accentué à l’échelle africaine. Thierno Sakho, fondateur de la startup ProXalys active au Sénégal dans la digitalisation des petits commerces informels, pointe du doigt une autre défaillance. “Aujourd’hui, si on prend le continent africain à son échelle, le nombre d’entreprises qui ont fait des levées de fonds de série A ou B se comptent assez rapidement”, déplore le tech entrepreneur. Pour lui, le défi est d’aller chercher des modèles alternatifs de financement et de croissance pour les structures africaines dans une période fortement marquée par la “raréfaction de la ressource financière”.

Des instruments de financement pour l’Afrique

“Personnellement, je ne connais aucune initiative continentale ou régionale dédiée au financement des entreprises innovantes en Afrique”, déplore Touhami Rabii, PDG de Gemadec, entreprise marocaine présente dans 32 pays et qui opère dans la digitalisation des organisations postales. Le dirigeant marocain appelle de ses vœux à la mise en place d’instruments et de mécanismes de financement qui soient entièrement dédiés aux entreprises innovantes du continent. “Je pense que nous avons besoin aujourd’hui d’instruments panafricains ou même des mécanismes de financement nationaux mais à vocation panafricaine. Par exemple, un fonds d’investissement marocain qui puisse s’adresser à des entreprises marocaines, sénégalaises ou autres”, précise-t-il. L’idée partagée est de mutualiser les efforts et les expertises entre pays africains pour proposer une offre d’investissements adaptée aux besoins spécifiques des structures africaines.

Thierno Sakho insiste pour sa part sur la dépendance de l’écosystème africian vis-à-vis du financement américain. “D’une manière générale, je dis que l’argent est anglophone. Cela veut dire que les fonds de pensions américains injectent leur argent dans des fonds d’investissements américains, qui s’implantent en Afrique ou en Asie à travers des succursales”, explique-t-il. Sans pour autant déplorer cette situation, le tech entrepreneur explique au contraire que ces circuits d’investissement permettent de créer des ponts entre les donneurs d’ordre internationaux et l’écosystème des entreprises innovantes en Afrique. Néanmoins, il insiste sur la nécessité pour les États africains de jouer leur rôle en investissant directement dans des jeunes pousses ayant de potentiel de devenir des licornes sur le moyen et long terme. “L’Etat doit jouer son rôle de premier donneur d’ordre”, résume-t-il.

Enfin, Panos Antonakakis, cofondateur de Multiwave, estime que l’Afrique représente un marché prometteur pour les investisseurs internationaux, notamment à travers la promotion des investissements verts. Par ailleurs, il met en avant un autre atout des startups africaines, celui de la stabilité relative du marché. “Contrairement à d’autres marchés européens ou américains, il y a eu moins de spéculations dans les marchés africains, particulièrement dans les fintechs. Je pense que les investisseurs étrangers se tourneront naturellement vers les entreprises africaines à l’avenir”, dit-il.