Cybersécurité : « Notre force est dans la coopération », Ouanilo Medegan Fagla, Directeur général de l’ANSSI-Bénin

Présent au sommet de Lomé sur la cybersécurité, le Bénin a appelé les acteurs de l’écosystème numérique du continent à se serrer les coudes. Ouanilo Medegan Fagla, Directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a invité ses paires à renforcer leur coopération et à s’impliquer dans les organisations régionales. Il est aussi revenu sur les stratégies que son pays met en place et qui pourraient faire cas d’école dans d’autres pays africains.

(Cio Mag) – Les menaces cyber n’ont pas de frontière. Pire, les cybercriminels ont tendance à avoir une longueur d’avance sur les mesures de sécurité mises en place pour les traquer. Face à cette réalité, la mise en commun des ressources inter-Etats devient un impératif. Lors du sommet de Lomé sur la cybersécurité, le Bénin a appelé à construire un réseau de confiance entre les acteurs en charge de la protection du cyberespace africain.

Le pays a partagé son expérience en la matière avec les autres Etats à travers son Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Pour Ouanilo Medegan Fagla, Directeur de l’Agence, « les problématiques que nous avons sont communes ». De quoi lui permettre de partager la stratégie béninoise avec les participants. « Au Bénin, nous avons cinq axes qui sont : la protection des systèmes d’information et des infrastructures critiques ; la lutte contre la cybercriminalité et le renforcement du cadre juridique et réglementaire ; la promotion de la confiance numérique ; le développement des compétences et de la culture en sécurité numérique ; la coordination nationale et la coopération internationale ». Ce dernier point est « d’une importance critique », a souligné le Directeur générale de l’ANSSI-Bénin. « Cette lutte contre la cybersécurité n’a pas de frontière. Elle n’est pas contenu dans un espace géographique ».

Etre plus efficace en réseau

Pour le DG de l’ANSSI-Bénin, construire entre les Etats africains un réseau de confiance permet d’être plus efficace. Collaborer entre experts permet d’arrêter de vouloir réinventer la roue, a expliqué Ouanilo Medegan Fagla. Au contraire, le réseau de confiance permet de « profiter des avancées des autres et d’aller plus vite », a soutenu le patron de l’ANSSI-Bénin. A Lomé, il a participé au panel sur le renforcement de la collaboration régionale en matière de cybersécurité. Au cours de son intervention, il a encouragé la collaboration entre les agences nationales en charges de la cybersécurité.

La philosophie derrière l’action coordonnée à l’échelle régionale, c’est donc de constituer une force. « Notre force est dans la coopération. Lorsque vous êtes un CERT et que l’on vous attaque depuis le Japon, vos chances de juguler cette attaque de manière technique sont plus faibles que d’appeler quelqu’un, qui travaille au Japon dans un réseau de confiance, pour couper un serveur et mettre fin à l’attaque », a démontré le DG de l’ANSSI-Bénin. Il a dans son intervention multiplié les exemples pour prouver la pertinence de la coopération. De son expérience, Ouanilo Medegan Fagla a expliqué comment il est plus pratique pour lui d’écrire (via son mobile) à son collègue de la Côte d’Ivoire ou du Togo par exemple pour contrer une attaque, que d’envoyer un courrier officiel. Déjouer les cyberattaques est une course contre la montre. D’où « la nécessité de développer une proximité entre acteurs qui donne plus d’efficacité », a martelé le responsable de l’ANSSI-Bénin.

Les acteurs en charge de la cybersécurité sont ainsi appelés à s’impliquer dans les groupes d’expertise internationaux afin de bénéficier des partages d’expériences.

Capitaliser sur les ressources internes

L’open source est une des sources de réponses que le Bénin explore pour dénicher des talents locaux. Pour le pays, il faut innover parce qu’il n’y a plus de temps à perdre. Ouanilo Medegan Fagla et ses équipes ont saisi l’opportunité que représente une jeunesse béninoise passionnée des questions du numérique en général, et de sécurité numérique en particulier. L’événement phare qui permet de détecter les talents, c’est bien le ‘’Hacker Lab’’. « C’est un événement dont on est assez fier », se félicite le DG de l’ANSSI-Bénin. « Grâce à ce concours, nous détectons les gens qui ont la passion et la capacité d’aller loin. Une fois qu’ils sont détectés, nous les formons aux standards de l’industrie. A nous de les certifier pour qu’ils deviennent des professionnels », a argumenté Ouanilo Médégan.

Cette approche est rapide et pratique. Elle fournit d’ excellents résultats que « nous invitons les autres pays à adopter », confie le DG de l’ANSSI-Bénin. Développer des ‘’solutions-maison’’, « c’est comme cela que l’on construit et valorise notre capital humain et qui permet de construire une souveraineté numérique », soutient-il.

Pour Ouanilo Medegan Fagla, la ‘’Déclaration de Lomé’’, si elle est prêchée à des convaincus, « elle va être d’un sacré coup de pouce pour les acteurs dans les pays où les autorités ne sont pas encore dans cette démarche ». Le sommet de Lomé sur la cybersécurité s’est révélé comme un « rendez-vous des acteurs qui vivent les mêmes problématiques. Les échanges, l’intelligence et les relations qui peuvent naître de cette rencontre constituaient un vrai levier d’enregistrement », a confié à Cio Mag, Ouanilo Medegan Fagla, Directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI-Bénin).

Souleyman Tobias

Journaliste multimédia. L’Opendata, la transformation digitale et la cybersécurité retiennent particulièrement mon attention. Je suis correspondant de Cio mag au Togo.

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