
Quand on parle de transformation du secteur financier en Afrique, l’accent est souvent mis sur les fintechs, les applications mobiles et la digitalisation des paiements. Pourtant, malgré ces avancées, des millions de personnes restent exclues des services financiers formels. Que l’on soit en Afrique de l’Ouest, Centrale ou au Nord, la réalité est la même : le cash est encore roi, et les solutions actuelles ne répondent pas pleinement aux besoins locaux.
Dans la région UEMOA et CEMAC, plus de la moitié de la population ne possède pas de compte bancaire. Au Maroc, bien que le taux de bancarisation soit plus élevé (autour de 70 %), une grande partie des transactions du quotidien se fait encore en espèces. Dans les boutiques ou taxis de Casablanca, les marchés de Dakar ou les souks de Marrakech, la réalité est la même : l’argent liquide reste le mode de paiement dominant.
Le défi aujourd’hui n’est pas seulement de digitaliser les paiements, mais de créer une passerelle entre l’économie en cash et les services financiers numériques, Cette étape est cruciale pour garantir l’inclusion totale de toutes les populations, qu’elles vivent à Alger, Abidjan ou Tunis.
Un écosystème financier déconnecté des réalités du terrain
L’idée selon laquelle l’Afrique va “sauter” directement vers une économie entièrement numérique est une illusion. Les solutions digitales proposées aujourd’hui, bien que précieuses, ne prennent pas toujours en compte la diversité des besoins et des habitudes locales :
- Les comptes bancaires exigent des justificatifs que beaucoup de citoyens n’ont pas.
- Les applications mobiles nécessitent des smartphones et une connexion Internet stable, qui restent hors de portée pour une partie de la population.
- Les agents de mobile money ne sont pas toujours disponibles, surtout dans les zones rurales, et ne propose essentiellement que les services du Mobile Money.
Cette réalité crée un fossé entre les solutions financières modernes et le quotidien des citoyens. Et ce fossé n’est pas propre à une région : que l’on parle d’un commerçant au Grand Marché de Lomé ou d’un artisan à Tunis, le problème est le même : comment faire le lien entre l’argent liquide et la finance digitale ?
Une solution hybride : allier accessibilité, cash et digitalisation
Chez KaliSpot et Chari, nous avons compris que la solution réside dans une infrastructure hybride composée d’une offre de service accessible via une application mobile et un réseau physique de points de services intelligents, accessibles à tous, et qui permettent :
Ouverture de compte, avec une procédure KYC conforme.
- Dépôt et retrait d’argent liquide, en toute sécurité.
- Accès aux services, sans nécessiter de smartphone.
- Assistance en langues locales, pour une expérience utilisateur fluide et inclusive.
Que vous soyez un entrepreneur à Dakar, un agriculteur au Cameroun ou un commerçant à Marrakech, ces hubs financiers vous donnent accès aux services essentiels sans dépendre d’un smartphone ou d’un agent mobile money.
Une technologie adaptée aux réalités africaines
L’innovation n’a de sens que si elle s’adapte aux populations. C’est pourquoi nos kiosques intègrent :
- L’intelligence artificielle conversationnelle, pour que les utilisateurs puissent interagir en Darija, Wolof, Bambara, Fulani, et d’autres langues locales.
- La biométrie (faciale, vocale et digitale), permettant une identification sécurisée, avec un enrôlement initial volontaire.
Avec cette approche, nous éliminons les frictions liées à l’accès aux services financiers, y compris pour les personnes financièrement « inclus ».
Un impact au-delà de la finance : un levier pour les services publics
Au-delà des transactions financières, nos kiosques servent aussi de points d’accès aux services publics digitalisés. Au Sénégal ou au Mali, les citoyens font face aux mêmes défis administratifs : déplacements longs et coûteux, manque de digitalisation et files d’attente. Nos bornes permettent :
- Le dépôt de formulaires administratifs, réduisant les déplacements inutiles.
- L’impression sécurisée et rapide de documents officiels,
- Le paiement de factures publiques et taxes, accessible sans compte bancaire.
Ces solutions ne sont pas seulement pratiques pour les citoyens : elles offrent également aux gouvernements et aux banques une meilleure traçabilité et transparence des transactions.
Un modèle évolutif pour toute l’Afrique
Nous lançons cette initiative au Sénégal et au Maroc, mais notre vision va plus loin : offrir une solution hybride, qui respecte la place du cash tout en favorisant l’adoption progressive des services numériques. L’Afrique ne doit pas choisir entre le cash et le digital : elle doit construire un modèle qui reflète ses réalités économiques et sociales.
L’inclusion financière ne peut être complète que si nous facilitons l’accès aux services pour tous, sans forcer quiconque à changer brusquement ses habitudes. C’est cette transition intelligente que nous construisons. Un futur où chaque Africain, quel que soit son pays, son niveau d’éducation ou son accès aux technologies, peut profiter pleinement des services financiers et administratifs. Et ce futur, nous le bâtissons ensemble.
Tribune signé par Mika Diol, co-fondateur CEO de KaliSpot et Ismaël Belkhayat, co-fondateur CEO de Chari