« La riposte climatique de l’Afrique sera technologique »

  • Par CIO MAG
  • 22 mars 2024
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Philippe Wang, Président Digital Power et Vice-Président Exécutif de Huawei Northern Africa

L’Afrique détient la clé de la révolution énergétique mondiale compte tenu de ses ressources naturelles et de ses capacités de stockage de CO2 qui en découlent. Le 1er Sommet Africain sur le Climat a donné le ton et marqué l’engagement majeur des pays africains à quintupler leurs capacités énergétiques d’ici 2030. Les chefs d’États et de gouvernements africains ont aussi profité de cette tribune internationale pour appeler à accélérer les investissements afin de favoriser l’utilisation de ressources durables en Afrique pour assurer son propre développement neutre en carbone. Pour accompagner ce développement, l’électrification du continent est indispensable. Aujourd’hui, près de 600 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité (soit environ la moitié de la population totale du continent), et on estime que ce chiffre atteindra 1,2 milliard d’ici à 2050[1]. Cette stratégie énergétique devra s’aligner sur les principes climatiques internationaux et encourager une croissance continentale zéro carbone. Comment y parvenir ? L’Afrique n’a pas fini de démontrer ses atouts. Philippe Wang, Vice-Président Exécutif de Huawei Northern Africa, et récemment nommé Président des activités Digital Power pour la région, nous livre son constat. 

Faire plus avec moins : l’Afrique, un modèle de croissance décarbonée en devenir

Alors que la COP28 fut le théâtre des débats sur le sort des combustibles fossiles, la transition vers les énergies propres en Afrique ne se négocie pas. D’ici à 2050, l’économie numérique du continent sera multipliée par six pour atteindre $712 milliards (Endeavor, 2022). Cette croissance exponentielle, en particulier dans l’industrie de l’énergie, est un levier majeur pour accroître l’accès à l’électricité, où une personne sur deux en est encore privée. À mesure que le continent voit sa population augmenter, son industrialisation et son urbanisation s’intensifier, ses besoins énergétiques vont nécessairement croître – ils pourraient doubler d’ici à 2050[2]. Néanmoins, cela n’implique pas nécessairement une augmentation proportionnelle de la consommation énergétique, puisque des technologies peuvent être adoptées pour gérer cette amplification de façon efficace. Il est clair que la riposte climatique de l’Afrique sera d’abord technologique.

Les technologies numériques ouvrent des perspectives considérables. Par exemple, l’intelligence artificielle ou encore le Cloud, appliqués à la production d’énergie solaire, sont utilisés pour développer la maintenance prédictive des sites ou encore pour renforcer l’efficacité de la gestion thermique et du stockage d’énergie, rendent cette industrie plus efficace et plus intelligente. Ces avancées permettent de réduire de façon continue la consommation d’énergie des installations numériques et des sites d’alimentation par exemple, des émissions de carbone par bit, et surtout du prix de production d’énergie solaire photovoltaïque. Aujourd’hui, sur le continent, de nombreuses entreprises telles que la nôtre permettant de faire plus avec moins tout en garantissant une croissance économique dynamique et une transition énergétique réussie.

Le continent se prépare depuis près d’une décennie à un “leapfrog” énergétique – à l’image du bond technologique que le continent a connu avec le mobile en contournant le développement de la téléphonie fixe. Ce saut énergétique sera possible grâce au développement de l’énergie numérique.

Financer de nouveaux modèles d’infrastructures à l’ère de l’énergie verte

Le renouvelable est la meilleure option dont dispose le continent pour résoudre ses défis d’électrification et sa distribution hétérogène, mais le manque de financement et d’infrastructures adaptées sont des obstacles majeurs. Alors que le continent dispose de plus de la moitié des ressources solaires mondiales et de 40% environ des minéraux indispensables à la décarbonation, il ne capte que 3% des investissements mondiaux dans l’énergie – c’est pourtant le nerf de la guerre. D’autant plus que nous observons ces dernières années une réduction continue des coûts de l’électricité solaire notamment. Les prix ont chuté de 82% entre 2010 et 2019. Ces énergies sont aujourd’hui bien plus compétitives que les centrales à charbon ou de gaz. Les énergies renouvelables constituent ainsi la plupart du temps, non seulement la mieux-disante, mais aussi la moins coûteuse des solutions pour établir un nouveau modèle de production d’électricité. L’ancien président de l’Union Africaine, Macky Sall, Président du Sénégal, avait d’ailleurs insisté sur le rôle central du numérique dans le processus de réduction des coûts de l’énergie, lors de l’Africa Adaptation Summit, organisé l’an dernier en amont de la COP27. Il est important que tous les acteurs puissent participer à accroître les investissements, notamment en matière de R&D, pour accélérer la décroissance des coûts.

L’architecture des systèmes d’infrastructures du futur paysage énergétique africain présente un détail tout particulier. Les solutions innovantes sont déployées à grande vitesse et permettent alors de trouver un équilibre de distribution combinant réseaux traditionnels, mini-réseaux et hors-réseaux pour permettre une meilleure inclusion énergétique dans les territoires et une diversification du mix renouvelable. L’accroissement des mini-réseaux solaires accessibles et abordables, pour les foyers mais aussi les industriels, a complètement changé la donne en Afrique. La part de la population ayant accès à l’électricité hors réseau a d’ailleurs été multiplié par dix au cours de cette dernière décennie.

L’Afrique est à l’aube d’une révolution verte, avec des pays affichant déjà de grandes ambitions. La Côte d’Ivoire, où le taux d’accès à l’électricité est parmi les plus élevés dans la sous-région (71%), souhaite parvenir à l’accessibilité universelle d’ici à 2030. Le Maroc quant à lui, envisage toutes les options pour réduire ses importations de combustibles fossiles. Aucun acteur de cet écosystème complexe ne pourra faire cavalier seul. La coopération industrielle sera cruciale pour développer une industrie énergétique numérique florissante pour une Afrique plus verte.


[1] Mc Kinsey Sustainability, Green Energy in Africa presents significant investments opportunities, October 2023

[2] Idem.

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