Levées de fonds : les facteurs clés du succès des start-up innovantes

Près de 5 milliards de dollars de fonds ont été levés par l’écosystème des start-up, en Afrique, en 2021.  C’est ce que révèle la société Briter Bridges, dans son enquête sur le paysage de l’investissement en Afrique en 2021. Une bonne nouvelle pour les jeunes pousses du continent, puisque ce montant représente le double de la somme levée en 2020. Que peut-on retenir des grandes tendances de l’écosystème pour 2021 ? Cio Mag fait le point.   

(Cio Mag) – Si l’accès au financement reste un défi de taille pour de nombreux entrepreneurs du continent, l’engouement des investisseurs pour les start-up africaines est de plus en plus fort. Les chiffres 2021 le prouvent : au total, les jeunes pousses ont récolté, l’an passé, 4,9 milliards de dollars lors de 740 transactions, contre 2,4 milliards en 2020. Cette année 2021 n’a fait que confirmer la tendance observée depuis cinq ans. « La dernière demi-décennie a vu l’apparition progressive de sources alternatives de capital et de soutien, pour un montant approchant 5 milliards de fonds en 2021. Des centaines de réseaux d’investisseurs et d’accélérateurs de financement ont été mis en place, en Afrique, pour soutenir les écosystèmes de start-up », a ainsi assuré Dario Giuliani, Directeur de Briter Bridges. Notons que le rapport 2021 sur l’investissement en Afrique s’appuie sur les données de Briter Intelligence et sur les contributions initiales de plus de 60 investisseurs de premier plan sur le continent.  

Comparativement aux autres régions du monde, l’investissement reste timide, notamment parce qu’il est toujours perçu comme risqué. Mais, le regard des investisseurs change peu à peu et ce pour différentes raisons.  « Il y a quelques années, investir en Afrique signifiait obtenir des rendements à 10, 15 ou 20 ans. Mais, aujourd’hui, les retours sur investissements sont bel et bien là, et ils motivent d’autres investisseurs », explique Mareme Dieng, Responsable Innovation et Strategy, Zone Afrique, chez 500Startups, un fonds d’investissement basé dans la Silicon Valley.  L’autre facteur à prendre en compte, selon l’experte, c’est que les entrepreneurs d’aujourd’hui sont plus expérimentés. Certains ont déjà créé une ou plusieurs start-up à succès, ce qui renforce la confiance des investisseurs. « Si l’investissement est pour partie rationnel, il ne faut pas négliger l’aspect subjectif : on investit aussi dans une personne, une équipe et aujourd’hui, les fondateurs sont beaucoup plus forts et expérimentés ». Notons ici que les entreprises dirigées par des hommes attirent encore l’immense majorité des fonds. Seules 8,2% des transactions, pour un peu plus de 3% du chiffre global, ont concerné des entreprises fondées ou cofondées par des femmes !  

L’autre raison qui explique l’engouement des investisseurs est plus simple. « L’argent appelle l’argent ! résume Merem Deng. Si l’investissement augmente sur le continent, cela pousse d’autres investisseurs à mettre des billes, car il y a une grande compétition entre les fonds d’investissement et personne ne voudrait rater les bonnes affaires ».  Il est à ce titre intéressant d’observer les conclusions de Briter Bridge quant à l’origine des fonds ayant investi dans les start-up africaines. Les vingt plus gros deals de l’année ont représenté 65% du volume des transactions. Et la grande majorité des investisseurs vient des États-Unis (plus de 62%), puis du Royaume-Uni (7,5%), mais aussi d’Afrique du Sud (6%).  

La FinTech se taille la part du lion  

Si l’on observe les chiffres de l’année 2021, deux tendances restent stables. La première, c’est que les FinTech se taillent toujours la part du lion et même d’avantage cette année. Elles ont ainsi dominé les levées de fonds, avec près de 3,1 milliards de dollars, soit les deux tiers (62%) de tous les financements obtenus par les start-up à travers le continent, l’année dernière. Les FinTech sont suivies des secteurs de la santé et Biotech (8%), de la logistique (7 %), de l’éducation (5 %), l’agriculture (4 %), le E-commerce (3%), la mobilité (3 %) et l’analyse data (2 %).   

Les FinTech ont fait mieux qu’en 2020, où cette manne représentait seulement 1,35 milliard de dollars, soit 31% des levées de fonds. Ce record de mobilisation des ressources est un signe qui démontre que le secteur poursuit sa croissance sur le continent.  Parmi les plus en vues, note le rapport, celles qui trônent en tête du classement des FinTech sont Opay, qui a reçu 400 millions de dollars en investissements de série C ; Flutterwave avec 170 millions de dollars lors d’un tour de table de série C et TymeBank, pour 180 millions de dollars lors d’un tour de table de série B.  « Je trouve que c’est un engouement justifié, parce que le succès des FinTech est basé sur le déploiement des infrastructures télécoms. Ainsi, l’émergence du Mobile Money s’inscrit dans un contexte où la population a accès à des téléphones, des ordinateurs. Il répond donc à un vrai besoin, en conformité avec le marché, où les prérequis sont là. La question est de savoir de quelles infrastructures l’Afrique a-t-elle besoin pour que le E-commerce puisse également s’imposer, tout comme le secteur logistique ou encore l’Agritech ? Si les infrastructures sont là, l’industrie émergente peut décoller », affirme Mareme Dieng.   

Mettre en place ces infrastructures, c’est l’objectif que s’est donné la start-up sénégalaise Paps. Fondée en 2016, l’entreprise spécialisée dans la logistique et la livraison vient tout juste d’annoncer une belle levée de 4,5 millions de dollars. Les fonds ont été récoltés auprès de 4DX Ventures, Orange Sonatel, ainsi que Uma Ventures, Saviu Ventures, Yamaha Motor et d’autres. « Notre objectif final est de créer une infrastructure logistique qui permettra, à tout client opérant sur le continent africain, de ne pas se soucier de problèmes logistiques. Ces fonds vont nous permettre de financer notre expansion dans d’autres pays de l’espace francophone, notamment le Bénin et le Togo. A charge pour nous de construire une technologie unique, adaptée à nos besoins, ici en Afrique et de créer une marque africaine dans laquelle les clients ont confiance », assure Bamba Lo, le cofondateur.  

Le marché de la logistique et de la livraison dispose en effet d’un énorme potentiel sur le continent et peu d’acteurs opèrent dans le domaine. « Il y a un gros déficit dans les échanges inter-africains, note Bamba Lo. Il est difficile de vendre à un client dans la zone, car les services postaux ne répondent pas à cette problématique de la livraison. Notre expansion (150% par an environ) prouve qu’il y a un besoin réel des clients en la matière », assure l’entrepreneur. « Aujourd’hui, nous permettons à d’autres entreprises africaines, comme Afrikrea ou même Jumia, de pouvoir effectuer des livraisons à travers notre réseau. Pour ces sociétés promptes à faire du business, on se positionne en tant que « enabler »  ».    

Les « Big Four » toujours loin devant  

Cette levée de fonds est une bonne nouvelle pour les pays francophones d’Afrique de l’Ouest, car, pour le moment, une tendance se confirme. Années après années, les « 4 grands » – à savoir le Nigeria, l’Égypte, le Kenya et l’Afrique du Sud – continuent d’attirer la très grande majorité des financements (près de 80%). Que fait l’Afrique francophone ? Malgré des percées timides de certains pays, comme le Sénégal ou encore le Maroc, elle reste bien en retrait.  « L’Afrique francophone commence petit à petit à entrer dans le jeu. Elle se rend compte que son avantage réside dans le fait que c’est une zone. Ces pays doivent faire de ce marché une force, en travaillant ensemble. Je pense que les entrepreneurs l’ont compris aujourd’hui et les institutions doivent travailler encore pour renforcer les infrastructures, qui font de l’Afrique francophone un marché unique », atteste Mareme Dieng. « Si l’on y parvient, ce ne sera pas qu’un effet de mode, mais une tendance d’investissement qui se confirmera ».  Bamba Lo abonde dans son sens : « On parle de la nouvelle zone de libre-échange (Zlecaf), mais, en Afrique francophone, cette zone existe déjà ! Construire une infrastructure où les gens peuvent échanger facilite les choses, car nous avons une culture, un mode de consommation commun, une langue commune et même une monnaie commune », assure l’entrepreneur. Selon lui, penser le marché à l’échelle régionale est le seul moyen, pour les start-up d’Afrique francophone, de faire face à une compétition internationale de plus en plus féroce. Et, peut-être, ainsi, attirer encore plus d’investissements en 2022 ?   

Chiffres clés   

Les start-up africaines ont récolté, l’an passé, 4,9 milliards de dollars, lors de 740 transactions.  

Les 20 plus gros deals de l’année ont représenté 65% du volume des transactions.  

Les FinTech ont dominé les levées de fonds avec près de 3,1 milliards de dollars, soit les deux tiers (62%) de tous les financements obtenus par les start-up.   

Le secteur est suivi de la santé et Biotech (8%), la logistique (7 %), l’éducation (5 %), l’agriculture (4 %), le E-commerce (3%), la mobilité 3 (%) et l’analyse data (2 %).  

Seules 8,2% des transactions, pour un peu plus de 3% du chiffre global, ont concerné des entreprises fondées ou cofondées par des femmes. 

Article paru dans Cio Mag N°72

Camille Dubruelh

Camille Dubruelh, Journaliste, coordinatrice éditoriale Cio Mag

Journaliste multimédia depuis 2010, Camille Dubruelh s’est spécialisée sur l’actualité du continent, traitant de domaines aussi divers que la politique, l’économie ou encore la culture. Très intéressée par les nouvelles technologies, le monde des start-ups et l’impact du digital sur le processus de développement, elle a rejoint en 2019 Cio Mag, le magazine de référence sur le digital africain, où elle exerce la fonction de coordinatrice éditoriale. Au-delà de ses fonctions au sein du magazine, elle anime régulièrement des conférences, en France et en Afrique, online et en présentiel, sur la thématique de l’économie numérique, de l’innovation et du financement.

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