L’industrie 4.0 : un nouveau terreau pour le progrès socio-économique en Afrique

Organisé dans le cadre de la 9e édition des Assises de la Transformation Digitale en Afrique (ATDA 2020), tenues en format hybride les 25 et 26 novembre, ce panel intitulé ‘’Des hubs industriels à l’industrie 4.0, l’innovation, un puissant catalyseur de performances’’ a fait sensation lors de la première journée de cette rencontre de haut plan.

Zakaria GALLOUCH

(CIO Mag) – Sous la modération de M.Henri D’Agrain, Délégué Général du CIGREF, les participants à la rencontre ont apporté des feuilles de lecture combinant réalisme et ambition. Dans le but de poser un diagnostic fidèle à la réalité de l’industrie africaine, tout en développant des perspectives innovantes, pour accélérer sa transformation à l’ère du numérique.

Un état des lieux qui met les ambitions en épreuve

En matière d’industrialisation, l’Afrique accuse un retard qui confine clairement les potentiels de son développement. Durant les dernières décennies, l’exportation des matières premières a constitué le principal leitmotiv des politiques économiques dans le continent. Adoptant des approches peu portées sur les activités transformatrices et le développement des chaînes de valeurs, ce qui réduit à minima la part de l’Afrique dans la valeur industrielle créée à l’échelle mondiale. Devant ce constat, l’accélération industrielle constitue une urgence pour le développement en Afrique. En vue de s’inscrire dans la quatrième révolution industrielle.

Présent lors de ce panel, Dr Papa Demba Thiam – expert en développement industriel intégré et spécialiste de l’intégration économique – s’est arrêté sur la défaillance des systèmes de création de valeur en Afrique. Alertant sur l’impact socio-économique du ralentissement industriel qui touche considérablement la qualité de vie des populations.

‘’L’une des raisons de l’accélération de la pauvreté en Afrique réside dans le manque de transformation de ses ressources et le manque de la production de masse’’, regrette l’économiste international ; et d’ajouter : ‘’Les économies africaines ne sont pas développées autour de leurs forces ! Bien que nous ayons toutes sortes de matières premières, il n’y a pas eu de création de valeur qui puisse créer de la richesse’’.

Pour rattraper ce retard, l’expert place la transformation numérique au cœur des stratégies d’accélération industrielle, en insistant sur la nécessité d’une réflexion profonde, autour des perspectives envisageables en vue de sa concrétisation.  »Avec un Forum comme celui d’aujourd’hui, nous essaierons de voir dans quelle mesure nous pouvons accélérer l’industrialisation en Afrique par la transformation numérique », indique Dr Papa Demba Thiam.

Vers une approche numérique adaptée aux réalités infrastructurelles et socio-économiques du continent

Pour Marc Giget, Académicien et président du Club de Paris des Directeurs de l’innovation et de l’IESCI, l’Afrique devra adopter une approche d’optimisation globale qui s’étale sur l’ensemble de la chaîne logistique ‘’Le 4.0 est un outil incroyable d’optimisation des flux, de maîtrise de produit, de réduction de pertes, d’interconnexion entre les entreprises… En plus, cela aidera à compenser en partie le manque d’infrastructures, dont souffre le continent’’, indique l’expert qui définit le passage à l’industrie 4.0 comme prérequis essentiel afin que l’Afrique s’intègre dans les clusters industriels mondiaux. En l’occurrence les Hubs aéronautiques et ceux dédiés à l’industrie automobile. ‘’Les investisseurs mondiaux orientent l’optimisation en Afrique vers les filières de matières premières, vers le domaine agroalimentaire et vers la connexion à l’économie mondiale.’’

Par ailleurs, M. Marc Giget a mis l’accent sur le potentiel intra-africain de la transformation industrielle 4.0. Montrant à cet effet les différentes opportunités pour développer des Hubs industriels urbains et périurbains, axés sur des productions spécifiques aux marchés africains. Notamment les produits usuels dans la consommation de masse.

‘’Avec de grandes zones démographiques, une culture propre et des produits spécifiques, nous avons de belles opportunités d’initiatives africaines : pour développer des produits africains, originaux, sophistiqués et répondant aux besoins locaux… Et ce à partir de hubs décentralisés qui sont aujourd’hui ce qui manque le plus en Afrique’’, conclut l’académicien spécialiste de développement industriel.

La qualification du capital humain et l’optimisation des SI au cœur de la transformation industrielle

Reposant sur des interconnexions créatrices de richesses, ces perspectives d’industrialisation impliquent la mise en place de systèmes avancés de gestion de données, permettant d’exploiter pleinement le potentiel du numérique. L’optimisation des données se présente ainsi comme un impératif dans cette transformation aussi bien pour la valorisation industrielle que pour la protection des données à caractère personnel.

A ce titre, Omar Seghrouchni, Président de la Commission Nationale de contrôle des Données à caractère Personnel du Maroc, a mis en garde sur le retard qu’accuse l’Afrique en la matière.

‘’Aujourd’hui, L’Afrique n’est pas en position de favoriser un échange fluide de données en son sein. Avec près de 50% des pays ne disposant pas de législation permettant d’encadrer les flux de données personnelles. Le continent abrite des déserts de données qui limitent le potentiel d’une transformation numérique sérieuse », indique l’expert en systèmes d’information.

Autre défi de taille dans cette démarche disruptive, le capital humain s’illustre comme parti pris décisif afin de réussir la transformation industrielle en Afrique. A un moment où cette technologie peut crisper les esprits quant aux pertes d’emploi, dues à l’automatisation des activités industrielles. L’industrie 4.0 présente en Afrique un réel vecteur pour l’inclusion économique des jeunes. Notamment à travers le développement de compétences en digital, aptes à répondre aux exigences d’innovation imposées par la dynamique insufflée par le contexte de disruption. Un potentiel qui s’est manifesté clairement en période de pandémie, dévoilant des capacités d’innovation considérables, dont regorgent les jeunes startups africaines. Bon nombre de solutions développées localement, ont alors été mobilisées avec succès, pour optimiser la gestion de la crise sanitaire.

Le directeur général d’Atos en Afrique, Alpha Barry, encourage à cet effet la création de hubs offshore, permettant aux jeunes d’évoluer dans des nouveaux métiers mondiaux, à forte valeur ajoutée. Ce qui profite naturellement à l’écosystème local en termes de transfert de compétences et de professionnalisation des démarches innovantes.

‘’Notre vision à Atos est de développer des compétences offshore dans les différents pays où nous travaillons. En réunissant des communautés d’ingénieurs et de jeunes diplômés pour les impliquer sur des projets internationaux’’, assure le directeur d’Atos en Afrique, citant les expériences de la firme internationale au Maroc, au Sénégal et en côte d’ivoire.

« Avec l’exemple du Casa Nearshore au Maroc, le Maghreb a déjà démontré les capacités du continent à déployer des projets pour le compte de clients internationaux… Cette dynamique se traduit également dans d’autres régions d’Afrique, notamment au Sénégal et en Côte d’ivoire où nous travaillons pour accompagner le développement de métiers offshore, connectant les jeunes à des projets d’envergure internationale. »

De ce fait, la formation et l’accompagnement des communautés de start-ups se révèlent primordiales, pour développer la qualification du bassin d’emploi et du tissu entrepreneurial.

En outre, l’Afrique affiche un besoin pressant au niveau d’infrastructures capables de soutenir la transformation industrielle. Qui se positionne en tant que passerelle menant à la réalisation des perspectives de l’industrie 4.0. La création des hubs 4.0 constitue ainsi l’opportunité pour rationaliser les flux physiques. Souffrant d’un ralentissement qui jugule la prospérité de marchés particulièrement prometteurs.

La fin de cette séance a été consacrée à l’exposition de recommandations concrètes, portées par les panélistes présents à la rencontre. Notamment l’investissement en infrastructures numériques, développées autour de hubs virtuels régionaux avec des applications nationales. Comme l’a plaidé Papa Demba Thiam. De concert, Jean-Michel Huet, associé BearingPoint en charge du développement international et de l’Afrique, prône une transformation orientée vers les secteurs clefs de la production africaine. Notamment l’agriculture qui représente 60% d’emplois directs et indirects sur le continent, offrant ainsi un large spectre d’opportunités de croissance, soutenues par le développement du numérique.

Par ailleurs, les intervenants ont souligné l’importance du soutien de la formation et des écosystèmes d’innovation, la mutualisation des expertises intersectorielles, ainsi que le développement de modèles interconnectés pour la valorisation des données.

Malgré les difficultés structurelles et fonctionnelles, les opportunités ne manquent pas pour que l’Afrique soit au rendez-vous avec la croissance. Avec plus d’un milliard d’habitants aujourd’hui, et 2 milliards en 2050, le continent entame un boom démographique qu’il conviendrait mieux de canaliser vers un progrès socioéconomique, de nature à élargir les horizons de son développement, et les ambitions de sa jeunesse créative.

Dossier ATDA 2020

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here