Nidam Abdi – Algérie : « On est encore loin » de l’essor des Smart cities

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Consultant-expert en villes durables, fondateur de la plateforme payante Ecoinovatio.com : première veille éditoriale mondiale des métropoles intelligentes, l’Algérien Nidam Abdi dévoile dans cette interview accordée à CIO Mag les obstacles et les pas à franchir pour le développement d’une smart Algérie ainsi que l’importance du e-tourisme.

(CIO Mag) – Par définition selon Nidam Abdi, les smart cities englobent le développement par le numérique de tous les services à destination des citoyens, des associations, des organisations et des entreprises d’une ville et de la gestion digitale de cette dernière par l’administration locale. Cela concerne autant le traitement intelligent des déchets grâce à des capteurs connectés à des poubelles que l’offre à des passants de l’accès par des lampadaires à Led du wifi. En somme, sont concernées toutes les attributions d’une ville pour devenir inclusive auprès de ses administrés grâce à une stratégie optimale de l’utilisation des nouvelles technologies.

En profiter pour améliorer les services publics est une nécessité dans un pays qui se veut des villes smarts. Pour ce faire, l’expert algérien laisse comprendre l’importance d’« une alchimie d’un maire visionnaire pour sa ville, allié à un responsable numérique d’une grande compétence dans le domaine des nouvelles technologies et de services municipaux et publics dans les administrateurs ». Ces derniers ayant d’après lui une maîtrise du territoire urbain et sa gestion, ils sont au fait des insuffisances améliorables par une offre digitale.

Le consultant algérien n’a pas manqué d’illustrer un cas de bonne pratique dans le cadre de la construction de villes durables en Afrique. Il s’agit de « l’accord signé en octobre 2013 entre l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et l’Ecole nationale supérieure polytechnique de Yaoundé (ENSPY), pour la création d’un laboratoire commun afin de développer des technologies de stabilisation et d’amélioration des réseaux électriques, notamment dans les hôpitaux.

Car le matériel médical est très sensible aux variations soudaines du courant. Sans oublier que le nombre croissant de sources d’énergie – panneaux solaires, générateurs – rend la question de la transmission de la puissance encore plus compliquée.  Ledit partenariat est très appliqué dans les stratégies Smart Cities des métropoles américaines comme Pittsburgh et Chicago aux Etats-Unis ».

Les freins

A la question de savoir si l’Algérie a les moyens d’intégrer le mécanisme à ses villes Nidam Abdi répond : « Oui, si elle a une diaspora constituée de nombreux experts et scientifiques dans le domaine des nouvelles technologies, des sciences de l’ingénierie et un tissu d’universités scientifiques et de laboratoires de recherche à l’intérieur du pays capable de répondre au besoin des collectivités locales pour se munir de stratégies de développement de villes intelligentes. »

Dans cet élan, il regrette cependant le manque d’une vraie vision politique sur le sujet dans son pays.

« A Alger, on est encore loin des développements Smart Cities effectués au Rwanda et en Tunisie par exemple. A Bizerte au nord de la capitale tunisienne, la société civile est très impliquée par l’intermédiaire de l’association Bizerte 2050, elle-même organisatrice du salon international Bizerte Smart City qui a réuni en avril 2018, plus de 12000 participants et 2000 entreprises du secteur », a-t-il expliqué.

Il est clair pour lui que l’Algérie rencontre des obstacles dans la construction des villes intelligentes. Notamment au sein de la gouvernance des territoires urbains.

« Les villes et les villages ne sont pas dirigés par des maires et les conseillers municipaux, mais principalement par les walis (Préfets) et les chefs de daïras (Sous-préfets).  Ce fonctionnement bonapartiste de la gestion des collectivités territoriales pose le problème de la démocratie participative et la relation entre le citoyen et l’autorité locale. Ainsi, au contraire de villes comme Newcastle en Australie et Mangalore en Inde, on ne peut imaginer en Algérie des consultations citoyennes pour élaborer des stratégies smart city à partir des besoins des populations », a-t-il exposé.

D’autres problématiques à noter, selon l’expert, sont « le manque de formation dans le domaine du numérique des administrateurs territoriaux des wilayas et municipalités du pays, sans oublier le retard pris par l’Etat pour les offres en ligne de services administratifs ».

Il faut en effet noter que l’Algérie est classée par les Nations Unies à la 130 ème place de l’e-gouvernance sur 180, loin derrière des pays comme la Tunisie, le Ghana, le Maroc, le Cap Vert, l’Egypte, le Rwanda et la Namibie.

E-Tourisme

Pour le spécialiste Nidam, « l’Algérie a d’énormes potentialités touristiques mais reste très loin en termes d’offres d’accueil pour ce secteur, très loin de la Tunisie et du Maroc ».

L’Etat Algérien est selon lui à l’origine de cette situation depuis l’époque des années 80 où il avait fait le choix des hydrocarbures et négligé l’économie du tourisme.

« Aujourd’hui, il en paye le prix et même les Algériens par millions préfèrent chaque été passer leurs vacances à l’étranger et particulièrement sur les plages tunisiennes et turques. Alors, une transformation digitale pour relancer le secteur touristique dans le pays des côtes méditerranéennes et des oasis sahariennes, pourquoi pas ? »

A le croire, la solution réside dans « le lancement d’un plan Marshall du tourisme, avec à la clé un vaste programme de formation et de feuille de route bien stricte de construction d’infrastructures hôtelières aux normes internationales ».

Par ailleurs, il s’est exprimé sur le lancement d’une université nationale totalement dédiée aux technologies.

En avril dernier, M. Hadjar, le ministre algérien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, avait annoncé pour cette entrée 2018/2019, la création d’une nouvelle école nationale du numérique et de l’intelligence économique et industrielle.

« Depuis cette annonce au printemps, rien n’a filtré sur ce projet et il serait judicieux que les médias algériens tiennent le lectorat informé sur un tel sujet. Si on reste sur le sujet des Smart Cities, il faut savoir que les universités algériennes ont une bonne réputation de formation informatique et de recherche scientifique dans le domaine », a-t-il dit.

Précisant également qu’ « aujourd’hui, c’est la relation entre université et monde de l’entreprise qui fait défaut et certainement avec les différents services des administrations territoriales pour élaborer des solutions de villes intelligentes ».

Aurore Bonny

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