PCS : après le gain de temps, la communauté portuaire ivoirienne accélère vers le 100% dématérialisé

Réunis à Abidjan le 26 février 2026, le Guichet unique du commerce extérieur de Côte d’Ivoire (GUCE CI) et les parties prenantes de la chaîne logistique et portuaire ont salué les succès du Port Community System (PCS). Avec des procédures clés déjà numérisées, la Côte d’Ivoire vise désormais l’intégration totale des paiements et des relâches.

(CIO Mag) – Au cours de cet atelier, qui a rassemblé les principales parties prenantes de la chaîne logistique, la communauté portuaire visait un objectif double : dresser un état des lieux exhaustif de l’implémentation du PCS et définir la trajectoire des futures innovations technologiques. Pour le GUCE CI, Il s’agit surtout de consolider un écosystème numérique intégré capable de renforcer la compétitivité des ports d’Abidjan et de San-Pedro.

Déploiement à deux vitesses

L’analyse des taux de déploiement de l’année 2025 révèle une maturité certaine du PCS, bien que des disparités subsistent selon les zones géographiques. Le Port autonome d’Abidjan (PAA) s’affirme comme la locomotive de cette transformation, affichant un taux d’utilisation de 100% pour les modules fondamentaux que sont l’e-Voyage (annonces d’escale) et l’e-Manifest (transmission des données de marchandises).

À San-Pedro, si la transition est bien amorcée, le taux d’utilisation pour ces mêmes services culmine à 67%, indiquant une marge de progression pour harmoniser les standards technologiques au niveau national.

L’outil e-Movement, dédié à la traçabilité des conteneurs sur les terminaux, affiche un bilan plus contrasté : si Abidjan atteint une utilisation de 60%, San-Pedro reste en retrait avec seulement 30%, soulignant le défi de l’intégration complète des opérations de manutention.

Enfin, l’année 2025 a été une phase de transition pour les services de “dernier kilomètre”. Le module e-Release, bien qu’en production, affiche un taux d’utilisation nul (0%), les acteurs attendant l’intégration des solutions de paiement pour l’adopter massivement. Quant à l’e-Booking, il demeure en phase de développement, constituant l’un des chantiers majeurs de l’année 2026.

Célérité

L’un des acquis importants du PCS réside dans la centralisation de l’information. En devenant le point d’entrée unique pour les données du commerce international, la plateforme a drastiquement réduit les lourdeurs bureaucratiques.

Pour Léonard Bonny Pondé, président du Syndicat national des transitaires de Côte d’Ivoire, les bénéfices sont tangibles. « Autant cette activité est bienvenue, autant les acteurs de la chaîne se rendent disponibles pour permettre la mise en place de tout ce qui est axe de digitalisation. Aujourd’hui, le tout se retrouvant à un seul lieu, soyez rassurés, ce gain de temps que nous recherchons, nous l’avons », a-t-il affirmé. Non sans insister sur les avantages de la digitalisation, favorisant non seulement la célérité des opérations de dédouanement, mais générant également des économies financières substantielles.

Franck-Hervé Gbalou, président de l’Union des consignataires et armateurs de Côte d’Ivoire (UCACI), a confirmé cette satisfaction : « L’e-Manifest, ça fait 12 ans qu’on en parlait, aujourd’hui on a atteint les 95% de production et d’utilisation. […] À mi-parcours, le bilan est bon. »

Le dernier kilomètre de la digitalisation

Malgré ces succès, les acteurs de la chaîne du commerce extérieur mettent en lumière des points de vigilance. Le principal défi reste la persistance de processus physiques dans une chaîne qui se veut numérique. Point critique identifié : le paiement. « Si en bout de chaîne, le paiement doit se faire physiquement, ça casse un peu le concept de la digitalisation », explique Touré Abdoulaye, directeur des études et développement du GUCE CI.

Par ailleurs, la gestion des incidents technologiques demeure une préoccupation importante. La communauté portuaire plaide pour la mise en place de protocoles permettant de relancer rapidement les activités en cas de bug, afin d’éviter que des blocages techniques ne se transforment en amendes pour les usagers.

Vers le “e-Release” et le Guichet unique maritime

L’année 2026 s’annonce comme celle de l’achèvement de la chaîne. La priorité absolue est le déploiement effectif de l’e-Release (relâche de la marchandise). Ce système permettra d’obtenir en ligne toutes les autorisations nécessaires (consignataire, terminal, douane) pour l’enlèvement des conteneurs. « Le client n’aura plus besoin de venir dans une agence de consignation ; depuis là où il se trouve, il pourra faire ses échanges comme il le faut », projette Franck-Hervé Gbalou.

Enfin, le GUCE CI prévoit le lancement du Guichet unique maritime. Selon Touré Abdoulaye, ce projet d’envergure intégrera de nouvelles administrations telles que la Santé, l’Immigration et les Affaires Maritimes pour sécuriser le passage des navires dans les eaux ivoiriennes. Objectif ? Un PCS intégralement opérationnel d’ici la fin de l’année civile 2026, hissant la Côte d’Ivoire au rang de plateforme commerciale leader en Afrique de l’Ouest.

La réussite de ces projets repose avant tout sur l’humain : « Ce n’était pas aisé de gagner la confiance des acteurs du commerce extérieur et surtout des acteurs portuaires. Et nous avons réussi à les fédérer, à les engager », a souligné Touré Abdoulaye.

Anselme AKEKO

Responsable éditorial Cio Mag
Correspondant en Côte d'Ivoire
Journaliste économie numérique
2e Prix du Meilleur Journaliste Fintech
Afrique francophone 2022
AMA Academy Awards.
En savoir plus

View All Posts

Pin It on Pinterest