Roger Félix Adom (ARTCI) : « Il ne peut y avoir de souveraineté numérique sans maîtrise des données »

La neuvième conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles s’est ouverte à Abidjan. Vingt-quatre délégations y tracent la voie d’une régulation concertée pour concilier l’innovation technologique et la préservation de la souveraineté numérique continentale.

(CIO Mag) – « Il ne peut y avoir de souveraineté numérique sans maîtrise des données ». Roger Félix Adom, président du Conseil de régulation de l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), a partagé cette conviction stratégique avec l’ensemble des acteurs de l’écosystème technologique continental lors de la cérémonie inaugurale de la 9ème conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP).

Cette grande rencontre internationale se tient du 18 au 21 mai 2026 au Radisson Blu Hotel d’Abidjan dans un contexte africain crucial et paradoxal. En effet, si plus de 35 pays du continent disposent désormais d’une législation sur la protection des données, le paysage réglementaire global souffre encore d’une importante fragmentation. Ce morcellement juridique fragilise les flux de données transfrontaliers et ralentit l’avènement d’une gouvernance numérique commune face aux géants mondiaux de la technologie.

Le rendez-vous d’Abidjan s’inscrit donc dans une dynamique d’urgence pour bâtir un modèle africain de protection harmonisé, adapté aux réalités locales et capable de faire face à l’essor des technologies de rupture.

Par ailleurs, l’événement revêt une dimension géopolitique majeure en rassemblant 24 délégations africaines composées de présidents et chefs de délégation des autorités nationales de contrôle. La cérémonie d’ouverture a enregistré la présence du ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara.

Les représentants des organisations régionales et internationales, le secteur privé, le monde académique, la société civile ainsi que les membres du Conseil de régulation et de la Direction générale de l’ARTCI complètent ce panel d’experts réunis autour d’un thème central portant sur la régulation des technologies innovantes face aux enjeux, défis et perspectives des autorités de protection en Afrique.

Pour la Côte d’Ivoire, cette conférence constitue la première sortie officielle du nouveau Conseil de régulation de l’ARTCI, nommé le 21 avril 2026, installé après sa prestation de serment réglementaire et sa récente passation de charges.

Roger Félix Adom a profité de cette tribune pour rappeler que la donnée personnelle est un élément qui touche directement à l’identité, à la dignité et à la liberté humaine. Face aux craintes légitimes des acteurs économiques, il a vigoureusement défendu le rôle de la régulation en précisant qu’elle ne vise ni à bloquer ni à ralentir les processus d’affaires. Au contraire, pour l’ARTCI, réguler revient à créer un cadre transparent, équitable et prévisible capable de sécuriser les administrations, de développer les entreprises et de protéger pleinement les citoyens.

En tout état de cause, les défis liés à la sécurité des populations et à la géopolitique des données imposent à l’Afrique de s’affirmer sur la scène mondiale. Le président du Conseil de régulation a insisté sur le fait que l’Afrique ne doit plus se cantonner à un rôle de simple consommatrice de technologies. Le continent a l’obligation de devenir un espace de pensée autonome, de production de normes et de défense des droits fondamentaux de ses populations afin d’assurer sa propre souveraineté technologique face aux flux transfrontaliers cybernétiques.

Le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, a mis en avant le grand défi contemporain qui consiste à réguler sans jamais paralyser l’esprit d’innovation. Déplorant la faiblesse induite par le morcellement des législations actuelles, le ministre a exhorté les autorités africaines à concevoir un modèle harmonisé, largement inspiré des meilleures pratiques internationales à l’image du règlement général européen mais profondément ancré dans les réalités et spécificités du continent africain.

Le représentant de l’Exécutif ivoirien a réaffirmé l’ambition nationale de voir la Côte d’Ivoire s’imposer d’ici 2027–2030 comme un pôle régional majeur de la confiance numérique. Cette stratégie repose sur une articulation étroite entre la cybersécurité, l’innovation technologique et une régulation stricte de l’intelligence artificielle, du cloud et des données de masse.

Les travaux de cette conférence internationale se poursuivent avec l’objectif de transformer les ambitions politiques en engagements techniques et opérationnels. Les résolutions finales serviront de guide pour unifier le marché numérique et surmonter les barrières linguistiques qui freinent encore la coopération interinstitutionnelle.

Anselme AKEKO

Responsable éditorial Cio Mag
Correspondant en Côte d'Ivoire
Journaliste économie numérique
2e Prix du Meilleur Journaliste Fintech
Afrique francophone 2022
AMA Academy Awards.
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