Le Niger lance sa première carte virtuelle pour accélérer son inclusion financière

Source : image générée par GeminiAI

En partenariat avec Visa, la fintech locale Amana introduit la première carte virtuelle au Niger. Cette innovation majeure vise à pallier le faible taux de bancarisation national en connectant les populations à l’économie numérique mondiale via une solution de paiement dématérialisée.

(CIO Mag) – Le secteur financier nigérien connaît une mutation historique avec l’annonce officielle du lancement de la toute première carte virtuelle du pays. Ce projet ambitieux, fruit d’une collaboration entre Amana Transfert d’Argent et Finance S.A. et Visa, promet de relever le taux de bancarisation en permettant à des millions d’utilisateurs d’accéder pour la première fois à une solution de paiement en ligne reconnue à l’international. Dans un environnement régional où la numérisation des échanges devient la norme, cette avancée positionne le Niger sur la trajectoire de la modernité transactionnelle déjà amorcée par ses voisins de l’UEMOA comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal.

L’analyse des indicateurs de la BCEAO révèle l’opportunité de rattrapage que représente ce nouveau service. Le Niger affiche actuellement le taux d’inclusion financière globale le plus bas de la zone UEMOA avec seulement 17,4 %. Cette statistique contraste fortement avec le Taux global d’inclusion financière (TGIF) moyen régional estimé à 73,6 %. Le taux de bancarisation strict, qui ne comptabilise que les comptes ouverts dans les banques commerciales ou les services postaux, oscille entre 10 % et 12 % au niveau national. Même en intégrant le secteur de la microfinance pour obtenir un taux de bancarisation élargi d’environ 16 %, le constat reste celui d’une population largement tenue à l’écart des circuits bancaires classiques.

Face à ces barrières structurelles, le modèle de la carte virtuelle adossée à une application mobile offre une alternative agile pour rallier massivement des utilisateurs de l’économie informelle vers l’économie formelle.

Historiquement reconnue pour sa domination dans le secteur du transfert d’argent à travers sa plateforme AmanaTa, l’institution nigérienne Amana témoigne d’une adoption massive tant à Niamey que dans les villes secondaires. Avec la création instantanée de la carte depuis le smartphone, la fintech permet à ses utilisateurs de contourner les lourdeurs administratives et géographiques liées à l’ouverture d’un compte bancaire classique. Cette dématérialisation répond également aux besoins d’une jeunesse urbaine et d’une classe moyenne émergente désireuse de participer à l’économie globale sans posséder nécessairement de carte physique.

Pour le directeur général d’Amana, Mohamed Attaib Kalifa, ce partenariat vient renforcer leur engagement indéfectible en faveur de l’inclusion financière et de la digitalisation des paiements, tout en rapprochant concrètement les populations des services financiers de nouvelle génération. Du côté de Visa, l’enthousiasme est tout aussi manifeste quant au potentiel de croissance du marché nigérien. Ismahill Diaby, Vice-Président et directeur général Afrique de l’Ouest et Centrale Francophone et Lusophone, explique qu’en combinant la portée locale d’Amana avec l’expertise mondiale de Visa, les partenaires permettent à des millions d’utilisateurs d’accéder pour la première fois à des moyens de paiement digitaux simples et sécurisés.

L’intérêt stratégique de ce déploiement réside également dans l’ouverture de nouveaux cas d’usage jusqu’alors inaccessibles pour une grande partie des citoyens. Le e-commerce, les abonnements aux services de streaming, le règlement de frais de scolarité à l’étranger ou les transactions sur les plateformes internationales deviennent désormais possibles grâce à la recharge du portefeuille virtuel.

Pour les analystes, cette capacité de paiement transfrontalier est un moteur essentiel pour le développement des PME locales qui peuvent désormais s’approvisionner ou vendre leurs services en ligne. Au-delà de la commodité technique, ce saut technologique représente une opportunité unique de rattraper son retard sur le reste de la zone UEMOA et de faire du numérique le moteur de sa croissance économique inclusive.

Cependant, cette effervescence technologique soulève une question centrale pour l’avenir de la finance régionale : celle de la bataille pour la donnée transactionnelle. Alors que le Niger et les autres pays membres de l’UEMOA entrent de plain-pied dans l’ère du paiement dématérialisé, une interrogation demeure sur l’identité du véritable possesseur du client final. Entre les géants mondiaux du paiement comme Visa, les acteurs locaux tels qu’Amana et Djamo, et les multinationales de la tech à l’instar d’Orange Bank Africa ou Wave Mobile Money, comment se répartit la valeur ajoutée issue de la connaissance client ?

Dans ce nouvel écosystème, il y a fort à parier que c’est celui qui parviendra à transformer la donnée brute en services financiers prédictifs qui détiendra la clé de la souveraineté numérique sur le marché régional.

Anselme AKEKO

Responsable éditorial Cio Mag
Correspondant en Côte d'Ivoire
Journaliste économie numérique
2e Prix du Meilleur Journaliste Fintech
Afrique francophone 2022
AMA Academy Awards.
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