Al Mada Ventures mène une levée de 8 millions $ pour développer l’infrastructure en stablecoins de la startup Checker

Al Mada Ventures, le fonds souverain du Maroc et société mère d’Attijariwafa Bank, mène une levée de fonds de 8 millions de dollars pour la startup Checker. Cet investissement vise à déployer une infrastructure globale de liquidité en stablecoins dédiée aux institutions financières africaines.

(CIO Mag) – Checker, un réseau mondial d’infrastructures conçu pour unifier les marchés des actifs numériques, vient de finaliser un tour de table de 8 millions de dollars. Cette importante levée de fonds a été menée par Al Mada Ventures, le fonds souverain du Maroc et société mère d’Attijariwafa Bank, l’un des plus grands groupes bancaires du continent. Cet investissement se déploie aux côtés de grands noms de la finance et du capital-risque mondiaux comme Galaxy Ventures et Framework Ventures. Le projet bénéficie également du soutien d’institutions financières stratégiques à l’instar de DFS Lab en Afrique, Bitso et Airtm en Amérique latine, ainsi que Onigiri Capital, SNZ Capital et Velocity en Asie. Plusieurs figures de proue de l’écosystème technologique africain participent aussi à cette opération, notamment Iyin Aboyeji, cofondateur de Flutterwave, Gwera Kiwana, ancienne vice-présidente d’Onafriq, et Justin Ziegler, cofondateur de Juicyway.

L’apport d’Al Mada Ventures s’inscrit dans un contexte de forte croissance mais aussi de grande fragmentation des services financiers basés sur les actifs numériques dans les marchés émergents. L’Afrique s’est affirmée comme un leader mondial dans l’adoption des cryptomonnaies, portée par une population jeune, technophile et un secteur financier en pleine expansion. Le Nigeria figure régulièrement en tête des classements mondiaux d’utilisation, tandis que l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Sud structurent le secteur en octroyant des licences de fournisseurs de services d’actifs virtuels.

Cependant, les institutions financières africaines restent entravées par des systèmes de paiement fragmentés, la volatilité des taux de change et les coûts prohibitifs des relations de correspondance bancaire traditionnelles. Pour les opérateurs de stablecoins, la situation actuelle s’apparente à des îlots numériques isolés. Ces acteurs sont souvent obligés de recourir à des centaines de canaux de discussion informels pour dénicher de la liquidité, ce qui nuit gravement à leur scalabilité et engendre une complexité opérationnelle majeure.

Pour le fonds souverain marocain, le soutien à Checker est pleinement justifié par la pertinence de sa solution technologique face à ces défis de taille. Grâce à une couche d’orchestration novatrice, Checker parvient à organiser la liquidité fragmentée des stablecoins en un réseau programmable et parfaitement conforme aux exigences réglementaires.

En tant qu’actionnaire majoritaire de Wafa Cash, un réseau de transfert de fonds solidement implanté à travers l’Afrique et auprès de la diaspora, le fonds Al Mada Ventures apporte une validation institutionnelle de premier plan pour les infrastructures basées sur les stablecoins.

Omar Laalej, directeur général d’Al Mada Ventures, explique les motivations profondes de cet engagement financier : « Grâce à notre programme d’investissement thématique, nous avons identifié que le principal obstacle à la scalabilité du secteur des stablecoins est l’accès à la liquidité à grande échelle, en particulier les frictions au niveau des on-ramps et off-ramps fiduciaires. Checker répond à ce défi grâce à une couche d’orchestration novatrice qui organise la liquidité fragmentée des stablecoins en un réseau programmable et conforme. Nous n’avons pas hésité à soutenir cette équipe fondatrice exceptionnellement efficace et de premier plan ».

Les objectifs de Checker suite à l’obtention de ce financement sont ambitieux. La startup entend capitaliser sur ces ressources pour étendre sa couverture mondiale des paiements et remplacer définitivement les dépendances obsolètes vis-à-vis des banques correspondantes, responsables de la lenteur et de la cherté des transactions transfrontalières.

En s’appuyant sur une API unique, Checker permet déjà aux grandes banques et néobanques d’accéder à la liquidité mondiale, à la gestion de trésorerie, aux paiements transfrontaliers et au crédit. L’infrastructure rationalise des cas d’utilisation à forte valeur ajoutée, facilitant notamment les corridors commerciaux majeurs entre l’Afrique et la Chine ou l’Afrique et les États-Unis. La plateforme donne également la possibilité aux néobanques d’offrir des services d’épargne numérique sécurisés et des transferts de fonds plus rapides. Pour l’avenir, Checker prévoit de développer des capacités intégrées d’emprunt et de prêt afin d’améliorer l’efficacité du capital et de réduire les besoins de préfinancement de ses clients. Enfin, l’entreprise prévoit d’intégrer des agents alimentés par l’intelligence artificielle pour optimiser la gestion de trésorerie, les opérations de back-office et l’analyse prédictive.

Avec un volume total de traitement atteignant déjà 3 milliards de dollars, soit environ 1 % du volume annuel mondial des paiements B2B en stablecoins, Checker prouve sa viabilité commerciale. Son réseau, qui couvre 75 devises mondiales et collabore avec plus de 30 institutions financières réglementées, s’étend rapidement dans des zones clés comme le Nigeria, le Kenya, la Tanzanie et l’Afrique de l’Ouest francophone.

Cette expansion internationale est portée par une vision claire des fondateurs, Jack Chong et Justin McMahan, qui ont mis à profit leur expérience des infrastructures financières traditionnelles pour corriger les failles des systèmes actuels. Jack Chong, PDG de Checker, souligne la portée de cette nouvelle étape : « Ce financement nous permet d’accélérer notre mission qui consiste à permettre aux institutions financières, du Brésil au Kenya, en passant par Hong Kong et les États-Unis, de transformer la manière dont les produits de change, de paiement, de trading et d’investissement sont conçus. Nous sommes extrêmement reconnaissants de la confiance que nous accordent nos clients et nos investisseurs ».

Anselme AKEKO

Responsable éditorial Cio Mag
Correspondant en Côte d'Ivoire
Journaliste économie numérique
2e Prix du Meilleur Journaliste Fintech
Afrique francophone 2022
AMA Academy Awards.
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