Genève : « AI Foundation » – Le Maroc appelle à une infrastructure IA inclusive et à une souveraineté par le choix

Au Global dialogue on AI Governance à Genève, le Maroc tire la sonnette d’alarme. Pour Mme Amal El  Fallah  Seghrouchni, Ministre de la transition numérique, l’inclusion en IA ne se décrète pas : elle se construit d’abord sur l’accès à l’énergie, au cloud et aux compétences. Le Royaume défend une « AI Foundation » basée sur la confiance numérique et des infrastructures partagées, avec l’ambition « AI made in Morocco » et la formation de 100 000 talents par an d’ici 2030.

(Cio Mag) – Alors que le marché mondial de l’IA pourrait atteindre 4,8 trillions de dollars d’ici 2033, un risque majeur se dessine : celui d’une nouvelle fracture numérique. C’est le message central porté par le Maroc au Global dialogue on AI Governance organisé par les Nations Unies à Genève. Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration du Royaume du Maroc, a plaidé en faveur d’une AI Foundation reposant sur deux piliers : la Digital Trust et une AI Infrastructure for All.

Le premier pilier repose sur l’idée que l’inclusion précède les algorithmes, soulignant ainsi le défi des fondations. Pour la ministre, le débat sur l’éthique et les biais ne doit pas masquer l’urgence des infrastructures de base. « L’inclusion dans l’intelligence artificielle commence bien avant les algorithmes. Elle commence par l’accès à la connectivité, à l’énergie, aux données, au cloud, à la puissance de calcul et aux compétences. »

La souveraineté numérique

Le constat est sans appel. D’après l’UIT, « seuls 16 pays disposent d’infrastructures de calcul à grande échelle ». Dans le même temps, « près de 2 milliards de personnes restent hors ligne » Avec une croissance estimée du marché de l’IA à 4,8 trillions USD d’ici 2033, le Maroc alerte : « Nous devons empêcher que cette croissance ne crée une nouvelle fracture entre les pays qui conçoivent et entraînent les modèles d’IA et ceux qui se limitent à les consommer. »

Le deuxième pilier repose sur la souveraineté numérique, entendue comme la capacité de choisir. Face à ce déséquilibre, le Maroc défend une vision de la souveraineté pragmatique. Il ne s’agit pas de tout faire seul, mais de garder la maîtrise des choix stratégiques. « Pour le Maroc, la souveraineté signifie d’abord la capacité de choisir : quelles infrastructures mutualiser, quelles technologies acquérir, quelles solutions co-développer, et quelles capacités critiques garder sous contrôle national. »

100 000 talents par an

Cette doctrine se concrétise à travers la stratégie « AI made in Morocco ». Dans cette perspective, le Royaume investit massivement afin de consolider les fondations de son écosystème d’intelligence artificielle. Sur le plan des infrastructures, il prévoit de développer plus de 1 gigawatt de capacité dédiée aux centres de données, de déployer une infrastructure cloud souveraine ainsi qu’un calculateur haute performance (HPC).

Le Maroc affirme d’ailleurs disposer du plus grand HPC d’Afrique. En parallèle, le pays renforce son écosystème avec le lancement du cœur du réseau national des instituts d’excellence en IA, une initiative destinée à connecter les acteurs de la recherche, les régions, les start-up et les entreprises autour de cas d’usage concrets.

Pour la ministre, la technologie sans les compétences ne sert à rien. D’où le 2e pilier de la « AI Foundation » : le capital humain. « Cette infrastructure technologique doit s’accompagner d’une infrastructure humaine. Le Maroc vise à former 100 000 talents du numérique par an d’ici 2030. » L’objectif est de créer une masse critique de chercheurs, d’ingénieurs et d’entrepreneurs capables de développer des solutions ancrées dans les réalités locales.

La coopération internationale

Dernier point clé : aucun pays ne peut couvrir seul toute la chaîne de valeur de l’IA. La tentation du chacun-pour-soi mène à la fragmentation et freine l’innovation.« Aucun pays ne peut construire seul toute la chaîne de valeur. La souveraineté devient plus efficace quand elle s’appuie sur une coopération internationale équilibrée. »

Le Maroc illustre cette approche avec l’initiative D4SDH, lancée avec le PNUD. L’objectif : « développer et déployer des solutions d’IA inclusives en Afrique et dans le monde arabe. »
Pour le Royaume, l’avenir de l’IA se joue maintenant. Il ne suffit pas de réguler l’usage. Il faut d’abord bâtir les fondations : énergie, connectivité, calcul, données, et surtout confiance.

L’appel de Genève est donc clair : passer d’une course aux modèles à une coopération pour les infrastructures. C’est à cette seule condition que l’IA pourra être un « instrument de progrès partagé » et non un facteur de nouvelles inégalités.


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