Au Ghana, l’évolution rapide de l’IA sous fond d’incompréhensions et d’inexpérience

L’écosystème de l’intelligence artificielle au Ghana se développe à un rythme considérable malgré un usage encore limité, parfois incompris et quelques points importants à rehausser selon des experts contactés par Cio Mag.

(CIO Mag) – « Dans notre pays, l’IA n’en est qu’à ses débuts. Beaucoup de jeunes gens étudient l’IA dans le cadre d’initiatives telles que l’Institut d’IA de Runmila et l’auto-apprentissage. Ces jeunes ont beaucoup de potentiel. L’appétit pour l’IA ne cesse de croître progressivement dans les différents secteurs et parties prenantes. Il est certain que la croissance sera très forte dans les prochaines années », a affirmé Akogo, expert ghanéen en intelligence artificielle.

Cependant, il existe actuellement peu de jeunes pousses basées sur l’IA, regrette-t-il.

Un élan que rejoint son compère et compatriote Jerry Buaba en disant que l’intelligence artificielle se développe très rapidement dans le pays. Quoiqu’il soit très évident que la majorité des gens continuent de la considérer comme un outil nécessaire dans leur logiciel qui fournira des résultats par magie. Pour lui, ils n’ont également pas « la formation nécessaire en IA encore moins en ce qui concerne son éthique ».

«  Les développeurs de logiciels limitent leurs connaissances à l’utilisation de quelques algorithmes d’apprentissage machine, construisent un projet et voilà ! Ils ont un produit alimenté par l’IA », a expliqué Buaba.

Il constate aussi que la majorité de personnes développe des produits ou des services intelligents pour des industries telles que l’industrie agricole par exemple mais avec de procès encore limités.

« Nous voyons plus souvent des gens combiner l’IoT et le Cloud dans des secteurs comme celui-ci, mais ils ne s’engagent pas vraiment dans la construction de systèmes intelligents alimentés par l’IA et le Machine Learning pour penser par eux-mêmes et prendre des décisions basées sur des données de manière autonome ».

Et pourtant, il faut « apprendre à automatiser pour rendre les industries plus attrayantes pour les jeunes entrepreneurs technologiques »,  pense-t-il.

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Le schéma stratégique

Pour Buaba, des étapes importantes sont à intégrer pour un meilleur écosystème au Ghana. La plus importante étant l’éducation des jeunes et des moins jeunes sur ce qu’est l’IA et son utilité.

« La génération plus âgée, en particulier, n’a aucun intérêt ni aucune confiance dans les systèmes intelligents et cela a une grande influence sur la mise en œuvre des systèmes d’IA au Ghana », a-t-il ajouté.

Il faudrait selon lui, que le gouvernement démocratise cette intelligence en la rendant accessible à tous depuis les écoles.

« Il existe au Ghana un certain nombre de jeunes pousses qui dispensent une formation à plein temps en sciences des données et en intelligence artificielle, et je travaille personnellement avec l’une d’entre elles. Les étudiants peuvent ainsi suivre une formation à plein temps en IA après avoir appris les bases et développé leurs intérêts. Ce faisant, nous pouvons construire un écosystème solide et une communauté d’ingénieurs et d’enthousiastes et travailler à la réussite de notre pays », a expliqué le spécialiste.

Les données accumulées pendant des décennies dans les bases de données d’entreprises et d’organisations doivent être aussi exploitées selon lui.

Il suggère aussi que les ingénieurs, se concentrent sur la résolution des problèmes avec les outils et systèmes actuels en IA. Ils peuvent aussi travailler au développement de nouveaux outils, de nouvelles méthodologies et de nouveaux systèmes pour résoudre les problèmes de manière plus facile et efficace.

Darlington Akogo quant à lui est déjà très actif sur ces chantiers. Il est un entrepreneur engagé dans son pays et en Afrique en général. Il est fondateur et directeur exécutif de karaAgro AI, une entreprise qui fournit aux agriculteurs, aux producteurs de semences et aux sélectionneurs de plantes des solutions de détection précoce des maladies et des parasites grâce à l’IA et aux drones. Il a également fondé l’Institut Runmila AI, où sont formés des jeunes africains à l’intelligence artificielle et à la science des données.

Par ailleurs responsable de Top driver, un groupe thématique sur l’IA pour la radiologie sous l’égide de l’ONU et l’Union internationale des télécommunications (UIT), il s’emploie avec d’autres experts à aider le développement de l’IA au Ghana. Ensemble, ils mettent en œuvre plusieurs initiatives de renforcement de capacités.

Il accorde une forte importance à cette technologie qui selon lui conduira à une ère utopique d’après-travail où les humains passeront leur vie quotidienne à enrichir leurs relations humaines et à s’adonner à leurs passions sans se soucier de l’argent.

« Elle pourrait également nous conduire à un monde dystopique, où les inégalités se creusent de façon ridicule et où les propriétaires d’entreprises d’IA et de technologie contrôlent l’ensemble de l’économie. Le choix du futur possible dépend des mesures que nous prenons aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Aurore Bonny

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