Adnane Ben Halima : « La modernisation des infrastructures, un levier majeur pour installer une économie de la donnée en Afrique »

  • Par CIO MAG
  • 21 septembre 2022
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L’Afrique est devenue en quelques décennies une terre d’opportunités pour le développement de l’économie numérique. Elle est un facteur de croissance incontestable sur le continent et tout particulièrement depuis la crise de la Covid-19. Tandis que des mesures de restriction et de distanciation sociale s’imposaient dans de nombreux pays, 25% des entreprises en Afrique subsaharienne ont décidé d’accélérer l’utilisation des technologies numériques et d’accroître leurs investissements dans les solutions numériques en réponse à la crise sanitaire[1].

L’intensification constante des usages numériques sur le continent fait cependant émerger de nouveaux défis que l’ensemble des parties prenantes en Afrique doit dès à présent considérer. En premier lieu, nous observons une augmentation grandissante du volume de données numériques consommées en raison de l’intégration croissante des progrès technologiques liés à la Quatrième révolution industrielles (Big Data, Cloud Computing) et leurs applications concrètes dans les économies (cryptomonnaies, blockchain). Ensuite, nous pouvons citer les chiffres particulièrement éloquents de l’utilisation du téléphone mobile. En Afrique francophone, le taux de pénétration mobile avoisine les 100%[1]. Pour la plupart des usagers, le téléphone représente d’ailleurs bien plus qu’un simple moyen de communication. Pour beaucoup, il est parfois le seul moyen d’avoir accès à des services bancaires, de procéder au paiement de factures ou encore de consulter un médecin sans avoir à se déplacer. À mesure que le mobile et les services associés se sont développés, il est devenu un outil incontournable pour une grande majorité des populations.

Ces récents développements en matière d’innovation numérique soulèvent des défis de taille notamment en matière de gestion de données. Les besoins en termes d’infrastructures, mais surtout leur adaptation et modernisation, sont aujourd’hui plus que cruciaux sur le continent. Aujourd’hui, nous ne comptons seulement qu’1,3% des data centers mondiaux en Afrique. En tant que fournisseur d’infrastructures et de solutions technologiques avancées et de pointe, Huawei Northern Africa est convaincu que la construction de data centers nécessite un investissement massif dans les infrastructures et des compétences multiples. Le déploiement de ces infrastructures adaptées, sécurisées et de qualité devra cependant s’organiser de façon réglementée afin que l’Afrique puisse libérer tout son potentiel en assurant au niveau local la gestion de ce volume grandissant de données. La souveraineté des pays africains en dépend.

Afin de répondre aux différentes réalités du continent, Huawei Northern Africa a fait preuve d’une grande capacité d’adaptation dans ses innovations ces dernières années. Fournir des produits et services de qualité qui soient facilement intégrés et exploités par nos utilisateurs est une priorité pour notre entreprise. Je voudrai citer comme exemple le lancement de notre dernière génération de data centers intelligents dont l’installation a été conçue spécifiquement pour s’adapter aux réalités et spécificités des territoires sur le continent. Dévoilé publiquement le 26 mai dernier, le data center PowerPOD 3.0 allie de multiples innovations qui permettent un gain d’espace lié à sa taille, un gain de temps en raison d’un tout nouveau système d’alimentation électrique en raison de composants électronique disponibles en quantité suffisante, ainsi qu’une consommation d’énergie diminuée de 70%. Durable, fiable et autonome, cette nouvelle génération de data centers intelligents est en outre entièrement écoénergétique et limite l’épuisement des ressources, puisqu’elle favorise le recyclage de tous les matériaux indispensables à leur fabrication.

Ces innovations visant à moderniser ce type d’infrastructures sont cruciales pour permettre la digitalisation des économies des États africains et la structuration des écosystèmes numériques. À l’heure actuelle, les industries traditionnelles parviennent difficilement à se transformer et à intégrer les technologies de pointe. En Afrique, les secteurs primaires tels que l’exploitation de pétrole, des minerais, ou encore des produits agricoles, bien qu’ils soient la principale source de croissance de nombre de ces pays, peinent à profiter pleinement des externalités positives qu’apporte le numérique. La digitalisation de ces industries et par conséquent, la valorisation des données en faveur d’une meilleure gouvernance de ces économies, est un véritable enjeu dans la transition numérique du continent. Cet enjeu a d’ailleurs été au cœur d’une conférence d’envergure qui s’est déroulée en juin 2022 à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Ayant pour thème « L’Afrique à la conquête de ses données », elle a formulé des constats clairs : la pénurie de données des États africains nécessite d’être comblée à travers un cadre juridique protecteur afin que l’économie numérique puisse effectivement dynamiser le développement du continent de façon pérenne.

Les prévisions de croissance de l’économie de la donnée sont édifiantes : le marché mondial du Big Data représente plus de 2000 milliards de dollars en 2020 et le volume de données devrait augmenter de 530% d’ici 2025 selon la Commission européenne[2], ayant alors vocation à créer tout autant d’opportunités pour les entreprises, les autorités publiques que les populations, en transformant totalement les modèles économiques, mais aussi le marché du travail. En effet, ces mutations appellent nécessairement au développement de nouvelles compétences en matière de technologies de l’information et de la communication (TIC) afin que ces infrastructures modernes capables de stocker et gérer ce volume de données puissent être entretenues et exploitées correctement.

Afin d’accompagner ce défi, chez Huawei, il nous semble absolument indispensable de former les jeunes talents à ces nouveaux métiers induits par la révolution numérique. Comprendre par exemple le Big Data et être en mesure d’analyser des données numériques nécessite des formations spécialisées que nous dispensons à travers de nombreux programmes, en partenariat avec les plus grandes universités et écoles de la région Northern Africa. Notre objectif ? Former les jeunes actifs africains aux métiers de demain tels que technicien de maintenance prédictive, ingénieurs analytiques, experts en IA, data scientist, etc. Les connaissances dont ils disposent en matière de technologies de nouvelle génération se devront d’être solides afin qu’ils puissent prendre pleinement en main l’avenir numérique du continent.

En parallèle, c’est tout un écosystème qu’il convient de sensibiliser à la question de la donnée numérique : citoyens, gouvernements et acteurs économiques et sociaux. Aujourd’hui, les structures publiques, en partenariat avec les opérateurs privés, font face à des enjeux conséquents nécessitant de considérer la donnée comme un actif central du système économique. La capacité des États africains à investir dans les infrastructures de données, mais aussi à adopter une règlementation qui protège et qui permette l’interopérabilité des plateformes seront déterminantes ces prochaines années pour le développement de l’économie numérique en Afrique.   

Tribune de Adnane Ben Halima, Vice-Président en charge des relations publiques de Huawei Northern Africa


[1] « Derniers chiffres du mobile en Afrique francophone », Orange Developer, 15 mars 2019.

[2] « Les avis du CESE », Économie et gouvernance de la donnée Soraya Duboc et Daniel-Julien Noël, février 2021