Ambroise FAYOLLE, VP de la Banque Européenne d’Investissement : « En Afrique, l’économie traditionnelle va croître davantage grâce à la transformation numérique »

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Ambroise FAYOLLE, Vice-Président de la Banque Européenne d’Investissement (BEI)

En intégrant, le 18 décembre 2018 à Vienne, la Task Force UE-UA sur l’économie numérique, la Banque Européenne d’Investissement (BEI) confirme son intérêt grandissant pour le continent africain. Elle y est déjà présente via le marché du capital risque et le soutien aux Fintech. Ambroise FAYOLLE, Vice-Président de la Banque Européenne d’Investissement, détaille pour CIO Mag ses ambitions pour le continent et l’adaptation des instruments de financement à la nouvelle économie, principalement sur le digital.

Propos recueillis par Mohamadou DIALLO

Quels sont les enjeux pour votre institution de participer à un tel groupe de travail ? 

La BEI salue la création de cette Task Force qui regroupe une grande diversité d’acteurs sur ce secteur. En tant que banque de l’UE, avec un mandat spécifique de développer l’économie digitale et le secteur privé en Afrique et une forte activité dans ce domaine, la BEI ambitionne de contribuer activement aux travaux de cette TF. L’enjeux pour la BEI sera d’identifier et d’évaluer les besoins en financement des propositions des membres de la Task Force ainsi que de proposer des structures de financement classiques ou innovantes pour répondre à ces besoins.

A ce titre, la BEI désire écouter les acteurs et comprendre leurs problématiques de financement pour y répondre au mieux. L’ambition est également d’identifier des projets concrets auxquels nous pourrions contribuer en fournissant un financement adapté.

Il est souvent reproché aux grandes institutions de ne pas adapter leur mécanisme aux projets numériques. Qu’en est-il au juste pour le financement des projets plus basiques ? 

Les banques de développement financent les grands projets d’infrastructure depuis des décennies. Dans le secteur de l’économie numérique, ces projets ont permis de donner accès aux services télécoms et de créer une base installer pour des services à valeur ajoutée. Ces projets d’infrastructures sont ceux pour lesquels nous sommes majoritairement sollicités.

Lorsque nous recevons des opportunités sur le reste de la chaine de valeur ou que nous identifions des besoins, nous adaptons nos modalités de financement. Ainsi, la BEI est présente sur le marché du capital risque en Afrique via des fonds tels que Partech ou TLcom. La BEI a également investi dans la Fintech éthiopienne MBIRR et mis en place une facilité pour financer les systèmes photovoltaïques à usage domestique.

L’autre reproche réside aussi sur la concentration des investissements dans la nouvelle économie (start-up). Quid du financement de l’économie traditionnelle?

Le portefeuille de la BEI est à ce jour bien diversifié entre la nouvelle économie et l’économie traditionnelle. Elles ne doivent pas être opposées. Au contraire, l’économie traditionnelle se réinvente grâce à la nouvelle économie. En finançant le secteur du numérique, notre ambition est double : financer un secteur en pleine croissance et soutenir l’économie traditionnelle qui gagne en compétitivité grâce à la transformation numérique.

La stratégie de la BEI est de soutenir le développement en répondant aux besoins en financement de l’industrie sur l’ensemble de la chaine de valeur. Ceci comprend, d’un côté, le financement des infrastructures telles que les réseaux télécoms, l’identité biométrique ou les parcs technologiques et, de l’autre côté, les services avec la transformation numérique du secteur public et privé, la protection contre la cybercriminalité et l’ensemble des produits et services digitaux qui contribuent au développement (eCommerce, Fintech, etc.).

L’ambition de la BEI est de développer des outils pour accompagner le secteur privé sur toutes les phases du cycle de vie d’une entreprise à l’instar de ce que nous avons réalisé en Europe.

Entretien paru dans CIO Mag N°56, Janvier/Février 2019

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