Aurélie Adam Soulé Zoumarou : La coopération numérique entre le Bénin et le Japon « est en très bonne voie »

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La délégation béninoise conduite par la Ministre Aurélie Soulé Zoumarou en tête-à-tête avec la partie japonaise.

Dans cette interview, la Ministre du Numérique et de la Digitalisation Aurélie Adam Soulé Zoumarou décline les avantages de la coopération numérique entre le Bénin et le Japon et les retombées de sa participation à la table ronde de haut niveau sur les technologies de l’information et de la communication, à l’occasion de la 7ème Conférence Internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 7), du 28 au 30 août dernier au Japon.

Après-midi du mardi 03 septembre. A peine sortie d’une réunion, la Ministre donne des directives à des membres de son équipe restreinte. En attente d’une séance de travail, elle reçoit CIO MAG dans son cabinet, à quelques encablures de l’aéroport international à Cotonou. L’air sûr, la tête sur les épaules et les mots bien choisis, elle se prête à nos questions.

CIO MAG : Après trois années de mise en œuvre du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG) dans le secteur du numérique, quel état des lieux peut-on faire ?

Aurélie Adam Soulé Zoumarou : Le présent tient ses promesses et l’avenir est radieux parce que nous voyons déjà les premiers résultats de nos actions, sur l’ensemble des volets que compte le secteur de l’économie numérique. A commencer par les infrastructures à fibre optique, nous avons déployé 2 000 km pour 67 communes couvertes sur les 77. Un autre projet couvrira les 10 communes restantes, et nous sommes à pied d’œuvre pour finaliser les démarches d’obtention du financement.

En ce qui concerne la Télévision Numérique Terrestre (TNT), le passage au numérique est une réalité dans notre pays depuis quelques mois. Les sites sont déjà en service. Nous sommes en train de faire les dernières étapes pour la mise à disposition des décodeurs aux populations, pour qu’elles puissent avoir accès aux programmes. Aussi, voulons-nous bâtir derrière la stratégie de diffusion, le processus par lequel cela va se dérouler, conformément à la loi sur la radiodiffusion numérique.

« Aujourd’hui, nous sommes en train d’interconnecter près de 90% des étudiants à travers les différentes Universités »

Quant aux usages numériques, nous avons fortement avancé. Au regard de l’importance du numérique dans le secteur de l’éducation, nous avons fait un pas de géant en intégrant en février 2019 le Réseau d’Éducation et de Recherche de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WACREN), qui permet d’interconnecter les centres de recherche et les Universités. Aujourd’hui, nous sommes en train d’interconnecter près de 90% des étudiants à travers les différentes Universités dans lesquelles ils se trouvent, sur l’étendue du territoire national. Parallèlement, nous mettons en place le Réseau béninois d’éducation et de recherche (RBER) pour que d’ici début 2020, nous soyons au terme de ce processus.

Pour le moment, nous avons un hub à Abomey-Calavi [deuxième commune la plus peuplée derrière Cotonou, capitale économique du Bénin, Ndlr] qui sera le lien entre ce réseau béninois et le réseau ouest-africain, le réseau africain et celui mondial.
Dans le secteur de la santé, nous mettons en œuvre le projet Arch qui se fonde sur quelque chose de grand et d’important pour un pays à savoir : l’identité digitale. Nous voulons que le Bénin se positionne comme une plateforme de services numériques. Et dans cet écosystème, il faut qu’on puisse identifier chaque béninois comme cela se fait physiquement. L’identité digitale mise en œuvre est un grand pas permettant d’accéder à des services qui peuvent se passer dans le cyberespace de façon sécurisée.

Pour en venir à la sécurité du numérique, nous avons pris des actions fortes telles que : la création de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), la construction de notre système d’infrastructure à clé publique (PKI) pour permettre la sécurité des transactions, etc. L’étendue de ce que nous faisons est vraiment large et nous abordons chaque volet, aussi bien l’aspect réglementaire avec les décrets d’application du code du numérique, et le volet des investissements en tenant en compte de la fixation des régimes dans le secteur des télécommunications pour les investisseurs, etc.

Quels avantages pour le Bénin de faire partie du WACREN ?

Le WACREN est une structure régionale à laquelle le Bénin a adhéré il y a quelques mois. Il permet aux pays de rejoindre un réseau plus grand d’Universités et de centres de recherche, d’avoir accès à des ressources à distance comme des supercalculateurs, des ressources didactiques des enseignements donnés dans les universités, des MOOC et des cours en ligne, de façon à ce que nos étudiants, se trouvant n’importe où au Bénin, puissent avoir accès à ces ressources en ligne et interagir avec leurs paires partout dans le monde. Le réseau régional est connecté au réseau africain qui lui-même est connecté au réseau européen et mondial. Ainsi, nous arrivons à développer nos compétences tout en restant au Bénin.

Le 28 août dernier, vous avez participé à la table ronde de haut niveau sur les technologies de l’information et de la communication à Yokohama au Japon, en marge du 7ème sommet de la Conférence Internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 7). Quels sont les axes prioritaires de coopération numérique qui ont été évoqués ?

La TICAD a l’habitude de se pencher sur le développement de l’Afrique à travers sa coopération avec le Japon. Pour ce 7ème sommet, c’est une première pour les acteurs du numérique que nous sommes, de participer à une table ronde dédiée au secteur du numérique. Cette assise a été de très haut niveau pour avoir connu la présence du Secrétaire général de l’UIT, des représentants du Vice-Président de la Banque mondiale, des représentants de l’Agence japonaise pour la coopération, le Président du Conseil des Ministres, le Directeur général de Smart Africa et les Ministres des pays membres de l’Alliance.

Nous avons parlé de nos priorités, évoqué les priorités de notre coopération avec le Japon et spécifié les axes dans lesquels nous pensons que le Japon peut nous aider à savoir : l’éducation de base et l’éducation supérieure, l’enseignement technique et professionnelle, la cyber-sécurité, la digitalisation de notre administration publique, etc. Nous avons terminé ces échanges en nous inscrivant dans la dynamique d’une déclaration commune qui a marqué cet engagement. Nous avons promis nous revoir d’ici quelques mois, pour définir des projets concrets que nous pourrions mettre en œuvre au profit de cette coopération, spécifiquement dans le secteur du numérique.

Il faut souligner que le Japon, dans son désir d’appuyer les pays africains, a été très dynamique dans le fait qu’on ait une plateforme dénommée Smart Africa. Elle donne un élan nouveau à cette coopération et nous permet maintenant de mettre en œuvre une coopération plus forte dans le secteur du numérique.

Entre un partenariat pour le renforcement de la coopération institutionnelle, industrielle et académique ou un appui dans la mise en œuvre de la modernisation de l’administration publique, quelles sont les retombées engrangées par le Bénin ?

En marge de la table ronde de la TICAD7 et de tous les événements annexes, j’ai eu une session de travail avec mon homologue du Japon, le Ministre en charge des technologies de l’information, de la science, de la technologie, de l’innovation et de la propriété intellectuelle M. Takuya Hirai. Cette séance a été très marquante parce que nous avons pu échanger sur l’évolution de la digitalisation de nos administrations et de nos pays en tant que personnes mandatées par les Présidents pour s’occuper de ces volets. J’ai eu le plaisir de constater que mon homologue japonais était dans une posture d’apprentissage, pour savoir comment le Bénin a réussi à surmonter certains obstacles.

« Ce qui importe, ce ne sont pas les promesses faites pendant ces différentes rencontres, mais ce qui se passera effectivement. »

J’ai également eu l’opportunité de poser des questions sur un certain nombre d’actions que le Japon a entreprises. Nous avons convenu au terme de notre discussion de collaborer à l’évolution de la digitalisation de l’administration de nos pays. Et fort de cela, j’ai aussi eu des échanges avec des entreprises technologiques dudit secteur au Japon qui se sont montrées très intéressées par le Bénin et par les projets que nous mettons en œuvre actuellement. Elles ont été assez marquées par leur structuration et leurs objectifs. Je ne doute pas que cette coopération sera fructueuse.

Ce qui importe, ce ne sont pas les promesses faites pendant ces différentes rencontres, mais ce qui se passera effectivement. Et à ce niveau, la balle est dans notre camp. Aujourd’hui, la digitalisation de l’administration publique et des entreprises nécessite des expertises pointues et des compétences d’un certain niveau. Il faut que nous allions chercher ces compétences et ces expertises pour aller vite et faire bien pour le peuple béninois. Nous sommes en très bonne voie.

Quelle est la teneur de la déclaration commune adoptée entre les parties prenantes ?

La déclaration commune qu’on a faite dans le cadre de la table ronde a abordé les axes de coopération dans le secteur du numérique entre l’Afrique et le Japon. Des points tels que : l’éducation basique et les compétences numériques ont été abordés. Nous avons également parlé du passage au numérique parce que tous les pays africains n’en sont pas au même niveau. Les efforts concernant la promotion de la télévision numérique ont été évoqués et l’apport du Japon a aussi été sollicité à ce niveau.
La digitalisation de l’administration et les questions relatives aux infrastructures numériques ont également intéressé un certain nombre de pays. En réalité, c’est une large opportunité de collaboration pour les pays africains. Et selon les priorités de chaque pays, chacun pourra trouver la manière de concrétiser cette coopération avec le Japon.

A quand la mise en œuvre des différents axes de coopération numérique retenus ?

La mise en œuvre a démarré. Depuis que je suis rentrée, j’ai entamé des actions pour que les entreprises japonaises intéressées puissent avoir des plannings et des dates pour leur arrivée au Bénin afin de s’imprégner de notre contexte, rencontrer les acteurs de l’écosystème et démarrer les discussions.

Ensuite, nous avons également démarré la collaboration avec le Ministère des technologies du Japon. Nous avons pris sur nous de continuer cette conversation que j’ai eue avec mon homologue et de déterminer les prochaines étapes à mettre en œuvre pour supporter les entreprises qui viendront au Bénin. Nous sommes dans la bonne dynamique. Nous allons veiller à ce que des résultats concrets en sortent et que le peuple béninois puisse en profiter.

Propos recueillis par Michaël Tchokpodo, Bénin

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