Bernard Bourigeaud, fondateur d’Atos, Président d’Ingenico : « Il est essentiel de capitaliser sur le lien entre le numérique et les jeunes »

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Bernard Bourigeaud, fondateur d’Atos, Président d’Ingenico et Professeur affilié à ESCP Business School. © Jean-Baptiste Maniou

Bernard Bourigeaud a eu un parcours entrepreneurial tout à fait exceptionnel. Sous son leadership, la petite société française Atos, est devenue en 17 ans l’un des leaders mondiaux des services informatiques et de paiements. Avec plus de 55000 salariés, présente dans plus de 50 pays, elle réalisait quand Bernard Bourigeaud s’est retiré de la présidence un chiffre d’affaires dépassant les 5 milliards d’euros. Il préside actuellement Ingenico, l’un des principaux acteurs mondiaux des moyens de paiement, et est Professeur affilié à ESCP Business School. Il a publié en 2017 ‘’Management : les idées les plus simples sont souvent les meilleures et en 2019 L’humain, la priorité des entreprises qui gagnent. Son prochain ouvrage à paraître est intitulé Le courage des décisions responsables’’.

BM : Comme nous nous connaissons depuis 20 ans, il serait un peu artificiel d’utiliser le vouvoiement. Tu es le premier invité des entretiens ESCP Business School – CIO Magazine. Nous ne pouvions pas rêver mieux que de débuter par une figure emblématique du secteur des services informatiques et de paiements. Quelle vision as-tu de l’Afrique ?

BB : Mes relations avec l’Afrique ne sont pas nouvelles. Pendant mon service militaire, j’ai vécu deux années au Sénégal comme conseiller technique auprès du ministère des finances. Je m’occupais des relations avec les CCI du Sénégal et le comité des investissements étrangers.

Pendant le temps passé avec Deloitte (Président de Deloitte France), nous avions conclu de nombreux contrats en Afrique financés notamment par la banque mondiale. A Atos, c’est à partir de l’Afrique du Sud que l’on s’est développé sur le continent. Nous avions par exemple organisé toute l’informatique des jeux panafricains. Ingenico que je préside actuellement, est un acteur majeur dans les services de paiements. Le continent est en cours de bancarisation et cela va représenter un marché énorme pour l’avenir. Nous avons vocation à soutenir activement le développement des moyens de paiement électroniques et des services associés en Afrique.

« Les gouvernements auraient intérêt à adopter un vaste plan de formation basé notamment sur le elearning. »

BM : La formation et la création d’entreprise sont souvent présentées comme les principaux enjeux du continent africain…

BB : Tout à fait. L’Afrique est un continent extrêmement porteur d’avenir, le plus peuplé à horizon 20-30 ans, avec une population très jeune. L’Afrique a un besoin vital d’éducation et de formation, mais aussi de création de sociétés dans lesquelles les jeunes pourront travailler. C’est notamment le cas dans le secteur des technologies. C’est devenu le langage des jeunes au travers des téléphones portables. Ils sont attirés par la technologie. L’enjeu est de leur apporter des compétences techniques, former des techniciens et des ingénieurs. Les gouvernements auraient intérêt à adopter un vaste plan de formation basé notamment sur le elearning.

BM : L’Afrique intéresse de plus en plus les multinationales. Comment vois-tu les développements dans les années à venir ?

BB : L’offshore s’est beaucoup développé en Inde. De très nombreux acteurs des services informatiques y ont investi et créé des emplois. Il faut maintenant le faire en Afrique. Pour la France, ce serait même plus facile dans le cas de l’Afrique francophone de par la communauté de lange. D’où l’enjeu de formation que je viens d’évoquer. Les entreprises auront besoin de recruter massivement localement.

« L’enjeu est de développer de grandes entreprises de services informatiques. »

BM : Mais aujourd’hui beaucoup des jeunes ingénieurs africains choisissent de travailler en Europe…

BB : C’est pourquoi il est incontournable de développer localement des entreprises de services informatiques. Les gouvernements doivent aider ces sociétés à émerger, des sociétés panafricaines. Cela attirera les jeunes, facilitera le retour au pays d’une partie de la diaspora africaine. L’enjeu est de développer de grandes entreprises de services informatiques. La seule importante était dimension data (DD), acquise par NTT. En Afrique francophone, Orange, CFAO et GFI commencent à avoir des implantations significatives.

BM : Quels sont les défis à relever par l’Afrique au niveau des systèmes d’information ?

BB : Développer une offre innovante permet de sauter des étapes technologiques. Aujourd’hui le principal terminal de paiement, c’est le mobile. Par contre au niveau des systèmes d’information, toute l’infrastructure des ministères de l’Afrique de l’ouest a été construite par la France, notamment par la Sinorg. L’Afrique a repris les lourdeurs de l’administration française ! Les systèmes installés pour les gouvernements ont besoin d’être remis à jour. C’est un grand chantier. Il faudrait idéalement que ce soit fait par des sociétés confirmées prenant appui sur des partenaires locaux très puissants.

Il faudrait ainsi un grand plan numérique de modernisation de l’informatique au niveau des Etats. Il est essentiel de capitaliser sur le lien entre le numérique et les jeunes.

Par Bertrand Moingeon, Professeur à ESCP Business School où il occupe les fonctions de Directeur Général adjoint et Executive Vice-President.

Parue dans CIO Mag N°62 Janvier-Février 2020

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