Digital African Tour Burkina 2019 : l’Open data pour une meilleure gouvernance

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De g. à d : Idriss Tinto, Jaafar DEHBI, Stéphane Lelux, et Izaï TOE (Modérateur)

(Cio Mag) – Depuis 2015, le Burkina s’est engagé dans un processus de démocratisation avancée. L’accessibilité des informations publiques est un pilier dans la consolidation des acquis démocratiques du pays. Les données ouvertes (open data) sont donc pour le pays des Hommes intègres un sujet passionnant car synonyme de redevabilité, de bonne gouvernance, de co-construction ; des notions sur lesquels le citoyen burkinabè est regardant !

Ce que les données ouvertes apportent dans le développement socio-économique d’un pays est inestimable. Avec les innovations numériques, la maitrise et l’exploitation des données permettent de produire de la richesse. Au 5è panel du Digital African Tour Burkina 2019, cette question a été abordée sous plusieurs angles. « La donnée, c’est le pétrole du 21è siècle. L’open data, c’est le socle de la transparence dans la gouvernance », a rappelé en amont Izaï Toé, Directeur général des Technologies de l’Information et de la Communication du Ministère du Développement de l’Economie Numérique et des Postes du Burkina Faso. De quoi planté le décor du panel.

Comment alors rendre les données ouvertes pour en faire un outil de développement au Burkina Faso ? Le sujet passionne l’association Open Burkina dont le président, Idriss Tinto, est revenu sur les barrières à faire tomber pour promouvoir l’open data dans le pays. Celui qui est également directeur des systèmes applicatifs à l’Agence nationale de promotion des technologies de l’information et de la communication à inviter les producteurs ou les détenteurs de données à lever les barrières techniques, financières et juridiques. Allusion faite donc au format de production, au coût d’accès et aux conditions d’utilisations qui devront, selon Idriss Tinto, être accessibles et non-contraignantes. L’idée, « c’est de permettre d’accéder aux données pour créer de la valeur », a insisté Idriss Tinto.

Faire de la co-construction

Tactis, l’entreprise que dirige Stéphane Lelux adresse plusieurs sujets liés à la data et à l’open data. Stéphane Lelux a, pour sa part, insisté sur le modèle économique à développer derrière l’open data « pour que la puissance publique y voit son intérêt ». Car pour lui, la puissance publique est avant tout un levier de modernisation des services. L’interopérabilité des systèmes d’information, le décloisonnement, la compréhension des données et la définition des usages sont pour lui nécessaires pour que les données ouvertes profitent à l’innovation.

Le patron de Tactis a aussi invité les Burkinabè à faire du crowd-sourcing. Une co-construction qui va amener les citoyens à participer et à alimenter des bases de données utiles pour leur propre usage. C’est par exemple la cartographie des arrêts de bus, des écoles, des latrines publiques, etc.

La mobilisation des services publics, la participation des citoyens et le soutien à l’écosystème de l’innovation sont trois conditions essentielles pour favoriser l’innovation numérique. Et Stéphane Lelux d’ajouter : « Il faut des jeux de données ouvertes, c’est la dimension de développement économique, d’attractivité. »

L’expert en transformation digitale au cabinet IT6, Jaafar Dehbi, ira plus loin en proposant, en complément au crowd-sourcing, le crowdDoing. « Agissons ensemble pour collecter de la donnée, la produire, de manière anonyme », a-t-il recommandé. Pour donner un aperçu de sa pensée, Jaafar Dehbi a invité les participants au forum à imaginer ce qui pourrait être collecté comme données en utilisant par exemple les vélomoteurs de Ouagadougou. « N’est-il pas opportun d’explorer toutes les possibilités à travers une communauté de millions d’ « open-generators ? » s’est demandé M. Dehbi.

Veiller à la protection des données personnelles

« A partir du moment où des données commencent à circuler, il faut que l’Etat, les services publics et tous les acteurs veillent à la préservation des données personnelles », a averti Stéphane Lelux. Ce qui suppose aussi des cadres appropriés de coopération avec les grandes plateformes. Il en va de l’intérêt de la gestion de la mobilité, de la sécurité et de la conduite de politique publique. Ce qui a fait dire à Stéphane Lelux que « les données sont devenues des biens communs » dans la mesure où qu’elles soient produites par une entité publique ou privée, elles peuvent servir des intérêts communs.

Le président de l’association Open Burkina, Idriss Tinto, a insisté sur la nécessité de surmonter tous les obstacles. La protection des données personnelles ne devrait pas, selon lui, freiner l’élan vers l’Open data. Pour les données critiques, il recommande de mettre tous les acteurs en confiance. Il en veut pour preuve l’opération open-élection expérimentée en 2015 au Burkina, ce qui a permis de publier les données brutes des élections et de suivre l’évolution des résultats. Cette élection est qualifiée de transparente et perçue comme un cas d’école.

Pour conclure, les panelistes ont fait observer que le partage d’information (de données) fait gagner du temps et de l’argent à l’Etat. Stéphane Lelux a recommandé au Burkina des plateformes de connaissance des réseaux et de coordination des travaux pour éviter par exemple de reprendre des tranchées en parallèles plusieurs fois par an ( en faisant référence aux chantier de canalisation d’eau, d’électricité, de télécommunication, etc.).

Jaafar Dehbi a fait remarquer que le développement économique et social peut être porté par l’Open data. « Il n’y a aucune difficulté technique. Le vrai problème réside au niveau de la peur que l’on peut avoir », a dit M. DEHBI ; en appelant le Burkina à plutôt se questionner sur son appétence, sa capacité à endosser les risques. Car, rassure-t-il : « Oui il y a une menace tout comme il en existe dans tous les domaines ! » Le défi pour le Burkina sera alors de pouvoir standardiser les données ouvertes, les anonymiser pour en faire un outil de développement.

Souleyman Tobias, au Digital African Tour Burkina 2019

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