EConf Challenge : un cloud africain pour la souveraineté numérique

Des acteurs clés du numérique sur le continent ont abordé la question du cloud africain au cours du premier panel du webinaire organisé le jeudi 8 juillet par CIO Mag, en partenariat avec Dell Technologies, Intel, Atos et Huawei. Thème général de cet Econf Challenge : « Datacenter et souveraineté numérique en Afrique : Quels enjeux pour la sécurité des données ? »

Aurore BONNY

(Cio mag) – Depuis le début de la pandémie du Coronavirus, ce rendez-vous mensuel est un carrefour des conversations constructives autour de la digitalisation au sein des pays africains. La première partie de cette rencontre en ligne a donné l’occasion d’écouter un panel de haut niveau sur la possibilité d’un cloud panafricain. Il était notamment constitué d’Amine Zarouk, président de la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (APEBI), Lacina Koné, CEO de Smart Africa, Chamsoudini Mzaouiyani, directeur général de l’Agence nationale de développement du numérique de l’Union des Comores, Philippe Wang, vice-président exécutif de Huawei Northern Africa, Bassirou Ba, directeur du Park des technologies numériques du Sénégal, Mounir Soussi, vice-president Cloud & AI Africa sous la modération de Mohamadou Diallo, directeur général de Cio Mag.

La première parole a été confiée à Lacina Koné sur la question du sens donné à la souveraineté numérique en Afrique aujourd’hui. Il a spécifié qu’elle repose sur la capacité de l’Afrique à définir sa propre trajectoire numérique de manière autonome. Ces capacités que possède le continent, selon lui, comportent la maitrise des technologies clés, les décisions des choix technologiques et de régulation prises de façon indépendante.

« Nous sommes convaincus que cet objectif ne peut être atteint par des Etats seuls. En mutualisant nos ressources et en combinant nos efforts, en apprenant ensemble, nous pouvons augmenter cette capacité et augmenter notre pouvoir de négociation », a-t-il déclaré.

Toutefois, il a rapporté des inquiétudes sécuritaires et économiques de la part des Etats. Mais d’après lui, Smart Africa a à cœur la promotion des champions nationaux, le soutien des emplois locaux, la protection des citoyens, l’acquisition des capacités de leur protection en ligne tout en garantissant l’accès à l’information.

« Cloud de confiance»

Amine Zarouk a poursuivi sur l’état de cette souveraineté numérique au Maroc. Il a déballé le constat de l’intervention amplifiée du numérique dans tous les domaines de vie depuis le début de la crise sanitaire liée au coronavirus. Pour lui, ce règne numérique est la pierre angulaire à toute souveraineté raison pour laquelle il importe de se focaliser sur ses prérequis.

Il a illustré son propos par le fait que la souveraineté du cloud ne se limite pas qu’au data center mais à de multiples services complémentaires ainsi qu’à la règlementation qui devraient fonctionner en communion. Ce contexte à son avis nécessite tout aussi des compétences en guise de pilotes.

« Quand on parle de souverain, il faut être indépendant sur toute la chaine de valeur », a-t-il indiqué en poursuivant qu’ « aucun pays africain n’est cependant capable d’être autonome sur ce point ».

A cet effet, il a préconisé le travail commun des Etats, la diplomatie digitale avec la libre circulation des données comme c’est le cas avec celles des personnes et des biens mais aussi la mise en place d’un « cloud de confiance au lieu d’un cloud souverain africain ».

Invité à partager l’expérience comorienne sur la gestion des données en l’absence actuelle d’un centre de stockage national, Chamsoudini Mzaouiyani a expliqué qu’elle est au niveau de la consolidation des différentes visions de ses dirigeants ainsi que la consolidation des architectures existantes.

L’un des enjeux importants pour le pays, est le capital humain, a-t-il indiqué, mais aussi le besoin de répondre dans les brefs délais à la situation de gestion des données afin d’apporter la confiance numérique. « Un data center aux normes internationales d’ici 2024 est notre objectif. Nous l’approchons avec l’intelligence collective et panafricaine », a-t-il ajouté.

Rejoignant la vision panafricaine de Smart Africa, il pense que les Comores ont quelques choses à y apporter malgré les difficiles réalités locales.

« Rapatrier sur le plan national nos données hébergées à l’extérieur nécessite des efforts et une stratégie. Pour être souverain il faut avoir une autonomie dans les moyens financiers voulus », a déclaré Mzaouiyani.

Pour sa part, Philippe Wang, vice-président exécutif de Huawei Northern Africa a eu l’occasion de rappeler la stratégie contextuelle de déploiement du partenaire chinois de cet évènement. Elle s’applique notamment à travers la fourniture du cloud.

En termes de souveraineté numérique, le fournisseur chinois très actif sur le continent croit en la réalisation sur plusieurs niveaux. Notamment la réglementation claire et un site de stockage de données local.

« La souveraineté c’est la capacité de gérer les données des citoyens. Pour cela il faut l’infrastructure adéquate. Il s’agit un sujet stratégique. Nous fournissons des solutions à ce niveau », a défini Wang.

Il a également cité le palier de la manœuvre des données. « C’est le talent à former sur le plan local. Dans ce domaine nous sommes engagés pour l’éducation à travers la formation des techniciens locaux », a indiqué le représentant chinois.

« On s’engage avec la philosophie en Afrique pour l’Afrique pour assumer notre responsabilité surtout dans la partie sociale », a-t-il conclut avant de céder la parole à Mounir Soussi pour la poursuite des échanges au nom de Huawei.

Les personnes connectées ont également eu un aperçu de l’importance du récent Datacenter national inauguré au Sénégal. Suffit-il à la souveraineté du Sénégal ? La réponse de Bassirou Ba à cette question a permis de comprendre que cette infrastructure seule ne suffit pas, bien qu’elle soit un pas important pour le rapatriement des données.

Pour l’accompagnement, selon lui, le Sénégal a démarré le déploiement de la fibre optique nécessaire pour le haut débit ainsi que l’ouverture d’instituts de formations pour pourvoir fournir l’ensemble de capacités essentielles.

« Nous devons avoir le capital humain adéquat pour que cette souveraineté ait un sens.  Le Parc des technologies numériques du Sénégal est l’autre pendent mis en place par l’Etat pour répondre aux préoccupations du secteur privé local et international. C’est un espace favorable au développement, à la créativité, à l’innovation, au captage d’opportunités venues d’ailleurs et aux partenariats internationaux », a-t-il dit.

M. Ba a également annoncé la prochaine mise en place d’un Datacenter dédié au secteur privé afin d’adresser les problématiques de la maitrise de données d’usage entre autres.

Au Sénégal, « la marche de la souveraineté numérique est bien ouverte », a-t-il  également affirmé.

« Zone de libre-échange de données »

De son côté Mounir Soussi, a apprécié cette souveraineté sur le plan national et n’est pas favorable à ce qu’elle s’étende sur le plan panafricain car chaque pays a, selon lui, ses propres réalités. Il s’est plutôt montré partisan d’un espace de partages de bonnes pratiques pour permettre aux Etats de s’inspirer les uns des autres.

Pour Lacina Koné, cette souveraineté panafricaine existe pourtant déjà en Afrique, et la crise sanitaire a permis de la mettre en évidence. « La covid-19 a propulsé la question du numérique. Elle a accéléré la numérisation dans de nombreux pays. La seule chose qui pouvait garantir le respect des règles de distanciation sociale, c’était le numérique. Cette pandémie a souligné l’importance vitale de l’accès des entreprises aux données », a-t-il relevé.

Toutefois, « elle a mis en évidence des questions difficiles telles que la dépendance des acteurs et services dans le cloud », a-t-il fait remarquer, avant de recommander aux gouvernements de garantir la diversité de choix technologiques.

Le dirigeant de Smart Africa a aussi rapporté que lors des multiples conseils de l’organisme, les acteurs extérieurs ont proposé des solutions de cloud à condition d’être hébergés par des pays équipés hors du continent, ce que les dirigeants africains ont unanimement refusé.

« La collection de plusieurs souverainetés nationales devient une souveraineté africaine », a-t-il déclaré.

Pour cela, il importe « d’être de bons producteurs dans la partie infrastructure mais aussi de travailler sur la sécurité des données, la réglementation, les conditions commerciales et l’opérationnalisation d’une coordination entre les pays », a complété Amine Zarouk.

Il est convaincu qu’une souveraineté continentale peut être atteinte si cette « belle lancée » est poursuivie. « Il faut un chantier de zone de libre-échange de données. Etudier et définir ce cadre », a ajouté le président de l’APEBI.

Les échanges se sont poursuivis sur les réponses aux questions des participants. La principale reprise par le modérateur interrogeait la sécurité africaine entre les mains des partenaires sur les projets de cloud.

« La question réelle doit se poser sur  l’agenda africain. A nous de prendre notre destin en mains en ayant les compétences pour gérer nos projets », a martelé Lacina Koné.

Il a rappelé le besoin de « travailler ensemble pour un cloud africain souverain ». « C’est difficile mais pas du tout impossible », a-t-il conclu.

Ci-dessous le replay intégral de cet Econf Challenge

1 comments on “EConf Challenge : un cloud africain pour la souveraineté numérique

  1. C’est un webinaire qui a permis d’aborder cette question de souveraineté des États en matière de protection des données à caractère personnel qui nous préoccupe tous. Mais avec la transfrontalité du numérique et de la dépendance des États africains de ceux de l’occident en matière de technologies, il n’est pas exclut de croire que cette souveraineté n’est pas pour demain. Il va falloir que l’Afrique y travaille.

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