« Favoriser l’émergence, en Afrique, d’une économie basée sur les plateformes et les services numériques », Boutheina GUERMAZI (Banque mondiale)

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Boutheina GUERMAZI directrice en chef pour le développement numérique à la Banque mondiale

Boutheina Guermazi est une passionnaria. Elle a dédié sa carrière à la technologie numérique pour améliorer la vie de ses semblables. Et c’est tout naturellement qu’elle a été promue, en 2018, directrice en chef pour le Développement numérique à la Banque mondiale. Rencontre avec celle qui contribue à la démocratisation de l’accès au numérique dans les pays les plus pauvres.

Boutheina Guermazi est une passionnaria. Elle a dédié sa carrière à la technologie numérique pour améliorer la vie de ses semblables. Et c’est tout naturellement qu’elle a été promue, en 2018, directrice en chef pour le Développement numérique à la Banque mondiale. Rencontre avec celle qui contribue à la démocratisation de l’accès au numérique dans les pays les plus pauvres.

En 2016, le taux de pénétration de l’Internet dans les pays les moins avancés n’était que de 15%, alors que près de la moitié de la population mondiale avait accès au Net. La Banque mondiale s’est fixée comme objectif, d’ici à 2020, de multiplier par deux le taux de pénétration de l’Internet haut débit dans les pays en développement. Pour accompagner cette transition, l’institution financière internationale a désigné une femme tunisienne  : Boutheina Guermazi.

Dans le privé, cette diplômé en Droit international et Docteur en Législation et régulation des télécommunications, est mariée et mère de deux enfants. «  Mon rôle, à la Banque mondiale, est de veiller à ce que les populations des pays dans lesquels nous intervenons, et particulièrement les plus pauvres, puissent profiter des avantages du numérique. Il s’agit aussi de réduire les fractures numériques de ces pays. Nous soutenons le développement d’infrastructures de connectivité, favorisons la mise en place d’écosystèmes et stimulons la demande via des applications numériques sectorielles ou en développant les compétences. »

Connecter les non-connectés

L’intervention de la Banque mondiale vise à produire des outils d’analyse pour les gouvernements. Et pour la mise en œuvre de politiques et de cadres juridiques et réglementaires favorables au développement du numérique. A charge pour Boutheina Guermazi de développer ce programme en Afrique sub-saharienne et en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Asie du Sud-est, en Asie centrale et du Pacifique, ainsi qu’en Europe. « Plusieurs gouvernements renforcent leur cadre institutionnel, légal et réglementaire. Leur objectif  : établir des systèmes d’identité numérique  ; améliorer la fourniture de services publics via les technologies numériques  ; accroitre la transparence du gouvernement et étendre la portée des services publics à tous les citoyens », atteste la Directrice pour le Développement numérique.

De même, la Banque accompagne des pays d’Afrique de l’Ouest dans leur raccordement aux câbles sous-marin. Et aide à la mise en place des mécanismes de partenariats public-privé pour améliorer la connectivité numérique terrestre, particulièrement dans les pays enclavés. «  Nous nous concentrons de plus en plus sur des modèles commerciaux innovants pour la connectivité rurale, à travers le concept de villages intelligents ». La Banque mondiale aide également les gouvernements à faire face aux risques du développement numérique. « Nous procédons à des évaluations de la cybersécurité et de l’environnement politique et juridique de sorte à accroître la confiance dans les applications numériques ».

En Afrique, les interventions de la Banque mondiale s’effectuent en lien avec le secteur privé, les institutions de développement, ainsi qu’avec la société civile et les universités du monde entier. Elles concernent les pays qui sont au stade fondamental du développement numérique, mais aussi ceux en transition et ceux qui aspirent à devenir des champions mondiaux. « L’expansion des technologies numériques en Afrique ouvre de nouvelles voies à l’économie et permet la création d’emplois. Et en même temps, les TIC facilitent l’accès aux services », souligne celle qui a dédié l’essentiel de sa carrière professionnelle à la Banque mondiale, à l’Afrique et au Moyen Orient.

Stratégies numériques pour l’Afrique

La Tunisie a pour sa part investi les technologies numériques pour aller vers des secteurs économiques à plus forte valeur ajoutée. De nombreux chantiers ont été lancés en ce sens. Parmi eux, le Start-up Act, le plan national stratégique Tunisie Digitale 2020 et l’attribution, fin 2017, d’une licence d’opérateur d’infrastructure à un consortium privé pour déployer de la fibre optique sur l’ensemble du territoire. Ou encore la préparation d’un nouveau Code du Numérique et le travail de la Banque centrale de Tunisie pour développer l’usage du paiement mobile sur son territoire. « Avec un secteur numérique performant et inclusif, la Tunisie peut exploiter le potentiel des régions les moins avancées, renforcer la participation des femmes et contribuer à résoudre le problème de la fuite des cerveaux dans le secteur de la technologie. » La Directrice pour le Développement numérique à la Banque mondiale pense que son pays doit aussi renforcer son rôle en Afrique et au Moyen-Orient. « Ma vision est de faire du continent africain un acteur clé de l’économie numérique et d’utiliser les opportunités offertes par ces technologies pour soutenir le développement ». Le numérique génère en effet des gains de productivité dans les industries traditionnelles. Il en est de même des services publics en ligne, qui accroissent l’efficacité de l’administration.

Pour l’heure, les pays africains ne bénéficient que d’une infime fraction de ces avantages, alors qu’en 2016, l’économie numérique mondiale représentait 11 500 milliards de dollars, soit 15,5% du PIB mondial.

Compte tenu des coûts élevés de l’infrastructure de télécommunication et des centres de données, il est essentiel de réaliser des économies d’échelle. Ce à quoi s’emploie l’Afrique avec le programme d’intégration économique et politique du continent, et l’accord sur la Zone de libre-échange continentale. « Ce programme vise à élargir la taille du marché africain pour stimuler la compétitivité, l’investissement, l’innovation, et attirer une masse plus importante de ressources et de coopération ». Et permettre, in fine, aux start-up technologiques de conquérir des parts de marché dans une nouvelle économie basée sur les plateformes et les services numériques.

Economie numérique : Cinq fondements essentiels

1/ Une infrastructure numérique sécurisée, appropriée et capable de soutenir des usages requérant des débits et des vitesses de transmission importantes.

2/ Des plateformes numériques pour améliorer le fonctionnement de l’administration en interne et avec le citoyen.

3/ L’inclusion financière des ménages et des entreprises non bancarisés et le développement des plateformes de paiement électronique.

4/ Des ressources humaines qualifiées et compétentes pour créer des contenus, des applications, des logiciels…

5/ Des écosystèmes de l’innovation numérique pour un entreprenariat numérique dynamique.

Article paru dans CIO Mag N°55 Novembre/Décembre 2018

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