Interview avec Karim SY : « L’ADMA permettra de partager des réussites et accélérer la transformation digitale du continent »

Karim SY, Fondateur de Jokkolabs et représentant du patronat sénégalais au concours ADMA

Fondateur de Jokkolabs, Karim SY représente le patronat sénégalais au sein du jury devant délibérer dans le cadre du concours de l’Africa Digital Manager Award « ADMA 2021. » Première édition du programme initié par le groupe français des services numériques, Inetum, les résultats seront connus au mois de mai à l’École Centrale Casablanca. Selon Karim SY, ce concours permettra d’accélérer la transformation digitale du continent.

Propos recueillis par Michaël Tchokpodo

CIO Mag : L’Africa Digital Management Award (ADMA) est un challenge visant à mettre en lumière les talents et projets en matière de stratégie digitale en Afrique. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Karim SY : J’ai la conviction qu’il y a de plus en plus de projets digitaux adaptés au contexte africain, et avec une stratégie adaptée, qui se développent et surtout qui réussissent. Derrière ces réussites, il y a des talents qui portent ces projets. Aussi, avoir un challenge qui permette d’identifier les projets et de repérer nos talents pour les célébrer me semble important. Cela va permettre aussi de mieux partager des réussites et accélérer ainsi la transformation digitale du continent.

La crise sanitaire a mis en lumière l’importance du digital et a accéléré l’adoption de certains usages. L’idéogramme japonais qui veut dire le mot crise veut aussi dire opportunité. Il faut s’en inspirer et faire de la crise une opportunité pour se repenser et adopter une nouvelle stratégie digitale propre à accroitre notre résilience à tous les niveaux. Ce type de challenge peut nous permettre d’aller plus vite en identifiant des projets pertinents et les talents pour les déployer.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des talents et des compétences africains ?

L’Afrique montre clairement, malgré toutes les contradictions et ses multiples facettes, qu’elle reste un continent de 54 pays aux situations différentes, une tendance vers une grande adoption des technologies et de nouveaux usages en rupture. Avec cela, on observe de plus en plus d’intérêt pour les filières numériques et donc plus de compétences disponibles. Mais on le sait, la demande mondiale est féroce, il y a un gap énorme à combler et les technologies évoluent à une vitesse incroyable. Aussi, le renforcement des compétences numériques reste essentiel à la construction d’une économie numérique inclusive en Afrique.

Toutefois, on constate que l’éducation est le secteur qui a peut-être le moins évolué en 100 ans. La crise a d’ailleurs produit un saut quantique forcé avec les cours à distance. Il faut en profiter pour repenser l’acquisition de compétences dans un monde en perpétuel changement. Nous avons imaginé l’éducation comme un bien commun avec des communautés d’apprentissage à travers le projet « Afrique apprenante ». On ne pourra pas tenir le pari de former les populations avec une telle croissance démographique. Il faut sortir du ciment (faire des classes, salle de cours) pour réinventer l’éducation et l’acquisition du savoir. Et cela s’applique aussi aux connaissances numériques.

Enfin, une tendance intéressante est le retour des diasporas qui veulent participer au développement du continent. Cette dynamique est accentuée par une baisse notable de leur qualité de vie dans les pays occidentaux ou le manque de perspective d’avenir. Ils sont donc de plus en plus à tenter leur chance.

« […] ce type de compétition permet souvent de révéler un talent à lui-même et aux autres. Célébrer leur réussite, c’est une reconnaissance du travail réalisé à l’échelle africaine […] »

Selon vous, qu’est-ce que ce concours pourrait apporter de plus aux managers sélectionnés ?

Au-delà d’une formation de qualité délivrée par l’Ecole centrale de Casablanca, ce type de compétition permet souvent de révéler un talent à lui-même et aux autres. Célébrer leur réussite, c’est une reconnaissance du travail réalisé à l’échelle africaine et c’est une source de motivation pour demain. Enfin, j’espère que ce sera le début de la constitution d’une communauté de pratique de talents africains de la transformation digitale de nos administrations.

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