Léon-Juste Ibombo : « Nous avons la base de l’économie numérique : les infrastructures »

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Léon-Juste Ibombo, ministre des Postes, Télécommunications et de l’Economie Numérique du Congo.

La présence du ministre Léon-Juste Ibombo aux Assises de la Transformation Digitale en Afrique, les 22 & 23 novembre 2018 à Paris, répondait bien à un objectif : exposer la stratégie du Gouvernement qui va permettre de faire de l’économie numérique un vrai levier pour le développement du Congo.

« Si nous sommes venus ici, c’est pour échanger, pour présenter la vision du Congo mais surtout voir avec les partenaires comment mettre ensemble un écosystème qui permet à ce que l’économie numérique soit réellement un levier pour développer notre économie », a déclaré le ministre des Postes, Télécommunications et de l’Economie Numérique du Congo, Léon-Juste Ibombo, à la cérémonie inaugurale de la 7e édition des ATDA. Précisant par la suite que sa participation à ces assises était également motivée par le désir de renforcer les capacités de son pays dans la gestion des données et l’intelligence artificielle.

Dans son allocution, le patron du numérique du Congo-Brazzaville a commencé par situer l’enjeu de l’appropriation des TIC dans la marche de cette nation vers le développement, ce qui a nécessité de placer le digital parmi les axes importants de son projet de société.

Stratégie de développement numérique

« Le numérique au Congo, c’est l’ambition du chef de l’Etat, parce que nous pensons que c’est la seule révolution que l’Afrique n’a pas droit de rater. Et nous travaillons justement pour que nous nous arrimions à cette nouvelle dynamique », a révélé M. Ibombo.

En effet, le gouvernement de Brazzaville a approuvé une stratégie de développement de l’économie numérique basée sur trois piliers : l’e-Citoyen, l’e-Gouv et l’e-Business.

« Le pilier dit e-Citoyen, ce sont tous les services et contenus numériques pour le grand public. Le pilier e-Gouv, ce sont les services du contenu numérique pour le gouvernement et les administrations publiques. Enfin, le pilier e-Business, ce sont les contenus et services numériques qui devront permettre de positionner le digital comme un secteur majeur dans la diversification de notre économie », a expliqué le ministre des Postes, Télécommunication et de l’Economie numérique du Congo.

« La base de l’économie numérique, nous l’avons parce que nous avons les infrastructures »

Avec une économie soumise à la variation des coûts du pétrole, le Congo a besoin de se tourner vers d’autres relais de croissance. « Le chef de l’Etat a pensé qu’à travers le développement de l’économie numérique, on peut créer de la valeur ajoutée qui permettra à nos entreprises d’être plus compétitives », a renchéri le ministre Ibombo, avant d’ajouter que l’e-agriculture est aussi un levier de développement du pays.

Infrastructures numériques

Au Congo, la fibre optique a déjà été déployée de la ville de Pointe Noire, dans la partie Sud du pays, à Ouesso, dans l’Extrême-Nord. « La base de l’économie numérique, nous l’avons parce que nous avons les infrastructures », a assuré le représentant de l’exécutif congolais.

Situé en Afrique centrale, dans le cœur du bassin du Congo, ce pays de 340 000 Km² est bordé au sud par la mer d’où il a justement tiré le câble WAX qui a permis d’installer une station d’atterrissage de la fibre optique au large de Pointe noire. M. Ibombo a révélé que le gouvernement est en train de finaliser deux autres projets pour interconnecter le Congo avec les pays voisins.

« La RCA (République de Centrafrique, Ndlr) est totalement enclavée et elle veut faire passer l’interconnexion par le Congo. Nous avons finalisé l’interconnexion avec le Gabon où les travaux sont achevés. Et nous sommes sous peu de vouloir signer les nouveaux contrats avec le Cameroun pour l’interconnexion à travers un câble sous-terrain. Le Congo-Brazzaville va signer avec la RCA pour un câble sous fluvial », a encore détaillé le ministre.

Selon lui, ce pays de 4,5 millions d’habitants a aussi finalisé un « gros et grand projet » relatif à la gestion des données et l’intelligence artificielle. Ce projet financé par la Banque africaine de développement va permettre de construire au Congo un Data center pour héberger les données sur place. « A côté de cela, nous allons mettre en place un incubateur pour aider les startuppers avec un fonds [qui leur permettra] d’exercer et émerger dans ce secteur », a-t-il ajouté.

Démocratisation et appropriation du numérique

Parallèlement aux projets de construction d’infrastructures, le Congo déploie une batterie de projets pour démocratiser l’accès au numérique.

Léon-Juste Ibombo : « C’est d’abord le projet d’alphabétisation numérique qui consiste à introduire le numérique dans le curricula de formation, du primaire au supérieur. C’est le projet de la Caravane numérique pour sensibiliser l’ensemble des acteurs. C’est l’implantation des centres communautaires pour permettre l’inclusion numérique et permettre que, même dans les zones les plus reculées, les jeunes puissent s’habituer aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. »

Le ministre a aussi évoqué le projet e-Education : « Il y a deux mois nous avons reçu des partenaires français qui sont venus pour mettre en place un centre MBA. Le gouvernement est très ouvert avec les autres partenaires pour mettre en place le e-learning pour [créer] cet écosystème dans notre pays. »

Mobile Banking, interopérabilité, cybersécurité

Sur ce chapitre, le ministre Léon-Juste Ibombo a révélé avoir « échangé il y a encore quelques jours avec le chef d’Etat major » du Congo sur la possibilité de verser la solde des militaires par le Mobile Banking. « Aujourd’hui, il y a un développement extraordinaire du Mobile Banking. Et pour notre économie, c’est une opportunité justement d’assurer l’inclusion financière y compris dans les zones les plus reculées », s’est expliqué le ministre Ibombo. Selon lui, Brazzaville œuvre également au redéploiement de l’institution postale : « Nous sommes aussi en train de tout mettre en œuvre pour qu’à travers le réseau postal qu’on puisse permettre cette inclusions financière. »

Autre projet au centre des préoccupations : « L’interopérabilité entre les plateformes de gestion de monnaies économiques. Ça c’est un projet important », a-t-il dit.

En plus, une voie s’offre au gouvernement dans la transformation digitale de son économie : celle du timbre électronique qui permettra, selon le ministre, d’avoir une meilleure traçabilité pour tous les actes administratifs dans le pays.

Sous la férule du premier ministre, le gouvernement élabore également des lois sur la protection des données à caractère personnel, les transactions électroniques, la cybersécurité et la cybercriminalité. Une agence nationale de sécurité des systèmes de l’information sera donc mise en place. Enfin, le Congo a présenté et fait adopté dans le cadre de la loi des finances de cette année, un fonds d’accès pour les communications électroniques.

Dans l’ensemble, il s’agit de réaliser le vœu du président Denis Sassou Nguesso de faire du Congo un hub numérique. « Il faut que nous arrivions à connecter les zones les plus reculées (…) Puisque le gouvernement à l’obligation d’assurer le service universel. Aujourd’hui, il y a plusieurs technologies et le gouvernement est très sensible pour voir avec certains partenaires éventuels comment favoriser l’inclusion numérique dans notre pays », a déclaré le ministre Léon-Juste Ibombo.

Article paru dans CIO Mag N°55 Novembre/Décembre 2018

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