Mohammed Benabdelkader (Maroc) : «L’intelligence artificielle peut être une opportunité pour la réalisation des ODD»

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Mohammed BENABDELKADER, Ministre marocain de la Réforme de l’Administration et de la Fonction Publique, lors de la cérémonie inaugurale des ATDA 2018, le 22 novembre à Paris - Hôtel de l'Industrie.

Le monde vit une révolution numérique qui se solde par l’avènement d’un phénomène nouveau : l’intelligence artificielle, qui peut être une vraie opportunité de développement du continent africain. Aborder ce sujet à la 7e édition des Assises de la Transformation Digitale en Afrique était un réel plaisir pour M. Mohammed Benabdelkader, ministre marocain de la Réforme de l’Administration et de la Fonction Publique. Et pour cause ?

Pour M. Benabdelkader, les meilleures solutions sont [en effet] celles qui sont partagées grâce aux échanges entre les acteurs divers. « Mais faut-il encore que nous soyons face à cette problématique, unis par un seul et unique objectif : la maîtrise de la révolution numérique qui concerne très profondément nos modes de vie et de vivre en commun », a-t-il déclaré, le jeudi 22 novembre 2018 à l’Hôtel de l’Industrie, à l’ouverture de la 7e édition des ATDA Paris sous le thème « Enjeux des données et impact de l’IA sur les ODD en Afrique ».

Décideurs politiques, opérateurs économiques, acteurs sociaux, experts ou universitaires. Tous sont invités par le ministre à s’inscrire dans la dynamique de cette révolution en ayant les ODD comme point de repère commun dans la poursuite d’un développement durable de la société. Pour lui, les innovations dans le champ du numérique peuvent contribuer à atteindre ces objectifs, sous la perspective de l’Agenda 2030 du développement durable qui reconnaît que l’expansion des TIC et l’interdépendance mondiale des activités ont le potentiel d’accélérer les progrès de l’humanité, réduire la fracture numérique et donner naissance à des sociétés du savoir.

« Ces innovations, précisera le ministre, peuvent contribuer à la définition, la convergence et l’évaluation des politiques publiques, à travers la valorisation des données existantes, des échanges de données, des analyses automatiques, des croisements de données complexes, la promotion de la science des champs de données (Open data, Big Data, machine learning, intelligence artificielle…). » Il a déclaré que ces innovations peuvent aussi contribuer à renforcer les relations entre les citoyens à travers la facilitation des échanges, les plateformes collaboratives et les technologies de Blockchain. S’ajoute à cela la palette de possibilités allant des technologies Smart city à la modernisation et la dématérialisation des services publics et des administrations.

Administration numérique

Parlant du Maroc, M. Benabdelkader a souligné « l’effort considérable » de son pays classé en tête sur le continent africain selon le rapport 2018 sur les indicateurs et tableaux de bord des ODD, avec un taux de satisfaction de 66,1%. Cependant, il reconnaît que le modèle de développement du royaume « se heurte à des insuffisances qui ne répondent plus aux attentes des citoyens ». S’imposent par conséquent une meilleure adaptation du Maroc au contexte international et la prise en compte des demandes des citoyens, qui semble nécessaire pour faire passer l’administration, « d’un système bureaucratique, endogène vers un système efficace, transparent et plus ouvert sur l’extérieur ».

Aussi, expliquera le ministre, les Marocains sont fréquemment incités par les directives éclairées de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, « à la mise en commun des informations par les administrations et à l’utilisation des technologies de l’information pour la simplification des services publics et le rapprochement de l’administration du citoyen de façon à ce qu’un citoyen n’ait plus à fournir à une administration la même information ou document détenu par une autre administration ». Dans ce contexte, a révélé Mohammed Benabdelkader, le royaume prépare un texte de loi sur l’administration numérique. Objectif : faire mieux collaborer les services publics pour trouver les meilleures façons de répondre aux attentes des citoyens d’une manière efficace, décente, intègre et transparente.

Pour M. Benabdelkader, quatre transformations fondamentales peuvent permettre d’atteindre cette performance : « Il s’agit des transformations organisationnelle, managériale, éthique et numérique qui consacrent les principes de bonne gouvernance, de démocratie participative, de transparence et d’intégrité. »

Renforcer le cadre juridique ; implémenter les principes du numérique ; assurer la pérennité d’une bonne gouvernance ; développer les capacités des ressources humaines. « Tels sont les maître-mots et clés de voûte pour réussir cette transformation », a renchéri le représentant du Gouvernement marocain aux ATDA Paris 2018.

Open gouvernement data

Aussi son pays donne-t-il l’importance à l’initiative de gouvernements ouverts (Open gov) dont il est devenu en juillet dernier l’un des 76 pays membres. « Ce processus structurant ne peut que consolider notre acquis en termes de transparence, d’équité, d’intégrité et de démocratie participative », a-t-il dit. Ajoutant que la mise en place d’un plan d’actions 2018-2021, ambitieux avec 18 engagements, confirme la volonté du Maroc de consolider les différents principes de bonne gouvernance déjà annoncés.

Selon le ministre, le mouvement dénommé Open government data met l’accent sur la possibilité d’exploiter et de réutiliser les informations publiques. « Dans le cas du Maroc, la question de la mise en œuvre du droit d’accès à l’information dont la loi a été adoptée et publiée au bulletin officiel en mars dernier, doit d’ores et déjà intégrer les exigences et les opportunités de l’Open data d’un point de vue politique, institutionnel mais également technique », a recommandé Mohammed Benabdelkader.

Il a ensuite énuméré les huit secteurs qui peuvent aujourd’hui améliorer sensiblement leurs performances dans le royaume, en faisant appel à l’intelligence artificielle. Ce sont les banques, les assurances, les télécoms, l’industrie automobile, l’agriculture, l’énergie, l’auto-entrepreneuriat et l’e-Gouv. Et si M. Benabdelkader est rassuré de voir que le débat sur l’e-Gouv a commencé, il rappelle à propos de l’intelligence artificielle que certains penseurs éclairés ont pointé les inquiétudes que font naître les modèles commerciaux, le capitalisme de surveillance et l’exploitation fondée sur les données.

C’est pourquoi il a suggéré que les projets de l’intelligence artificielle dans le secteur public ne soient pas perçus comme gain de productivité mais comme des moyens de créer de la valeur sur plusieurs dimensions notamment la qualité de services fournis, la transformation de l’organisation et l’emploi.

Poursuivant, le ministre a déclaré que « le monde en ligne sape la morale telle qu’elle s’est développée au cours du temps ». Faut-il désespérer pour autant ? Que nenni ! L’intelligence artificielle peut être une opportunité pour la réalisation des ODD dans notre continent. A condition d’en prendre conscience « dans la préparation en parallèle des aspects réglementaires et éthiques qui pourront facilement, dans le cas contraire, constituer un frein à l’émergence de cette nouvelle niche économique », a averti le ministre. Qui associe à cette exigence le développement des capacités des ressources humaines, vu la rareté des profils et des talents capables de porter les projets de l’intelligence artificielle.

Pour M. Benabdelkader, les visées de ce mouvement sont de plusieurs ordres : « Proposer aux citoyens des informations pratiques et ainsi leur faciliter la vie ; moderniser l’administration et les services publics ; améliorer la participation à la vie publique ; impulser le développement économique par une meilleure mise à disposition et circulation de l’information ; développer les technologies de l’information et l’instauration d’une économie numérique. »

Le but étant de dépasser les réticences qui peuvent exister au sein de l’administration, d’y opérer une mutation culturelle pour aller à l’encontre de l’accaparement des données comme source de pouvoir individuel au détriment de l’intérêt général. « Il s’agit également d’organiser un écosystème pour veiller à la mise en place harmonieuse d’une société de savoir où les différents acteurs pourront apporter leurs contributions. Il s’agit enfin de mettre à distance l’idéologie technique ambiante : ni rejet d’initiateurs de l’intelligente artificielle ni fascination aveugle », a conclu le ministre marocain de la Réforme de l’Administration et de la Fonction Publique.

Anselme AKEKO

Article paru dans CIO Mag N°55 Novembre/Décembre 2018

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