Naceur Ammar, président d’ESPRIT : « Les filières en ingénierie ont atteint la maturité »

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Naceur Ammar, président d’ESPRIT

Naceur Ammar est président d’ESPRIT, un groupe d’établissements d’enseignement supérieur créé en 2003. Le consortium regroupe une école d’ingénieurs « ESPRIT-School of Engineering », des classes préparatoires scientifiques aux grandes écoles françaises et tunisiennes « ESPRIT-Prépa », une école de management « ESPRIT-School of Business » et un pôle de formation continue « ESPRIT Entreprise ». Focus sur cette université privé 2.0, qui forme, chaque année, un millier d’ingénieurs.

En l’espace de 15 ans, ESPRIT est devenu la plus grande université privée en Tunisie. Le Groupe draine près de 25% des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur privé. Et 15% des ingénieurs formés dans les écoles publiques et privées sont issus du consortium d’établissements, ainsi que 25% des ingénieurs spécialisés dans le numérique. L’appétence de la jeunesse tunisienne pour les formations d’ingénieur dans le secteur du numérique explique la croissance d’ESPRIT, qui ne comptait que 40 étudiants en 2003.

« Les filières en ingénierie ont atteint la maturité au niveau de la demande locale avec plus de 6 000 étudiants. L’école d’ingénieurs a maintenu ainsi une attractivité avec un flux de 1 500 nouveaux inscrits par an », explique le président d’ESPRIT. L’école d’ingénieurs est la première à avoir obtenu l’accréditation de ses programmes en 2014. « L’accréditation a été délivrée par la Commission des Titres d’ingénieur, conformément au référentiel européen EUR-ACE (European Accreditation of Engineering Programme) », précise Naceur Ammar.

Il ajoute que, depuis 2014, ESPRIT est aussi membre de la Conférence des Grandes Ecoles et d’une communauté d’universités menée par Massachussetts Institute of Technology, Harvard et Chalmers University of Technology CDIO-Initiative (Conceive – Design – Implement – Operate).

Depuis 2016, le Groupe abrite une chaire UNESCO dédiée aux nouvelles pratiques pédagogiques basées sur l’apprentissage actif. ESPRIT compte par ailleurs plus de 40 accords de partenariats à l’international avec des universités et des grandes écoles de renom en Europe, en Afrique et en Amérique du Nord. Et depuis trois ans, une stratégie d’internationalisation a été déployée à destination des jeunes issus des pays d’Afrique subsaharienne. L’objectif  : porter le taux d’étudiants étrangers de 3% à 15% à l’horizon 2021-22.

Reconnaissance internationale

En matière de numérique, ESPRIT forme dans les domaines du développement mobile, du génie logiciel, des technologies du Web… Dans la cyber sécurité, l’intelligence des affaires, l’informatique pour la finance, l’internet des objets, la science des données, le Cloud, les systèmes embarqués, les réseaux du futur, les systèmes d’information… Le management digital, le marketing digital, l’entrepreneuriat et le management de l’innovation, l’analyse des données pour l’aide à la décision…

« Ces options sont orientées métier, en partenariat avec les entreprises, et permettent, localement et à l’international, une insertion rapide des diplômés dans la vie professionnelle », assure Naceur Ammar. La vision d’ESPRIT est de permettre aux enseignants de croiser la recherche, le développement et l’innovation. « Quinze équipes de R&D mènent des projets au sein d’ESPRIT-Tech. Certaines équipes se distinguent par le foisonnement de leur production et obtiennent une reconnaissance internationale. Elles sont récompensées par des prix attribués, lors de challenges, par des grands éditeurs de technologies ».

ESPRIT est dotée d’infrastructures importantes et a investi dans un bâtiment baptisé Innovation Hub. Ce dernier comprend des laboratoires de R&D, un incubateur et un espace dit Learning Factory dédié aux entreprises qui externalisent des projets. ESPRIT est implantée dans la zone industrielle de la Charguia, à Tunis, et à proximité du Pôle technologique Al Ghazala dédié aux TIC.

« Le Pôle technologique et la zone industrielle limitrophe forment ensemble le plus grand pôle de compétitivité en Tunisie dédié aux TIC, et l’un des plus grands d’Afrique. ». Pour preuve, ce pôle concentre à lui seul 150 entreprises, 7 établissements universitaires, 4 centres techniques et 10 filiales de grands groupes. Et en sus, une école doctorale dans les STIC, 4 000 ingénieurs et cadres, 8 000 étudiants, et plus de 400 enseignants et chercheurs.

Hub entre l’Afrique et l’Europe

En dépit d’une conjoncture difficile, au plan social et économique, le secteur numérique tunisien a su tirer son épingle du jeu. Aujourd’hui, il se distingue par la qualité des infrastructures et par la qualification des ressources humaines. Il l’est aussi par l’émergence de clusters et d’un écosystème entrepreneurial de la connaissance et de l’innovation, et par un cadre règlementaire incitatif à l’investissement. « Bien que la Tunisie constitue un marché de petite taille, elle peut néanmoins jouer un rôle important en tant que Hub entre l’Afrique et l’Europe pour le développement de services et de produits à haute valeur ajoutée dans le numérique. »

Des programmes importants sont d’ores et déjà déployés, comme Tunisie Digitale et ses projets dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la protection sociale… Ou encore Smart Tunisia avec le near shoring à forte valeur ajoutée et Start-up Act pour appuyer la démarche entrepreneuriale des jeunes porteurs d’idées de projets innovants. « Ces programmes restent toutefois un peu lents au niveau de l’exécution, eu égard à l’inertie encore pesante de la bureaucratie et au retard pris dans la mise en œuvre de vrais partenariats public-privé », constate le Professeur Ammar.

L’exode vers l’Europe des ingénieurs tunisiens et le chômage de quelque 250  000 diplômés de l’enseignement supérieur ajoutent à la nécessité d’investir dans de nouveaux types de programmes. A commencer par Elife, un programme porté par la Fondation Tunisie pour le Développement, présidée par Badreddine Ouali, président de VERMEG. Elife a notamment pour but de requalifier des jeunes diplômés en quête d’un premier emploi et de favoriser leur insertion professionnelle dans des entreprises des services numériques.

« Il s’agit là d’un projet à fort impact social, d’envergure nationale et qui vise la réduction de la fracture territoriale entre les régions intérieures et les régions côtières ». L’occasion pour ESPRIT de contribuer à doter les jeunes de compétences recherchées par les entreprises, en misant sur des pédagogies différenciées et innovantes. Et en mettant en œuvre des formations hybrides grâce à des plateformes d’apprentissage en ligne. Naceur Ammar s’y emploie avec la détermination qui le caractérise et ne l’a jamais quitté.

« Je fais partie d’une génération qui, depuis les années 1970, a accompagné le développement de l’informatique. J’ai utilisé la règle à calcul au lycée technique de Nabeul, pratiqué les tables de calcul logarithmique et les premières calculatrices programmables en prépa, au lycée Louis-le-Grand. J’ai connu les ordinateurs « main frame » à base de cartes perforées, puis de terminaux à l’X et à l’Ecole des mines. J’ai utilisé le premier ordinateur personnel, le minitel, le premier réseau informatique transatlantique pour la recherche à l’Ecole des mines European-American Research Network EARN, au début des années 1980. Je suis le témoin vivant des grandes transformations digitales – et autres – depuis près de 40 ans. Ceci m’a permis de m’adapter et de bien comprendre les enjeux des mutations en cours aux plans technologique, énergétique, environnemental, économique, etc. Et de croire que dans un monde de plus en plus complexe, l’Homme doit être un citoyen acteur. C’est ce qui me motive le plus dans le secteur de la formation ».

Le Président d’ESPRIT conclut en confiant que son but est de partager son expérience avec les jeunes et de les accompagner dans leur quête du savoir dans un monde en perpétuelle métamorphose.

Véronique Narame

Article paru dans CIO Mag N°55 Novembre/Décembre 2018

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