Papa Amadou Sarr, Ministre-Délégué à l’Entrepreneuriat (Sénégal) : « Nous allons créer un fonds autonome pour pérenniser l’accompagnement des start-ups et des PME »

Papa Amadou Sarr, Ministre-Délégué à l’Entrepreneuriat du Sénégal

La Délégation à l’Entrepreneuriat Rapide des Femmes et des Jeunes du Sénégal (DER/FJ) a bouclé trois années de défis, consacrées à l’inclusion sociale des femmes et à l’innovation des jeunes. Elle a effectué ce 07 avril un bilan assorti de perspectives, en harmonie avec le Programme d’urgence pour l’emploi et l’insertion socio-économique des jeunes, énoncé par le Président Macky Sall. Le Ministre-délégué, Papa Amadou Sarr, confie à CIO Mag les avancées enregistrées.

Propos recueillis par Michaël Tchokpodo

CIO Mag : Au bout de trois années d’exercice, quel bilan faites-vous des actions de soutien à l’écosystème numérique des jeunes et à l’inclusion sociale des femmes ?

Papa Amadou Sarr : De manière générale, la DER a impacté plus de 100 000 bénéficiaires sur l’ensemble du territoire national. Avec 60 milliards de francs CFA investi au cours des trois dernières années, nous avons pu ouvrir environ 100 000 comptes bancaires sur l’ensemble du territoire national. Ce qui est une performance en termes d’inclusion financière dans l’espace UEMOA. En termes de levée des fonds, nous avons levé 100 milliards de francs CFA pour l’accompagnement des start-ups et des entreprises, auprès des bailleurs internationaux tels que la Fondation Bill and Melinda Gates, le Fonds Khalifa, l’AFD ou encore la BAD.

Concernant les entreprises numériques, la DER/FJ a investi plus de 3 milliards de francs CFA, ce qui nous a permis de financer une centaine de start-up numériques sur l’ensemble du territoire national. Ces entreprises évoluent dans l’e-agriculture, la fintech, l’intelligence artificielle ou encore les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

En plus, nous avons permis à 6 incubateurs et start-up de suivre une formation dans des structures internationales, notamment dans la Silicon Valley. Nous avons également payé les frais de participation de 40 start-ups à des concours. Enfin, dans une démarche collaborative à l’échelle sous-régionale, nous avons contribué à la rédaction du premier « Start-up Act » en Afrique francophone et mis l’expertise de la DER/FJ au service des Etats désireux d’accélérer la transformation numérique de leurs économies.

Ces trois premières années vous ont permis de créer le plus gros incubateur et accélérateur de l’Afrique de l’Ouest et de déployer un Fablab. Dans ce sens, quelle est la place de l’innovation dans le Projet d’appui et de Valorisation des Initiatives Entrepreneuriales (PAVIE) ?

La DER/FJ a en effet contribué au financement du plus grand incubateur de start-up d’Afrique de l’Ouest. Nous sommes fiers d’avoir abondé au financement du futur « Nommé Mohamed Bin Zayed Center for Entrepreneurship & Innovation ». Cofinancé par l’État du Sénégal et le Fonds Khalifa pour le développement, le futur espace de 30 000 m2 dédié au numérique et à l’innovation devrait voir le jour au terme d’une phase de construction de 18 mois a minima.

« L’objectif du PAVIE est de finaliser environ 14 000 initiatives entrepreneuriales pour un volume de financement de 61 milliards de francs CFA ; consolider 154 000 emplois dont 60% destinés aux femmes. »

Nous allons former plus de 27 000 entrepreneurs, parmi eux, plus de 15 000 femmes sur l’ensemble du territoire national. Nous allons appuyer la transformation numérique digitale et la formalisation des milliers d’entreprises.

A travers ce programme, nous avons un projet phare que nous appelons « DIGI PME ». C’est un projet de transformation digitale des entreprises et start-up sénégalaises qui leur permettra d’avoir accès aux outils informatiques. Le conseil des experts comptables et elles bénéficieront d’une dématérialisation de leurs procédures.

A l’instar des femmes, quelles sont les garanties de financement de l’innovation des jeunes ?

Nous avons un fonds de 3 milliards de francs CFA par an pour le financement des entreprises qui sont dans l’innovation et le numérique. Chaque année, nous lançons des appels à projet pour financer environ 30 à 40 entreprises. Cela se fait sous-forme de concours supervisé par un comité de la DER élargi à ses partenaires.

« 75% des bénéficiaires de la DER sont des femmes. »

70% de notre équipe est féminine. En termes de PME formalisées, nous sommes à près de 3 000 entreprises accompagnées et déployons toutes sortes de formation à l’intention des entrepreneurs.

Comment arrivez-vous à attirer les financements vers vos différents projets ? 

Tout cela a été rendu possible grâce au soutien sans faille de l’Etat. Nous recevons 3 milliards de Francs CFA par an pour le financement du digital et de l’innovation numérique. Les bailleurs sont venus en renfort pour nous accompagner à mettre plus de ressources.

Comment le Sénégal assiste d’autres Etats dans l’élaboration de leurs initiatives de soutien aux start-ups ?

A l’image du Start-Up Act auquel nous avons contribué, nous le faisons à travers l’échange d’expériences et des bonnes pratiques, mais aussi grâce aux voyages et aux séminaires que nous organisons avec les décideurs. Nous nouons aussi des partenariats dans la sous-région, avec la République de Guinée, la Côte d’Ivoire et le Benin, avec qui nous collaborons en vue de mettre en place des fonds dédiés au start-up.

Quelle est votre projection sur l’écosystème numérique au Sénégal ?

La diversité des acteurs qui constituent les écosystèmes numériques du Sénégal est remarquable. Avec l’esprit d’initiative innovant des jeunes, je reste confiant sur l’avenir de l’écosystème numérique du Sénégal. Nous avons un écosystème universitaire favorable à l’existence de l’Ecole supérieure multinationale de Télécommunications qui couvre 8 pays de la région, l’Ecole Supérieure de Polytechnique de Dakar, l’Ecole Supérieure de Polytechnique de Thiès, les Universités Saint-Louis et l’Université Virtuelle du Sénégal qui font des programmes d’accompagnement en ligne dédiés à l’Informatique et aux Sciences de Technologies. Pour plus d’efficacité, dans l’avenir nous créerons un fonds autonome pour pérenniser l’accompagnement des start-ups et des PME.

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