« Transformer l’Algérie en start-up nation, c’est notre ambition »

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Yacine Oualid, ministre algérien délégué aux Start-up

Yacine Oualid, ministre algérien délégué aux Start-up, est intervenu dans les E-Conf Challenge de CIO Mag. Le ministre a évoqué les mesures prises en Algérie pour lutter contre le Covid-19 et a analysé la réactivité des start-up algériennes pour répondre à cette crise.

Propos recueillis par Mohamadou Diallo et Camille Dubruelh

CIO Mag : En Algérie, quel rôle joue le digital dans la lutte contre le coronavirus ?

J’aimerais tout d’abord souligner l’importance de la data dans cette crise sanitaire. L’Algérie est le plus grand pays d’Afrique (en termes de superficie, NDLR). L’enjeu spatial est important à maîtriser. Pour mieux analyser la pandémie de Covid-19, il fallait donc faire remonter suffisamment de données, afin de comprendre son évolution dans toutes les régions du pays. Et cela a été rendu possible par la coordination de différents départements ministériels, notamment la Santé et l’Intérieur, et via la mise en place d’une cellule de crise.

Concernant les outils de tracking, comment se positionne l’Algérie ? Et comment mettre cela en place tout en garantissant la protection des libertés des citoyens ?

Nous avons reçu beaucoup d’initiatives dans ce sens et avons mis en place des outils de tracking. Ainsi, le ministère de la Santé a pu faire remonter des données vers la cellule de crise, afin de suivre les personnes atteintes par le Covid-19 et les prendre en charge. C’est dans l’intérêt de la santé publique. Dans ce contexte, les citoyens ont fait confiance et ont donc donné leurs informations personnelles pour répondre à la gestion nationale de la gestion de la pandémie.

Quel rôle ont joué les start-up du pays pour aider à contrer la propagation du virus ? Comment le gouvernement a-t-il travaillé avec ces acteurs ?

L’accélération du processus de transformation numérique a été l’une des plus importantes missions du nouveau gouvernement, et ce, avant même le début de l’épidémie. Ce processus ne peut se faire sans l’implication des innovateurs, notamment les jeunes entrepreneurs et les start-up. Nous avions déjà engagé plusieurs actions pour travailler avec l’écosystème.

Depuis le début de la pandémie, nous avons assisté à une avalanche d’initiatives. Cela a été une véritable opportunité pour les start-up de démontrer ce qu’elles valent et ce qu’elles savent faire. Aujourd’hui, nous devons plus que jamais profiter de cette nouvelle énergie dont regorge l’Afrique. Elle prouve qu’on peut faire des miracles en très peu de temps. Le numérique a pris tout son sens dans cette crise. Ce n’est plus une option mais une nécessité. Le virage du digital est civilisationnel. C’est donc une grande responsabilité qui repose sur nos épaules.

« Le numérique n’est plus une option mais une nécessité. Le virage du digital est civilisationnel. »

Dans ce contexte de crise sanitaire et économique, quelles innovations et quelles solutions proposées par les start-up vous ont le plus interpellé ?

Les start-up ont occupé une place très importante dans la lutte contre le coronavirus. De façon spontanée, de nombreuses start-up sont venues proposer leurs solutions aux ministères de la Santé, du Commerce, etc.

Nous avons été extrêmement proches de la communauté digitale dans cette crise et nous avons mis en place différentes initiatives pour travailler avec elle autour de la réponse au coronavirus. Les incubateurs, notamment, sont très actifs. Nous les avons par exemple accompagnés dans l’organisation de hackathons. Cela a permis de dégager des solutions absolument incroyables dans le domaine des respirateurs artificiels, des solutions de Big data, de géotrackings, etc.

Au niveau des start-up, l’une d’entre elles a par exemple lancé une plateforme de téléconsultation et de télémédecine, à partir de laquelle ont eu lieu des milliers de consultations. Nous avons par ailleurs eu un gros problème de transport du personnel soignant. Et pour régler cela, les VTC algériens (TemTem, Wesselni ou encore PickmeApp, NDLR) se sont mobilisés pour transporter gratuitement les soignants. Ce ne sont là que quelques exemples. Il y a tellement de solutions proposées qu’il est difficile de n’en sélectionner qu’une ou deux !

Cette collaboration entre les autorités et les start-up en Algérie a-t-elle vocation à perdurer au-delà de la crise ?

Le sujet de la start-up occupe une place toute particulière au sein du Gouvernement, à telle enseigne qu’un nouveau département ministériel dédié aux start-up a été créé et que je représente. Notre vision, c’est de faire de l’Algérie une start-up nation. Pour promouvoir les start-up algériennes, nous sommes en train de travailler sur un cadre réglementaire. Nous travaillons également sur les mécanismes de financement afin qu’ils soient plus adaptés aux start-up.

La pandémie de Covid-19 nous a certes beaucoup retardés dans notre travail mais, en parallèle, elle nous motive encore plus pour matérialiser nos objectifs. Concrètement, nous continuons d’avancer et nous croyons que les objectifs fixés – à savoir la mise en place du cadre réglementaire, la fixation des facilités fiscales et parafiscales, l’accès aux marchés publics et les financements – seront atteints cette année.

Au-delà de ces mesures, nous promettons aux start-up, qui se sont mobilisées de façon incroyable dans cette crise, de garantir un appui des autorités dans la commande publique. Ceci afin qu’elles soient la pierre angulaire de la nouvelle économie algérienne que nous voulons construire.

Comptez-vous sur une dynamique africaine pour faire de l’Algérie une start-up nation ?

Notre nouveau ministère a une grande responsabilité et nous accordons également beaucoup d’importance aux synergies avec les pays voisins et avec l’Afrique toute entière. Il faut que nous puissions consommer africain lorsqu’il s’agit de numérique et d’innovations. La diaspora a aussi tout son rôle à jouer. Nous voulons que les Algériens, formés en Europe ou aux Etats-Unis, puissent nous faire profiter de leur expérience dans leurs domaines respectifs, mais aussi leur permettre d’investir et d’entreprendre en Algérie. Pour cela, nous sommes en contact permanent avec la diaspora. Nous avons même un département ministériel qui lui est dédié. La diaspora est une véritable richesse pour nous, car elle est tout particulièrement dévouée à l’intérêt de l’Algérie.

Paru dans CIO Mag N°64 Mai-Juin 2020 en téléchargement gratuit

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