À Abidjan, les experts du géant mondial SAP ont achevé une immersion de quatre semaines au sein de DigiFemmes Côte d’Ivoire. Ce transfert de compétences vise à structurer durablement l’organisation pour atteindre l’objectif ambitieux de 100 000 bénéficiaires d’ici 2030.
(CIO Mag) – L’atmosphère qui règne ce mardi 28 avril 2026 dans les locaux de DigiFemmes, nichés au cœur du quartier de Cocody, est empreinte d’une effervescence studieuse mais chaleureuse. Autour de la table, les visages sont animés par une passion commune. D’un côté, l’équipe de SAP, leader mondial des logiciels de gestion, représentée par Elodie Franco-Ritz, Tino Eschenbach et Alejandro Garcìa, accompagnés de la consultante Olivia Gnoukoury. De l’autre, Nadine Zoro, présidente de DigiFemmes Côte d’Ivoire, et Kate Assi-Okoue, responsable marketing et communication.

Entre les ordinateurs portables et les dossiers, les échanges fusent, signe d’une collaboration professionnelle qui a vite pris les allures d’une aventure humaine au service du développement.
Social Sabbatical Program (SoSa)
Cette collaboration s’inscrit dans le cadre du programme Social Sabbatical Program (SoSa) de SAP, une initiative de volontariat de compétences qui envoie des consultants de haut niveau s’immerger durant un mois au sein d’organisations à fort impact. Comme l’explique Elodie Franco-Ritz, directrice des Affaires gouvernementales pour la France et l’Afrique francophone, « SAP dispose de programmes permettant d’envoyer des consultants dans des organisations qui œuvrent pour le développement économique, l’éducation et l’emploi ».
Selon elle, DigiFemmes Côte d’Ivoire coche quasiment toutes les cases : éducation pour les enfants, entrepreneuriat, et montée en compétences. « En renforçant leur attractivité et leur vision à long terme, nous assurons leur pérennité pour qu’elles touchent plus de monde et génèrent un effet bénéfique sur tout l’écosystème du pays. »
Il est essentiel de préciser que cette immersion, débutée le 13 avril pour s’achever le 8 mai, n’est pas une opération de déploiement de logiciels commerciaux. Elodie Franco-Ritz insiste sur l’aspect purement intellectuel de cet apport. Par conséquent, l’objectif est de mobiliser les « skills » des consultants pour optimiser les processus internes.
Nadine Zoro abonde en ce sens, décrivant une approche « top-bottom » : « L’objectif est de toucher l’organisation pour que nous puissions ensuite toucher plus de personnes. DigiFemmes reçoit un renforcement de capacités pour mieux servir sa cible. Si nous sommes mieux structurés et durables financièrement, l’impact sera démultiplié. »
Aujourd’hui forte de 28 000 bénéficiaires, l’organisation vise le cap des 100 000 femmes et jeunes formés à l’horizon 2030.
Conseil
L’accompagnement technique se traduit par des conseils pragmatiques et adaptés aux réalités locales. Plutôt que d’imposer des solutions coûteuses, les experts de SAP travaillent sur l’existant. Par exemple, Alejandro Garcìa a optimisé des outils sur la suite Google pour éviter des dépenses supplémentaires.
Pour Nadine Zoro, cette expertise est cruciale : « Ils nous conseillent des outils abordables et nous aident à définir des procédures de gestion dignes des grandes entreprises, mais adaptées à notre échelle. Cela nous permet d’améliorer notre gestion de données, de créer des tableaux de bord auditables et d’accroître notre visibilité. »

Cette collaboration est une véritable immersion croisée où chaque partie apprend de l’autre. Elodie Franco-Ritz souligne la diversité des profils : « Nous ne venons pas des mêmes équipes chez SAP. Alejandro apporte son expertise en finance, Tino en sécurité et conformité, et moi dans les affaires gouvernementales. Avec Olivia qui connaît le marché local, nous formons une équipe pluridisciplinaire. C’est très enrichissant pour nous aussi. » Une synergie qui permet à DigiFemmes Côte d’Ivoire de se projeter avec plus de sérénité dans sa phase de transition.
« No one left behind »
Initialement programme d’aide internationale, DigiFemmes Côte d’Ivoire est devenue une organisation locale qui doit désormais s’aligner sur les standards internationaux de redevabilité et de mesure d’impact. Le fil conducteur de cette dynamique se résume en deux mots : l’inclusion digitale.

Pour Nadine Zoro, il s’agit d’un enjeu de compétitivité nationale. Elle affirme avec conviction que « le digital ne doit pas se faire sans les femmes. Elles représentent environ 50 % de la population et doivent être des actrices de l’écosystème, pas seulement des consommatrices. » Cette inclusion se veut globale, touchant aussi bien les zones rurales que les personnes en situation de handicap, suivant le slogan « No one left behind ».

Face aux critiques concernant l’usage parfois superficiel des réseaux sociaux, la présidente de DigiFemmes Côte d’Ivoire oppose une vision pédagogique. « Si on donne un outil à un enfant, il ne sait pas ce que c’est, mais il peut apprendre à s’en servir pour cuisiner. Nous montrons aux femmes comment le digital peut servir leur vision de vie. »
À travers des programmes comme « Élan », en partenariat avec Ecobank, l’organisation forme des « vendeuses digitales ». L’idée est de transformer des jeunes filles sans emploi en expertes capables de digitaliser les commerces de leur quartier. Les résultats sont concrets : des bénéficiaires auparavant sans activité génèrent désormais des revenus substantiels, certaines atteignant une croissance de 200 000 francs CFA par mois.
Défis
L’accès au financement demeure toutefois un défi majeur pour les entrepreneures. DigiFemmes Côte d’Ivoire agit ici comme un catalyseur en créant des ponts avec le secteur bancaire. Nadine Zoro cite l’exemple du partenariat avec ADEC Microfinance pour la solution Fineo Femmes : « Nous avons co-développé un produit qui permet aux femmes d’avoir un historique de paiement et un accès au crédit après trois mois pour seulement 2 500 francs par mois, contre 19 000 francs pour l’offre classique. » En traduisant les exigences des banques en réalités accessibles pour les femmes, DigiFemmes débloque des verrous financiers historiques.
Malgré ces succès, des obstacles subsistent, notamment en termes de connectivité et d’équipement à l’intérieur du pays. La présidente de DigiFemmes souligne également l’importance du plaidoyer auprès du secteur privé et du gouvernement : « Toute entreprise devrait avoir un programme de responsabilité sociale lié au digital, car c’est le moteur de leur propre croissance future. » Pour pallier le manque de personnel sur le vaste territoire ivoirien, l’organisation s’appuie sur les « DigiVolontaires », un réseau national qui porte le message de l’inclusion jusque dans les marchés et les champs.

En fin de compte, l’immersion des équipes de SAP confirme le dynamisme exceptionnel de cette structure locale. C’est en tout cas ce que déclare Elodie Franco-Ritz. La directrice des Affaires gouvernementales se dit épatée par les témoignages de bénéficiaires dont la vie a basculé grâce à DigiFemmes. Un sentiment renforcé par Alejandro Garcìa, appelant le secteur privé à s’engager davantage : « DigiFemmes est une dynamique très forte et nécessaire. »
Si les experts de SAP repartent avec des idées plein la tête, notamment sur l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) au sein des process et programmes de DigiFemmes, cette rencontre à Abidjan prouve qu’entre la rigueur d’un leader mondial du logiciel et la passion d’une organisation locale, la technologie peut véritablement devenir un levier de dignité humaine et de prospérité partagée.

Pour télécharger les rapports d’impact de DigiFemmes Côte d’Ivoire, cliquez ici.





