Cédric Atangana, WeCashUp : « Se présenter seul devant des investisseurs, c’est un très mauvais signal »

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Lundi 27 novembre 2017. 6th EU-Africa Business Forum, Palais de la Culture d'Abidjan. Cédric Atangana, co-fondateur et CEO de la startup Infinity Space qui développe WeCashUp.

Un des défis principaux auxquels les startups sont confrontées concerne l’accès aux capitaux. Le constat vaut également pour Infinity Space. Startup qui développe WeCashUp : une passerelle de paiement universel qui permet d’accepter tous les paiements à travers une intégration unique.  En pleine levée de fonds, Cédric Atangana, jeune entrepreneur camerounais, co-fondateur et CEO d’Infinity Space, a accepté d’échanger avec CIO Mag sur les problématiques d’investissement dans les startups africaines.

Propos recueillis à Abidjan par Anselme AKEKO

CIO Mag : Quel sens donnez-vous à votre participation au 6e Forum des affaires UE-Afrique ?

Cédric Atagana : Ma participation est un immense honneur. Je rêvais de venir en Côte d’Ivoire qui est un modèle pour moi, un pays extrêmement dynamique, qui m’inspire. Venir ici pour sentir cette chaleur était très importante. Ce forum nous donne l’opportunité de rassembler les talents africains et les talents européens qui se mettent ensemble pour travailler sur des problématiques communes.

De l’expérience qui est la vôtre, le financement des startups en Afrique, est-ce un mythe ou une réalité ?

Ça reste quand même un mythe parce que lever des fonds, c’est quelque chose d’assez compliqué. Cependant, les blocages sont des deux côtés. On a toujours l’impression que les gens ne veulent pas investir en Afrique. Alors que  généralement, nous entrepreneurs, nous n’avons pas toutes les compétences qu’il faut avant de monter un projet. Mais voilà, on se retrouve du jour au lendemain à parler aux investisseurs. Pourtant, il y a des prérequis.

« Seul, un investisseur ne peut investir dans un autre pays »

Il faut que les entrepreneurs travaillent d’abord sur eux-mêmes ; qu’ils acquièrent les compétences techniques, financières, marketing qu’il faut pour monter un business. En plus, un entrepreneur seul ne peut pas réussir. Il ne peut pas lever des fonds. C’est quasiment impossible. Quand on se présente seul devant des investisseurs, c’est un très mauvais signal. Il faut savoir s’entourer des personnes qui ont des compétences qui viendront compléter les vôtres. C’est l’une des raisons pour lesquelles, les investisseurs, qu’ils soient étrangers ou locaux, n’investissent pas dans les startups locales. Parce que les startups, généralement, ne savent pas présenter leurs projets. Et ce sont des problématiques qui font que le taux d’investissement reste encore limité.

6th EU-Africa Business Forum, Palais de la Culture d’Abidjan, De g. à d., le ministre Bruno Nabagné Koné, Alexandre Zapolsky, PDG de Linagora-France, et Cédric Atangana au cours de la session sur l’investissement dans les startups numériques.

Côté investisseurs, comment les attirer en Afrique ?

Du côté des investisseurs, l’Afrique reste une zone à risque simplement parce qu’ils ne connaissent pas le marché. Et c’est là où nous Africains devons travailler. Il faut valoriser l’Afrique à travers nos médias ; communiquer en envoyant de bons signaux dans le monde entier. C’est ce qui va attirer les investisseurs. Pour faire la connexion entre les deux, je dirais que l’Afrique manque cruellement d’organismes d’accompagnement. Comme je le disais tantôt, seul, un entrepreneur ne peut réussir ; seul, un investisseur ne peut investir dans un autre pays parce qu’il a peur. Du coup, il faut qu’il y ait des ponts. Ces ponts-là peuvent se mettre en place à travers des incubateurs privés ou soutenus par le gouvernement. Je prends l’exemple de Keylabs au Rwanda. C’est un incubateur privé mais qui est soutenu fortement par le gouvernement. Il faut absolument qu’il y ait cette brique qui se positionne entre investisseurs et entrepreneurs, à la fois pour rassurer les investisseurs et leur offrir le cadre qu’il faut pour investir et pour aider les entrepreneurs à être « Investment ready », c’est-à-dire prêts à recevoir des investissements.

La coopération entre bailleurs de fonds et banques est de plus en plus évoquée pour faciliter l’accès aux capitaux ? Qu’en pensez-vous ?

Les banques ont un business model : vendre de l’argent. Mais avant de donner de l’argent, elles doivent s’assurer de sécuriser le remboursement intégral plus les intérêts. Elles ont donc un business à faire tourner. Ce n’est pas qu’elles ne veulent pas investir mais elles ont besoin d’être rassurées. Et pour ça, il faut que l’entrepreneur soit prêt. C’est pourquoi, dans la connexion entre bailleurs de fonds, banques et startups, il doit y avoir un maillon composé de personnes expérimentées qui suivent les startups : des Labs. Pour moi, c’est le meilleur exemple. Les Labs sont pilotés par d’anciens entrepreneurs. Quand un entrepreneur a réussi, et même quand il a échoué, il a de la matière première pour coacher un autre entrepreneur et l’aider à obtenir un financement auprès d’une banque.

« Il y a des socles que seuls les gouvernements peuvent mettre en place. Tels que l’électricité et Internet. »

Les Business Angel préfèrent investir dans l’électricité, l’eau, l’immobilier, etc. Des secteurs immédiatement rentables à leurs yeux. Comment percez-vous cela ?

Je pense que tout doit s’imbriquer. On ne peut pas parler du numérique si on n’a pas l’électricité. C’est la base. Il faut qu’il y ait un socle. Et il y a des socles que seuls les gouvernements peuvent mettre en place. Tels que l’électricité et Internet. Une fois qu’on a l’électricité, qu’on a une bonne connexion Internet, on peut aspirer à faire du numérique. Quand on a le numérique et qu’on développe des applications, il faut savoir les monétiser. Et en Afrique, on est dans un contexte particulier où moins de 10% de la population est bancarisée. On peut construire les plus belles applications mais si on n’est pas capable de les monétiser ça reste une grosse perte de temps. Alors il faut être capable de développer des outils qui vont permettre aux entrepreneurs de les monétiser et justement de faire des retours sur investissement que la banque demande, que l’investisseur demande. Il manque encore ce lien-là.

Et c’est là où WeCashUp intervient ? Dites-nous davantage ?

On a de plus en plus d’entrepreneurs qui développent des applications qui résolvent des problèmes locaux mais qu’ils ne peuvent pas monétiser parce que nos pays sont tellement fragmentés ; il y a plus de 150 solutions de Mobile money sur le continent, qui sont en réalité des palliatifs aux problèmes de bancarisation mais qui restent extrêmement isolées. Il n’y a pas d’interopérabilité entre les systèmes. On ne peut pas faire du cross network paiement, du cross border paiement et parfois du cross online paiement. Mais WeCashUp interconnecte toutes les solutions de mobile paiement. C’est un gros challenge. Nous y travaillons. Et c’est cette brique-là que nous ramenons sur les briques qui doivent être misent en place comme l’électricité, Internet, et ensuite les applications qui interviennent sur les questions de paiement.

Infinity Space est de plus en plus présentée comme une licorne. Combien vaut cette startup aujourd’hui sur les marchés financiers ?

C’est difficile de répondre parce que nous sommes en pleine levée de fonds en ce moment.

Quelles sont les perspectives d’avenir?

C’est de s’implanter en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Cameroun, au Rwanda, au Kenya, sur l’Île Maurice et au Maroc. Ensuite, on va s’étendre au monde entier.

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