Côte d’Ivoire : Katier Bamba décrypte le modèle de cohabitation entre Wave et l’écosystème bancaire

Katier Bamba a décrypté le modèle de cohabitation entre Wave et l’écosystème bancaire lors d’une rencontre tenue ce mercredi 29 avril 2026 à Abidjan. Face à la presse nationale et internationale, le directeur général a dressé le bilan d’une aventure entrepreneuriale qui bouleverse les codes de la finance mobile en Afrique de l’Ouest.  

(CIO Mag) – Entre inclusion financière radicale, investissements structurels à l’intérieur du pays et conformité réglementaire, le patron de la filiale ivoirienne a détaillé les leviers de ce succès basé sur un binôme indissociable : un prix juste et une qualité de service sans compromis.

En quelques années, Wave Mobile Money s’est imposée comme le moteur de la digitalisation des usages en Côte d’Ivoire, revendiquant aujourd’hui plus de 21 millions de comptes ouverts et un réseau d’un million de marchands acceptant ses paiements.

Des propos du DG, il ressort que ce déploiement massif s’appuie sur une philosophie de rupture amorcée par le « fameux » tarif de 1 % sur les transferts. Une stratégie qui a permis de démocratiser l’accès aux services financiers pour les populations non-bancarisées et les plus isolées. « Les utilisateurs sont venus pour le prix, mais ils sont restés pour la qualité du service », a souligné Katier Bamba.

C’est un constat partagé par les analystes du secteur. Le transfert d’argent par téléphonie mobile (ou mobile money) a fait plus pour élargir la portée des services financiers que le secteur bancaire traditionnel au cours de la décennie écoulée. Depuis le lancement de ses activités en avril 2021, Wave a contribué à transformer le paysage des services financiers, en s’inscrivant en complément aux services bancaires classiques plutôt qu’en venant les perturber.

Pour Katier Bamba, cette réussite ne relève pas du hasard mais d’une volonté de répondre aux besoins réels des populations là où les banques commerciales sont absentes. Dès que l’on quitte les centres urbains, explique-t-il, la gestion du numéraire devient un défi quotidien, et c’est précisément là que Wave apporte une solution concrète en garantissant la liquidité et la capillarité de son réseau.

L’un des points majeurs de cette conversation avec la presse a été l’impact social et économique de l’entreprise sur le territoire ivoirien. En plus d’être une plateforme numérique, la fintech est un employeur de premier plan avec 1 300 emplois directs créés et un écosystème faisant vivre 19 000 agents.

L’investissement à Bouaké illustre cette volonté de décentralisation chère aux autorités nationales. L’ouverture d’un call center dans cette ville carrefour, de surcroît la deuxième plus grande ville du pays, emploie désormais près de 400 salariés, une initiative rare dans le secteur des services à l’intérieur du pays. En 2025, ce centre a traité plus de 30 millions d’appels, tandis que le canal WhatsApp a enregistré 6,5 millions d’échanges. Pour M. Bamba, pouvoir résoudre un problème technique instantanément par téléphone, même depuis une zone rurale difficile d’accès, constitue une avancée majeure pour l’équité territoriale.

Interrogé sur les projets en cours, le DG a confirmé qu’une demande d’agrément bancaire avait été déposée et restait à l’étude auprès du régulateur, sans préjuger de son issue.

Sur le plan de la sécurité et de la régulation, le directeur général s’est montré très rassurant, balayant les derniers restes de scepticisme. Opérant sous la supervision de la BCEAO, la fintech assure que tous les fonds déposés sont sécurisés sur des comptes de banques partenaires, elles-mêmes soumises aux contrôles rigoureux de la commission bancaire.

La robustesse technologique de la plateforme est également mise en avant pour contrer les menaces de cyberattaques, bien que l’entreprise appelle à la vigilance constante des utilisateurs face aux tentatives des criminels et à la divulgation des codes confidentiels.

A en croire le DG, l’un des principaux éléments à la réussite de Wave tient à sa capacité d’innovation continue. En témoigne le succès fulgurant de sa carte virtuelle. Selon lui, entre mars et décembre, le nombre d’utilisateurs de ce service a été multiplié par 344, plaçant Wave au-dessus de certaines grandes institutions bancaires en termes de cartes actives.

Parallèlement, la solution Bank to Wallet (transfert d’argent instantanément entre compte bancaire classique et compte mobile money), connecte désormais 23 institutions financières contre seulement 13 pour son concurrent le plus proche. Toute chose ayant pour avantage de faciliter la vie des fonctionnaires et enseignants en zone rurale.

Pour Katier Bamba, en multipliant par 11 son nombre d’utilisateurs et par 12,5 ses volumes de transactions, ce pont entre monde bancaire et mobile money confirme son utilité publique en évitant des déplacements coûteux et chronophages vers les rares agences physiques.

Enfin, le conférencier a tenu à souligner la dimension citoyenne de Wave. Au-delà de sa rentabilité, l’entreprise a versé plus de 50 milliards de FCFA d’impôts l’année dernière, contribuant ainsi directement au budget de l’État. Ce réinvestissement se manifeste aussi par des actions sociales concrètes, telles que le soutien au championnat de robotique ayant impacté 1 500 jeunes, la rénovation d’infrastructures sportives ou encore l’aide aux structures de santé comme le centre de radiothérapie d’Abidjan.

Autant dire qu’en se positionnant comme un partenaire des banques plutôt que comme un concurrent frontal, Wave entend dessiner les contours d’un écosystème financier inclusif où chaque acteur apporte sa valeur ajoutée au profit du consommateur final. En ligne de mire de cet engagement, une inclusion financière qui ne doit laisser personne au bord du chemin.

Anselme AKEKO

Responsable éditorial Cio Mag
Correspondant en Côte d'Ivoire
Journaliste économie numérique
2e Prix du Meilleur Journaliste Fintech
Afrique francophone 2022
AMA Academy Awards.
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