Lors du GITEX Africa 2026, experts et banquiers ont alerté sur l’essor de la cybercriminalité et analysé l’objectif des 16 000 milliards de dollars pour protéger la croissance du secteur financier mondial, tout en rappelant que face à l’IA des hackers, l’humain reste le rempart ultime.
(CIO Mag) – Le monde de la finance globale est à la croisée des chemins. Alors que la numérisation des échanges promet une ère de prospérité sans précédent, une ombre grandissante plane sur la stabilité des institutions : la cybercriminalité. C’est dans ce contexte que s’est tenue, le mardi 6 avril 2026 à Marrakech, une table ronde de haut vol au sein du GITEX Africa. L’objectif : décortiquer une équation complexe où l’innovation technologique se heurte à des menaces de plus en plus sophistiquées.
Sous le thème “L’objectif des 16 000 milliards de dollars : comment la cybercriminalité menace le secteur bancaire mondial“, les échanges ont été portés par les analyses croisées de Chancard Kanga, directeur régional pour l’Afrique chez HCL Software, et de Shalom Onyibe, responsable de la sécurité informatique (CISO) pour UBA Kenya. Modérés par la journaliste internationale Mayowa Adegoke, les débats ont mis en exergue l’urgence d’une riposte coordonnée face à des enjeux financiers vertigineux.
En effet, entre les pertes abyssales dues aux piratages et la croissance projetée des actifs financiers mondiaux d’ici 2030, l’Afrique se retrouve au centre de toutes les attentions. Ce chiffre de 16 000 milliards de dollars incarne ainsi la valeur estimée de l’expansion du secteur bancaire mondial, portée par la digitalisation et l’inclusion financière via les technologies financières telles que le mobile money.
Pourtant, au moment même où l’Afrique subit une hausse spectaculaire des cyberattaques de près de 300 % en un an, la nécessité de transformer cette vulnérabilité en forteresse numérique devient une question de survie.

Au cœur des discussions, l’Intelligence Artificielle est apparue comme la variable déterminante. Chancard Kanga a notamment exposé la dualité de cette technologie. D’une part, l’IA permet aux attaquants de devenir plus aggressif en profilant avec une précision chirurgicale les clients à haut revenu. « Aujourd’hui, l’IA aide à pouvoir mener des attaques beaucoup plus sophistiquées, beaucoup plus précises, beaucoup plus impactantes », a-t-il averti.
Toutefois, la défense ne reste pas désarmée. Pour Shalom Onyibe, l’IA permet également de déployer des agents automatisés capables d’anticiper les menaces avant qu’elles ne frappent le cœur du système. Nous assistons ainsi à une véritable course à l’armement numérique. Dès lors, l’enjeu pour les éditeurs de logiciels et les banques est d’utiliser cette même technologie pour proposer des solutions toujours plus robustes face à des adversaires en constante amélioration.
Face à l’idée d’un investissement massif de 100 millions de dollars dans la seule technologie, Chancard Kanga a prôné une approche plus organique de la gestion des budgets de sécurité. Pour lui, l’affichage de budgets technologiques colossaux peut paradoxalement attirer davantage de cyber-prédateurs.
C’est pourquoi il insiste sur le fait que la véritable clé de la sécurité réside dans le capital humain. « Il faut investir dans l’humain », a martelé Kanga, tout en déplorant la fuite des cerveaux africains. Il a souligné avec force que c’est l’humain qui conçoit, déploie et gère l’IA. En d’autres termes, si une solution technique est mal implémentée par manque de compétences, l’automatisation devient inefficace, voire dangereuse. Il devient donc impératif de cesser de sacrifier les budgets de formation au profit exclusif des outils.
En tout état de cause, l’analyse des experts souligne une réalité brutale : l’Afrique doit rattraper son retard structurel tout en gérant la croissance la plus rapide au monde. La digitalisation accélérée crée une surface d’attaque immense, justifiant ainsi le besoin d’investissements massifs pour sécuriser les systèmes d’information.
Pour les conférenciers, cette sécurisation ne pourra se faire sans une régulation forte et une volonté politique commune. Ils restent convaincus que la résilience passera par des frameworks globaux respectant les spécificités locales. Comme l’a rappelé le directeur de HCL Software, la technologie n’est qu’un support : « Les frameworks sont la volonté humaine d’une politique commune qui accepte les différences entre pays et banques. »
Autant dire que le chemin vers la protection de l’économie bancaire de demain passe inévitablement par ces fondations humaines et stratégiques posées à GITEX Africa 2026.





