DAT Sénégal 2020 : « L’Afrique est le prochain continent du contenu audiovisuel »

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Lors du Digital African Tour Sénégal 2020 organisé par CIO Mag en partenariat avec la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, Franco-Fil et TDS-SA, le 13 octobre, la deuxième table ronde a porté sur la question des contenus audiovisuels dans les pays africains. Les acteurs de l’écosystème ont partagé leurs points de vue sur la manière de booster la création locale pour permettre aux chaînes de télévision de fidéliser les téléspectateurs et ainsi faire face à la concurrence internationale. (2ème partie)

Camille Dubruelh

(CIO Mag) – Le passage à la télévision numérique dans les pays africains bouleverse le paysage de l’audiovisuel. Au-delà des infrastructures, tout l’écosystème est impacté. De nouvelles chaînes font leur apparition, et elles sont en concurrence directe avec les chaînes internationales. Par ailleurs, les modes de consommation de la télévision évoluent à une vitesse impressionnante, entre la VOD, les plateformes de streaming et la multiplication des supports. « Nous ne consommerons plus la télévision de la même façon, le modèle économique va fondamentalement changer. Le véritable directeur de programme aujourd’hui, c’est le grand public, a lancé Mamadou Ball, consultant et modérateur de ce panel, en introduction. Nous regardons ce que nous voulons, où nous voulons, quand nous voulons et avec l’interface que nous voulons. »

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Dans ce contexte, comment les chaînes de télévision peuvent-elles faire face ? Pour générer des revenus, elles comptent notamment sur les revenus publicitaires. Mais ceux-ci chutent drastiquement depuis quelques années, entre 15 et 50% selon les pays.

L’objectif est donc de trouver des relais de croissance en réinventant les business modèle. Il s’agit notamment d’élargir l’audience. « Nous devons penser à créer un bouquet ouest-africain afin de diffuser sur les territoires nationaux mais aussi au niveau régional et international. Également, le streaming est un virage obligatoire pour les éditeurs, afin de donner la possibilité aux téléspectateurs de regarder les émissions en replay et sur d’autres plateformes digitales », a poursuivi Mamadou Ball.

Créer du contenu de qualité, une priorité

Les acteurs de l’écosystème sont unanimes. Pour attirer les téléspectateurs, il faut proposer du contenu adéquat. Qu’il soit produit par les chaînes elles-mêmes ou par des producteurs privés. « La qualité des contenus est primordiale. Sans la qualité, peu de chaînes achèteront les contenus car cela génèrera peu d’audience et il sera difficile de faire face à la concurrence internationale », a noté Guillaume Bonnard, directeur commercial de Thomson Broadcast. Sur ce point, il assure que les pays africains sont dans une belle dynamique. « Les contenus africains sont de plus en plus qualitatifs. Ils s’adressent aux locaux, comme à la diaspora. C’est un marché intéressant pour les créateurs de contenus », poursuit-il. En effet, il s’agit de l’une des spécificités du marché africain : les contenus peuvent être visionnés par le public local mais aussi par la diaspora. Car aujourd’hui, 10% des Africains vivent hors des frontières du continent. Ces derniers pourront être tentés de regarder les chaînes locales en replay, si le contenu présente de l’intérêt. « La VOD réclame des contenus qui parlent aux jeunes, qui parlent des jeunes », a abondé Sylvain Béletre, responsable de développement Afrique chez France Media Monde.

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Les panelistes ont ainsi évoqué l’importance de diversifier les émissions sous peine de subir la concurrence internationale et de perdre les téléspectateurs qui préfèreront se tourner vers les plateformes de streaming. En ayant recours à des comédiens, artistes et présentateurs locaux, en diffusant des contenus pour et par des Africains, les chaînes locales ont toutes les chances de s’en sortir. « La télévision doit être un outil de développement », a assuré Mamadou Ball, qui réclame une meilleure organisation de la production privée. Encore faut-il, pour se faire, offrir aux créateurs de contenus les moyens techniques et la formation adéquate, a-t-il rappelé. Il s’agit notamment de renforcer les connaissances par la formation, initiale et continue (le renforcement des capacités). Dans cette optique de mutualisation des ressources, au Sénégal, quatre écoles de formation vont ainsi se regrouper.

Pour avoir les moyens de cette création, les acteurs devront aussi travailler ensemble et créer des synergies, ont expliqué les speakers. Les chaînes de télévision ont tout intérêt à se regrouper afin de pouvoir proposer des contenus variés et qualitatifs. Car la création et la diffusion de contenus audiovisuels africains est bien un enjeu de souveraineté pour le continent, ont rappelé les panelistes.

Mesurer l’audience pour attirer plus d’annonceurs

L’autre priorité pour l’écosystème est de mettre en place les outils de mesure de l’audience. En effet, la survie d’une chaîne dépend de sa capacité à attirer des revenus publicitaires. Et sans audience, pas de publicité. « Au Sénégal, la TNT est une opportunité pour mesurer l’audience. Les infrastructures de manière native doivent permettre de remonter les informations, c’est important pour les annonceurs », a assuré Amadou Diop, directeur général de TDS-SA.

Pour valoriser la production et ainsi pérenniser les chaînes africaines dans un contexte globalisé, il s’agit, en quelques mots, de créer un cercle vertueux : offrir du contenu de qualité qui attirera de l’audience, et donc des annonceurs. « Dès lors qu’un pays offre des infrastructures solides, permettant de toucher un maximum de personnes, que les téléspectateurs ont accès à un contenu de qualité, et que l’on dispose des outils de mesure, nous avons une équation pérenne. Et la capacité à rendre les chaînes de télévision rentable », a résumé Guillaume Bonnard. Et de conclure : « L’Afrique est le prochain continent du contenu. »

Vous pouvez revoir l’intégralité de la conférence dans notre vidéo ci-dessous

2 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    J’ai aimé lire l’article. Mais, j’ai une confusion au niveau des dates, c’est bien 13 novembre ou 13 octobre ?
    Cordialement,
    Frusquin YOUL

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