FAGEM 2021, retour sur la 2e édition du forum dédié à l’agritech en Afrique

La question de l’utilisation des technologies numériques pour booster l’agriculture en Afrique a fait l’objet des discussions à la 2e édition du Forum Afrique Grenier du Monde (FAGEM) tenu le 16 septembre 2021 au Burkina-Faso. Au terme de cette édition, Charlotte Libog, promotrice de l’événement, nourrit déjà de grandes ambitions pour l’avenir de l’agriculture numérique en Afrique.

(Cio Mag) – Malgré les investissements effectués au profit du développement des services digitaux dans le secteur agricole, les agriculteurs y marquent une faible adhésion. Des études récentes révèlent que seulement 10 % des solutions agritech réalisées en Afrique sont exploitées par les acteurs. Pourtant, le potentiel du marché agricole et agroalimentaire en Afrique s’élèvera à plus de 1 000 milliards de dollars dans moins de 10 ans, selon des prévisions de la Banque mondiale. Cette problématique d’actualité était au cœur des échanges au Fagem 2021.

L’initiative de cet événement émane de Charlotte Libog, présidente du Think Tank Afrique Grenier du Monde, une plateforme destinée à la promotion de l’investissement agricole et agroalimentaire en Afrique subsaharienne. Dans un entretien exclusif accordé à Cio Mag, elle explique que le Fagem vise à informer et à sensibiliser les acteurs du secteur agricole sur les opportunités qu’offre le numérique pour explorer l’agriculture et l’agroalimentaire afin de créer de la richesse sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole.

Ce forum se tient de façon itinérante afin que le message, celui de la nécessité de relancer l’agriculture africaine à travers le numérique, parvienne au plus grand nombre. À l’horizon 2050, la population mondiale atteindra 9 milliards selon des statistiques officielles. Face au défi commun de nourrir toutes ces âmes, adopter le digital pour booster la productivité et la compétitivité des acteurs du secteur apparaît dès lors comme une obligation.

« Nous sommes en pleine révolution digitale et en même temps nous devons opérer notre révolution agricole », assure Charlotte Libog pour qui le décollage du secteur agricole et de l’agroalimentaire en Afrique repose sans contexte sur la structuration des chaînes de valeurs et sur le digital.

Le Fagem 2021, un bilan positif

Malgré la jeunesse de sa population, ses terres arables et la disponibilité de bas-fonds, l’Afrique demeure le seul continent qui importe des produits agricoles pour assurer la sécurité alimentaire de ses populations. A cela, la promotrice du Think Tank AGM ajoute la récente hausse des prix des denrées alimentaires de première nécessité ainsi que l’émergence des foyers de crise alimentaires favorisés par la pandémie de la Covid-19. Elle en déduit qu’il est urgent d’agir en exploitant les ressources que fournit le numérique : « grâce au numérique, on peut mieux produire et transformer nos produits. »

Ayant réuni de nombreux acteurs du secteur agricole d’Afrique francophone, le Fagem 2021 s’est penché sur ces questions. Plusieurs activités ont meublé cette rencontre. Notamment une présentation conceptuelle, laquelle a permis aux participants de prendre la mesure et l’urgence de la relance du secteur agricole dans le pays hôte et sur l’ensemble du continent. Ce forum était également un moment de découverte des différentes politiques mises en place par l’État burkinabè en matière d’agritech et des programmes en cours d’exécution pour la facilitation de l’accès au financement des entrepreneurs locaux.

Promotion de l’agritech

L’ancrage du digital dans le secteur agricole s’opère de manière croissante en Afrique. En témoigne les nombreuses innovations technologiques telles que AgriPME qui facilite l’accès au crédit agricole au Togo. Ou encore les drones, les applications de gestion parcellaire des espaces de culture par imagerie thermique ou satellitaire, des plateformes de renforcement de capacités en techniques de production, des places de marché virtuelles, etc. Ces solutions allègent la charge de travail, améliorent le rendement des producteurs et favorisent la mise en marché de leurs produits. Toutefois, cet ancrage du digital doit se poursuivre et s’accélérer au regard des défis d’autosuffisance alimentaire du continent.

Selon Charlotte Libog, l’initiative du Fagem suivie d’autres activités comme Afrique Grenier du Monde Business Café contribuent à l’atteinte de cet objectif. « Elles permettent de consolider le dialogue entre les divers acteurs (secteur public-secteur privé-paysannerie numérique) pour mieux échanger, consolider les réseaux, et par conséquent mieux travailler ensemble sur le long terme », dira-t-elle. Aussi, servent-elles de cadre de mise en lumière des innovations agricoles dans les pays d’Afrique francophone et de diverses stratégies agritech élaborées par les décideurs. Ces initiatives ne peuvent pas être une réussite sans un plaidoyer auprès des gouvernements pour la prise de mesures qui garantissent l’émergence de ce secteur, en vue d’instaurer un cadre normatif qui impulse la compétitivité des acteurs.

La présidente du Think Tank AGM fait de ces différentes actions un challenge permanent. Elle nourrit l’ambition de mettre en place le programme « 1000 entrepreneurs pour l’agriculture numérique en Afrique. » Pour elle, l’émergence des initiatives à l’image du Fagem dans d’autres pays de la sous-région contribuera à une agriculture africaine performante et durable.

Michaël Tchokpodo

Michaël Tchokpodo est journaliste communiquant, grand observateur des mutations relatives aux technologies numériques et au développement durable. Correspondant au Bénin pour CIO Mag.

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