Hannah Subayi Kamuanga : « DRC Impact Angels vise à financer des start-ups technologiques ainsi que les petites et moyennes entreprises innovantes en RDC »

Hannah Subayi Kamuanga, co-fondatrice et vice-présidente de DRC Impact Angels

Hannah Subayi Kamuanga, co-fondatrice et vice-présidente de DRC Impact Angels, le premier club d’investissement opérant en République Démocratique du Congo (RDC) s’est confiée à Cio-Mag après l’annonce d’un nouvel investissement dans ITOT Africa, une des plus grandes start-ups EdTech basée dans la ville de Lubumbashi (avec bureau à Goma, Kinshasa et Kolwezi). Notre échange porte sur la mission du Club, sa vision pour l’écosystème technologique du pays et les critères d’accès à son accompagnement. Ci-dessous l’essentiel de notre entretien.

Cio mag : En peu de mots, comment présentez-vous DRC Impact Angels ?

Hannah Subayi Kamuanga : DRC Impact Angels est un véhicule d’investissement financé par des investisseurs congolais pour financer des start-ups technologiques ainsi que les petites et moyennes entreprises (PME) innovantes en République Démocratique du Congo. Le but est d’identifier et de soutenir des équipes dirigeantes talentueuses et de les aider à développer des solutions innovantes dont des services et produits dont les Congolais ont besoin. La démarche du club vise également à promouvoir l’écosystème entrepreneurial congolais en interne et à l’international et à le professionnaliser.

Quels sont les critères pour accéder au financement du Club ?

La majorité des clubs et fonds d’investissement en Afrique Francophone utilise 5 critères de sélection pour investir. Il s’agit, entre autres de la qualité de l’équipe et de la solution proposée, de la profondeur du marché dans lequel évolue la société, de la qualité du plan d’affaire et de la structure de la transaction.

S’agissant de la qualité de l’équipe, nous faisons allusion à la capacité technique, humaine et commerciale de l’équipe dirigeante et de la professionnalisation de l’organisation. Il est notamment de plus en plus crucial que les entrepreneurs apprennent et pratiquent l’anglais professionnel pour prétendre échanger avec des investisseurs internationaux.

Par ailleurs, il est important pour les entreprises de vendre des produits ou services de qualité, pertinents, à un prix concurrentiel et une marge attractive et ce dans un secteur de préférence en croissance. Enfin, le plan d’affaires (comportant notamment des projections opérationnelles et financières) doit sembler cohérent et permettre à l’investisseur de générer un rendement intéressant par rapport au profil de risque du projet.

Quelle est la stratégie d’investissement du club DRC Impact Angels ?

En général, nous investissons entre 20 000 et 100 000 dollars par transaction et prenons entre 5 à 20 ℅ du capital de la société avec soutien opérationnel, technique, commercial, et / ou juridique.

Comment les entrepreneurs peuvent entrer en contact avec le Club ?

Il y a différents créneaux. En tant qu’investisseur à titre professionnel également, je rencontre un certain nombre d’entrepreneurs au cours de conférences, forums, de séances de pitch, de présentations d’entreprises et de demo days. Les entrepreneurs qui ont bénéficié du financement de DIA peuvent également recommander d’autres entrepreneurs qui répondent aux mêmes critères de qualité. Des banques, des auditeurs, des avocats et autres intermédiaires de l’écosystème peuvent aussi recommander des entreprises qui fonctionnent bien. Nous avons ainsi  déjà collaboré avec Silikin village et Ingenious City à Kinshasa ou encore Cinolu à Lubumbashi.

En termes d’investissement, nous avons investi dans une PME innovante basée dans le secteur agroalimentaire à Bukavu, une société fintech basée à Kinshasa « Faithful », une société agritech basée à Kinshasa et dans le Congo-Central « Wenzemobile », une société edtech basée à Lubumbashi « ITOT Africa » et une société de services spécialisée dans l’entretien et la maintenance pour entreprises (notamment climatisation, électricité…) de Kinshasa « Mosala Maboko ». 

Comment les startups exerçant dans les zones enclavées du pays peuvent bénéficier de votre accompagnement ?

Nous ne discriminons pas par zones géographiques. Si nous recevons un bon dossier de Boma ou de Tshikapa d’une entreprise capable de réaliser avec un chiffre d’affaires supérieur à 500 dollars par mois, avec une solution ou un service au produit pertinent, le club considérera le dossier avec intérêt. Le plus important est de répondre aux cinq critères d’investissement tel que mentionné plus haut et de rentrer dans la stratégie du club visant principalement les secteurs à impact tels que l’agriculture, l’éducation, la santé, le secteur financier et l’industrie.

Quelles sont vos projections pour les 5 ans à venir ?

Dans les 5 ans à venir, j’espère que le club aura réussi à soutenir 10 à 20 PME innovantes ou startups technologiques congolaises avec un chiffre d’affaires cumulé de 1 à 3 millions de dollars. Nous espérons pouvoir démontrer qu’il est possible de structurer de belles transactions dans le pays, de créer de l’émulation au niveau du pays avec la création des nouveaux clubs d’investissement.

Quel message lancez-vous aux jeunes entrepreneurs congolais ?

Une fois les jeunes entrepreneurs congolais concentrés sur la performance opérationnelle et financière (chiffre d’affaires, nombre de clients et rentabilité), les investisseurs locaux et internationaux continueront à les soutenir. Je souhaite aux entrepreneurs congolais de rester sérieux et engagés dans la mise en place d’un plan d’affaire concret et orienté vers l’avenir. Gardez le cap ! Il y a de plus en plus de modèles de réussite d’entrepreneurs comme Ruddy Mukwamu (Maxicash), Felix Maroy (Fyatu), Samy Mwamba (ITOT Africa) et même des femmes entrepreneures comme Gisela Van Houcke (Zuri Hair).

Enock Bulonza

Journaliste spécialisé dans les TIC et la santé. Passionné par les technologies émergentes (IA,  développement full-stack et la blockchain, etc.). En tant que correspondant de Cio-Mag dans la région des Grands lacs africains, je suis chargé de couvrir les développements technologiques et de fournir des informations précises et pertinentes sur ces sujets.

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