L’Afrique à l’honneur à la 6e édition de BIG

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Uhuru Kenyatta, Président de la République du Kenya et Emmanuel Macron, Président de la République Française en visite sur la scène du Bang à Big2020 / Photo: BPI

La 6e édition de l’événement Bpifrance Inno Generation s’est tenue dans un contexte international inédit, sous un format mixant présentiel à Paris et conférences en ligne. Invité d’honneur, le président kenyan Uhuru Kenyatta est venu partager l’expérience de son pays, qui figure parmi les plus innovants du continent.

(CIO Mag) – Il était résolument question d’Afrique ce jeudi 1er octobre à Paris. La cérémonie d’ouverture de Bpifrance Inno Generation, l’un des plus grands rassemblements européens dédiés aux entrepreneurs, a été l’occasion pour Emmanuel Macron et son homologue kenyan d’évoquer leur vision de l’avenir des relations entre l’Europe et l’Afrique. Dans ce contexte de crise sanitaire, les deux présidents ont rappelé l’importance de l’innovation et de l’entrepreneuriat, clés du rebond de l’économie mondiale. « Le monde ne s’arrête pas, le jeu continue. Il s’agit d’une guerre globale et personne ne peut remporter la bataille seul », a d’emblée assuré le président kenyan. « Nous regardons parfois le continent africain sous l’angle de ses richesses naturelles, l’or, les diamants, le pétrole, le gaz. Mais ce que nous avons tendance à ne pas voir, c’est ce qu’est est le véritable potentiel africain. Et le véritable potentiel africain, ce sont nos jeunes hommes et nos jeunes femmes et la capacité qu’ils ont de participer avec vous à la construction d’un monde meilleur et plus grand pour nous tous », a-t-il poursuivi.

Le président français a abondé dans le même sens, appelant à « redéfinir » les relations entre l’Afrique et la France notamment. « Notre rapport à l’Afrique doit redevenir un pari gagnant-gagnant. Aider l’Afrique à réussir, à lutter contre la corruption, à lutter contre les grands marchés dont les gens ne voient jamais les conséquences dans leur vie, donner des opportunités à sa jeunesse et permettre à nos entrepreneurs et nos entreprises, dans un contrat beaucoup plus équilibré, de s’y développer ». A cet effet, le président français a annoncé la tenue d’une conférence internationale en mai en France, qui portera sur « les règles du financement de l’économie africaine ».

Le digital, un « énorme potentiel » pour les entrepreneurs

La venue du président kenyan à cet événement est un signal fort, les relations entre ce pays et la France étant encore timides. Ainsi, les deux présidents ont évoqué l’importance de renforcer le partenariat entre les deux pays. Et parmi les domaines de coopération à explorer, le digital occupe une place de choix. Interrogé sur les secteurs porteurs dans lesquels investir au Kenya, Uhuru Kenyatta n’a pas manqué de citer la technologie, et en premier lieu le Mobile Banking, rappelant le rôle avant-gardiste de son pays dans le domaine.

« Nous accusons un retard, notamment en termes d’infrastructures. Mais nous avons opéré un « leap frog » au Kenya », a assuré le président. Résultat :  le pays compte désormais 90% de « bancarisés », notamment à travers le Mobile Money. Un secteur phare dans lequel tous les investissements sont possibles, a estimé le chef de l’Etat. Autre secteur porteur, le E-gov, le passage aux services publics en ligne étant largement lancé au Kenya. Uhuru Kenyatta a aussi appelé les investisseurs français à œuvrer dans le domaine des infrastructures, la connectivité notamment, qui constitue « un énorme potentiel » en termes de retombées pour les entreprises.

« Le Kenya, c’est l’accès à toute la sous-région », a poursuivi Emmanuel Macron. Jusqu’ici nous n’existions pas au Kenya, mais les choses ont profondément changé car le Kenya l’a voulu, a cette volonté de trouver de nouveaux partenaires ». Le président a vanté la « jeunesse bien formée » au Kenya et la « stabilisation des infrastructures », appelant les entrepreneurs français à « s’engouffrer dans ce marché ». « Nous savons innover. Digital, Mobile banking, nous avons quelque chose à apporter », a-t-il assuré.

 

Le « Startup Act » tunisien fait figure d’exemple

Outre lors de cette cérémonie d’ouverture, les entrepreneurs et acteurs économiques du continent était présents tout au long de la journée, sur le « Campus Afrique ». Plusieurs conférences retransmises en ligne se sont succédées autour de thématiques variées. La Tunisie et son « Startup Act » a notamment été cité en exemple. Grâce à ses lois incitatrices, le pays fait en effet figure de bon élève sur le continent, et inspire d’autres Etats africains, à l’instar du Sénégal ou encore du Rwanda. « La Tunisie est dans une dynamique d’innovation, et le digital lui permettra de s’inscrire dans la nouvelle économie », a expliqué Amel Saïdane, CEO de Tunisian Startups.

Selon cette dernière, plus de la moitié des start-up labellisées suite à la loi de 2018 opèrent dans le B to B, la tech, la robotique ou encore l’IA. Car le pays peut compter sur des ingénieur(e)s et autres chercheurs et chercheuses (28% des start-up labellisées étant portées par des femmes) très qualifié(e)s, qui n’hésitent pas à se lancer dans l’entrepreneuriat.

« Autre chose est possible par l’entrepreneuriat »

L’écosystème sénégalais était lui aussi à l’honneur et a fait l’objet d’une autre conférence sur le thème “Sénégal, une terre d’entrepreneuriat et d’innovation”, en présence de Papa Amadou Sarr, ministre délégué à l’Entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (voir notre article à ce sujet). Également présent autour de la table, Omar Cissé. L’entrepreneur a également été invité à s’exprimer sur la scène centrale, afin d’éclairer le public et les internautes sur son parcours. Sur le thème de la liberté, le fondateur de la FinTech Touch a servi un discours touchant et volontaire. Ce « pur produit de l’école sénégalaise », comme il s’est lui-même décrit, est parti de son parcours pour illustrer les défis à relever pour les entrepreneurs africains. « En Afrique, tout était à faire en tant qu’entrepreneur. D’autres décident pour nous, les politiciens, des influences extérieures… Mais j’ai voulu relever le défi et j’ai compris qu’autre chose est possible par l’entrepreneuriat. Je refuse de croire que nous allons subir, et faire ce que les autres pensent que nous devons faire. Je suis convaincu que l’entrepreneuriat peut changer les choses ».

Le Sénégalais a notamment réclamé aux chefs d’entreprises de « créer massivement des emplois » pour répondre au défi démographique du continent. Et en appelle aux partenaires extérieurs, pour ouvrir une nouvelle page des relations avec le continent. « Nous devons revoir la manière dont nous collaborons aujourd’hui. Il ne faut pas seulement prendre à l’Afrique, mais travailler avec elle », a-t-il conclu.

Camille Dubruelh

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