Comment concilier transition écologique et transformation numérique

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Achta Hadjé

Entre les lignes de Cio Mag, Hindou Oumar Ibrahim et Achta Hadjé, deux Tchadiennes respectivement militante pour l’environnement pour la promotion des droits de l’homme et des droits des peuples autochtones, et consultante en transformation digitale, se démènent pour une meilleure considération de l’environnement et l’usage du numérique responsable.

(CIO Mag) – Entre les perturbations des saisons dans les pays du Sahel, l’insuffisante rentabilité des cultures, l’affaiblissement du bétail, les conflits intercommunautaires dans la course aux ressources naturelles, la déstabilisation des cultures et la dégradation de la biodiversité, « le dérèglement climatique est une réalité partout dans le monde », a constaté Hindou Oumar Ibrahim également promotrice de droits humains et ceux des peuples autochtones.

Hindou Ibrahim

Une telle situation selon elle requiert l’usage du numérique dans le sens où la sensibilisation à travers des webinaires ou des conférences numériques constitue une phase importante pour atteindre plus de monde. Permettant ainsi d’éveiller plus de consciences.

« Le numérique est important pour faire avancer la cause environnementale. Mais ce n’est pas le fait d’utiliser du numérique pour du numérique qui va aider. La digitalisation doit se faire de manière responsable. La conception responsable de services numériques est une alternative qui répond aux besoins des communautés autochtones », a expliqué la consultante Achta Hadjé.

Tout en précisant que ces applications du numérique devront utiliser l’énergie propre et durable. Leur hébergement doit également être géré chez un opérateur écoresponsable.

Dans cette même lancée, elle pense qu’il importe de parler de l’impact environnemental, économique et social du digital. Elle en a d’ailleurs noté quelques impacts.

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Sur l’environnement, la pollution numérique est responsable de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre autant que l’aviation. Sur la biodiversité, 70% du tonnage fait l’objet de trafic ou encore d’épuisement des ressources abiotiques.

Sur le plan économique, selon Green It, 45% des fonctionnalités des technologies de l’information ne sont jamais utilisées, elles alourdissent les pages web. Le poids moyen d’une page web étant multiplié par 3 entre 2010 et 2015, par 115 entre 1995 et 2015. Il y a également 6 fois plus d’appareils qui durent 3 fois moins longtemps. *

Sur les plans social et sociétal, le numérique est une cause de la condition du travail des enfants en Asie et en Afrique. Ces derniers sont employés pour la fabrication, le recyclage et l’extraction de certains minerais. Il est aussi question de consommation inégale d’électricité soit 7 800 kWh par an et par personne en France, contre 42 kWh seulement en Ethiopie, soit 185 fois moins. *

Que faire ?

Face à cette situation, Achta est convaincue qu’une transformation numérique et responsable est une alliée de la transition écologique. Car ce type de transition répond à la réduction de la fracture numérique et à l’innovation frugale.

Le numérique responsable répond aussi à de nombreuses autres attentes. Mais surtout il favoriserait l’équité sociale avec l’accessibilité et l’employabilité des personnes en situation de handicap ; la préservation de l’environnement avec la baisse de la consommation des ressources non renouvelables et l’efficacité économique via une meilleure expérience, la satisfaction des utilisateurs et la baisse des coûts d’hébergement.

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« L’Afrique doit s’en emparer comme d’un saut du digital dans la liste comptant le leapfrog par exemple. Le continent doit tenir compte de cette démarche dans sa transformation digitale, pour réduire l’empreinte écologique, économique et sociale des Technologies de l’information et de la communication. C’est un enjeu primordial », conseille-t-elle.

Pour la convergence entre la transition digitale et celle de l’environnement, la consultante en digitalisation visualise des services en ligne plus sobres, et plus légers, reposant sur des technologies universelles et low-tech capables de fonctionner sur d’anciens appareils électroniques.

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Mais aussi un numérique permettant aux communautés rurales de trouver des pâturages, de l’eau et tant d’autres ressources pour limiter le conflit de gestion durable des ressources.

Cependant un piège peut se dresser sur cette voie : celui de la commercialisation du numérique responsable. Pour l’éviter, Achta préconise la compréhension de l’impact du numérique et l’implication des Etats dans la mise en place des financements nécessaires au  développement de projets d’adaptation durables dans leurs pays.

Aurore Bonny (avec Achta Hadjé)

 

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