Minayegnan Coulibaly (GIM-UEMOA) : «L’objectif de GIMPay est de faire évoluer les transactions électroniques et de réduire la dépendance au cash»

  • Par CIO MAG
  • 14 juin 2026
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Né de la fusion avec le CTMI-UEMOA, le Groupement interbancaire monétique de l’UEMOA (GIM-UEMOA) s’impose désormais comme le pivot de la finance digitale dans la région. Entre schéma de paiement, interopérabilité et traitement des transactions, l’institution construit les infrastructures qui doivent libérer la zone de sa dépendance au cash et des réseaux internationaux. À travers l’e-commerce, les cartes GIM et la plateforme GIMPay, c’est une véritable bataille pour la souveraineté numérique qui se joue, avec un enjeu précis : faire du téléphone portable et des paiements électroniques les nouveaux leviers de l’inclusion financière. Dans cette interview, Minayegnan Coulibaly, le Directeur Général du GIM-UEMOA, résume cette vision avec clarté.

CIO Mag : Après la fusion avec le CTMI-UEMOA, le GIM-UEMOA est devenu un opérateur global régional articulant trois fonctions. Pouvez-vous les expliquer ?

Minayegnan Coulibaly : Le GIM-UEMOA est aujourd’hui un acteur central de l’écosystème financier de l’UEMOA. Son action s’articule autour de trois principales activités qui contribuent au développement d’un système de paiement moderne, inclusif et performant. Sa première activité est celle de schéma de paiement, qui définit les règles de gouvernance ainsi que les spécifications techniques et opérationnelles encadrant l’usage des moyens de paiement dans la région C’est le cerveau du système de paiement régional. Cette fonction est essentielle, car elle garantit une cohérence et une uniformité dans la manière dont les transactions sont réalisées.

La deuxième activité est l’interopérabilité. Elle permet aux différents acteurs – banques, fintechs, institutions de microfinance – de communiquer entre eux et de rendre leurs systèmes compatibles. Sans interopérabilité, chaque entité resterait isolée, ce qui limiterait l’efficacité et l’adoption des innovations. C’est le système nerveux du système de paiement régional.

Le switch régional ou Interopérabilité permet de répondre à la question : comment transporter une transaction ?

Le schéma de paiement permet de répondre à la question : quelles sont les règles de cette transaction ?

Enfin, la troisième activité est le processing, c’est-à-dire le traitement des transactions. Contrairement aux processeurs privés qui visent avant tout la rentabilité à court terme, le GIM-UEMOA se positionne comme un processeur mutualiste. Son objectif est de développer des infrastructures accessibles à tous, même aux acteurs qui n’ont pas les moyens d’investir seuls.

L’innovation est le fil conducteur de ces trois activités : chaque nouvelle technologie doit être encadrée, rendue interopérable et soutenue par des infrastructures communes.

CIO Mag : Pouvez-vous donner un exemple concret de cette articulation entre schéma de paiement, interopérabilité et processing ?

M. C. : Le cas de l’e-commerce illustre parfaitement cette logique. En 2015, la décision n°31 a été adoptée par le Conseil des ministres des Finances et validée par la BCEAO. Elle impose que toutes les transactions par carte internationale émises dans l’UEMOA soient routées et compensées par le GIM-UEMOA en monnaie locale. Si la mise en œuvre de cette décision a débuté en 2018, elle nécessitait au préalable la mise en place d’infrastructures adaptées pour absorber et sécuriser ces flux transactionnels. 

Afin de répondre à cet enjeu stratégique, le GIM-UEMOA a engagé d’importants investissements dans une plateforme régionale devenue pleinement opérationnelle en août 2025. Grâce à cette infrastructure, les banques et les commerçants de l’UEMOA peuvent désormais traiter localement leurs transactions e-commerce, renforçant ainsi la souveraineté des paiements et la maîtrise des coûts tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des plateformes étrangères. C’est un exemple concret où la normativité (les règles), l’interopérabilité (la compatibilité entre acteurs) et la mutualisation (les infrastructures partagées) se conjuguent pour servir l’ensemble de la communauté financière.

CIO Mag : En quoi cette articulation entre les trois activités est-elle une condition sine qua non pour garantir une véritable souveraineté numérique dans la zone UEMOA ?

M. C. : Lorsqu’une transaction est traitée à l’étranger par les émetteurs internationaux (Visa ou Mastercard), les données sortent de la région et sont stockées sur des plateformes internationales. Cela pose un problème évident de souveraineté numérique. Avec notre plateforme, les flux restent au sein de l’UEMOA. Nous garantissons la traçabilité et la sécurité des données, ce qui est essentiel pour lutter contre la fraude et instaurer la confiance. Au-delà de la sécurité, les données anonymisées permettent d’analyser la création de revenus, la dynamique de la consommation, de l’épargne et de l’investissement. Ces quatre leviers (revenus, consommation, épargne et investissement) bien maîtrisés facilitent un pilotage optimal de la circulation de la valeur dans le circuit économique des Etats.  En gardant la main sur nos données, nous donnons aux décideurs les moyens d’anticiper les tendances et d’adapter leurs stratégies. C’est pourquoi cette articulation est une condition indispensable à une véritable souveraineté numérique.

CIO Mag : En termes de flux, qu’est-ce que cela représente aujourd’hui ?

M. C. : Au 31 décembre 2023, la Banque Centrale recensait 89 millions de transactions e-commerce dans l’UEMOA, pour une valeur de 2 100 milliards de francs CFA. Mais une grande partie des flux échappe encore au contrôle, notamment ceux réalisés de manière informelle via les réseaux sociaux. Notre mission est d’étendre le cadre normatif pour assurer la traçabilité de toutes ces transactions. Nous ne voulons pas interdire aux citoyens de vendre ou d’acheter sur WhatsApp, Tik Tok ou Instagram, mais nous devons définir des règles et des infrastructures pour que ces flux soient sécurisés et tracés.

CIO Mag : Qu’est-ce que ça change concrètement dans la vie des usagers ?

M. C. : Cela renforce la sécurité et la confiance. À l’ère du digital, les fraudes numériques sont rapides et sophistiquées. Sans données locales, il est impossible de les combattre efficacement. En gardant les flux dans la région, nous pouvons développer des plateformes de lutte contre la fraude basées sur l’intelligence artificielle et le machine learning. Cela encourage l’usage des paiements électroniques et réduit la dépendance au cash. Pour les usagers, cela signifie des transactions plus sûres, une meilleure protection de leurs données et une confiance accrue dans les moyens de paiement numériques.

CIO Mag : Quels sont les chiffres actuels des transactions électroniques ?

M. C. : En 2024, on comptait 213 millions de transactions par carte bancaire dans l’UEMOA, pour une valeur de 15 700 milliards de francs CFA. Cependant, 85 % de cette valeur correspond encore à des retraits d’espèces. Autrement dit, la carte reste utilisée principalement pour retirer de l’argent, pas pour payer directement. De son côté, le mobile money connaît une forte croissance, avec près de 12 milliards de transactions en 2024 pour 158 000 milliards de francs CFA. Pourtant, là aussi, la majorité des usages reste orientée vers le cash : chargement de wallet, transfert entre portefeuilles et retrait. Notre défi est de convertir cette dynamique pour que le paiement électronique devienne la norme et que les données reflètent la réalité de la consommation et de l’investissement.

CIO Mag : Vous avez annoncé en novembre 2024 le lancement de GIMPay, outil désormais sollicité par les fintechs de la zone UEMOA. Quel bilan en faites-vous aujourd’hui ?

M. C. : Nous avons d’abord construit le cœur de la plateforme, comme annoncé lors du lancement. Depuis, nous travaillons à l’intégration des différents acteurs. Il faut comprendre que GIMpay repose sur un constat simple : aujourd’hui, les différents moyens de paiement fonctionnent de manière isolée. La carte bancaire constitue un rail de paiement, le mobile money en est un autre, le QR code également. Chaque système évolue dans son propre écosystème, sans interconnexion native. Très souvent, les utilisateurs sont obligés de retirer du cash depuis un service pour alimenter un autre moyen de paiement.

C’est précisément cette dépendance à la logistique du cash que GIMpay cherche à briser. L’objectif est de faire évoluer l’économie vers une logique recentrée sur les transactions électroniques plutôt que sur la circulation d’espèces. Pour y parvenir, il faut connecter l’ensemble des acteurs autour d’une plateforme commune. Ainsi, lorsqu’un opérateur ou une institution financière développe un service, tous les autres utilisateurs de la plateforme peuvent y accéder sans passer par des intermédiaires complexes.

Prenons l’exemple du paiement des factures d’électricité. Aujourd’hui, un client bancaire doit souvent effectuer une opération banque-wallet avant de payer sa facture. Même lorsque la banque propose ce service, cela passe généralement par un agrégateur, ce qui entraîne une superposition des marges. Résultat : payer via une banque coûte parfois plus cher que de passer directement par un opérateur mobile money. Cette réalité constitue une friction importante dans l’usage des services financiers numériques.

Avec GIMpay, l’idée est de simplifier l’expérience utilisateur. Un client possédant plusieurs comptes bancaires, des wallets ou des cartes de paiement doit pouvoir accéder à tous ses services financiers depuis un seul canal digital, quel que soit le fournisseur concerné. L’objectif est donc que tous les instruments de paiement puissent accéder à l’ensemble des services disponibles. Cela facilite l’usage, augmente le volume des transactions et permet de massifier les données. À terme, nous ambitionnons d’atteindre progressivement un modèle où certaines transactions courantes ne seraient plus facturées, la valorisation des données permettant de compenser cette gratuité.

Aujourd’hui, GIMpay poursuit l’intégration technique des banques afin d’atteindre une masse critique d’acteurs avant le déploiement généralisé des premières transactions. L’engouement est réel. Plusieurs banques ont déjà manifesté leur intérêt pour rejoindre la plateforme. Toutefois, elles doivent répondre à certaines exigences technologiques. Certaines ont dû reconstruire entièrement leurs API, et plusieurs opérateurs de mobile money ont également engagé des ajustements techniques d’envergure. Ce sont des investissements lourds qui demandent du temps, mais les acteurs acceptent de faire cet effort, même si l’adhésion à GIMPay reste volontaire et non obligatoire.

CIO Mag : On constate une effervescence autour des cartes virtuelles lancées dans différents pays en partenariat avec Visa. Quelle lecture faites-vous de cette tendance par rapport aux cartes GIM ?

M. C. : C’est un effet de mimétisme. Lorsqu’un acteur lance une carte virtuelle, les autres suivent pour ne pas perdre de parts de marché. Pourtant, ces produits ne sont pas rentables pour nos institutions. Ils ont été encouragés par les réseaux internationaux pour capter les flux de l’e-commerce, mais je rappelle que la décision 31 impose désormais que ces transactions soient routées localement au GIM. À terme, il sera beaucoup plus pertinent d’émettre des cartes domestiques GIM, moins coûteuses et adaptées aux usages régionaux. En 2024, 82 % des paiements par carte dans l’UEMOA se faisaient à l’intérieur de la zone. Donner systématiquement des cartes internationales à des clients qui ne voyagent pas hors de l’espace communautaire n’a pas de sens économique. Les banques perdent de l’argent sur leurs activités monétiques, car les cartes internationales sont onéreuses à émettre et à gérer, assorties de pénalités si les volumes n’atteignent pas les seuils fixés par ces réseaux mondiaux.

Nous devons sensibiliser les banques pour leur dire : vous pouvez émettre des cartes Internationales  mais émettez aussi des cartes GIM. Les cartes GIM sont conçues pour l’inclusion financière. Elles fonctionnent dans les huit pays de l’Union et bientôt dans d’autres zones partenaires. En segmentant mieux leurs marchés, en adoptant les cartes GIM pour les usages régionaux et en réservant les cartes internationales aux grands voyageurs, les banques peuvent retrouver une rentabilité positive tout en consolidant la souveraineté de nos données.

CIO Mag : Quels sont les principaux freins qui entravent encore une synergie fluide entre les acteurs bancaires et les opérateurs non bancaires ?

M. C. : Tous ces acteurs sont là pour faire du business. S’il existe une opportunité de générer de la valeur dans le respect des règles, ils agiront de concert. GIMPay est précisément la plateforme qui offre une formidable opportunité de collaboration. Si je vis au Sénégal et que je veux régler des factures pour ma famille en Côte d’Ivoire, il ne faut pas que les instruments de paiement ou les wallets que je possède au Sénégal bloquent la transaction. Aujourd’hui, ce parcours reste complexe. Avec GIMPay, cela devient fluide. C’est un cas concret de collaboration inter-acteurs où chacun va pouvoir partager la valeur créée, à un coût nettement inférieur pour le consommateur final.

CIO Mag : Suite à la conférence de Cotonou, quelles sont les grandes lignes de votre stratégie pour transformer l’écosystème financier en un véritable moteur d’inclusion économique, notamment pour le secteur informel ?

M. C. : Au cours de la conférence, j’ai rappelé que GIMpay est l’initiative phare pour transformer ce que nous appelons le secteur informel en un écosystème formel. Au fond, c’est nous qui catégorisons ces populations — coiffeurs, maçons, plombiers, menuisiers, cordonniers — comme évoluant dans l’informel. Pour y répondre, nous déployons un ensemble d’initiatives interconnectées : GIM-Trilogie, GIM-Souvera, GIM-Technopole et GIMpay. Mises bout à bout, ces quatre briques stratégiques constituent le cœur de notre approche de l’innovation.

GIM-Trilogie (Vocation-Active-Innov) se concentre sur le développement des compétences et la formation à la base. Nous organisons, par exemple, des conférences à l’attention des jeunes sur la monétique, la cybersécurité, la blockchain, l’intelligence artificielle ou la data science, ainsi que des sessions de mise à niveau pour les agents économiques dits informels. À ce titre, nous avons formé des vendeuses sur les marchés d’Abidjan et financé la formation de 500 artisans au Bénin en 2025. Cette année, nous poursuivons ces actions au Togo, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Le but est de sensibiliser ces acteurs de terrain qui ne franchissent jamais les portes d’une institution de microfinance, car ils estiment souvent que ces structures ne comprennent pas leurs réalités financières. Or, si ces entrepreneurs s’approprient les outils financiers, ils pourront mieux développer leurs activités.

Le volet GIM Trilogie (Vocation-Active-Innov) consiste aussi à mobiliser les institutions éducatives afin de créer des filières capables d’accueillir les élèves chez qui ces vocations ont été suscitées. Au sein de la zone UEMOA, nous avons ainsi structuré un réseau d’universités et de grandes écoles que nous accompagnons dans la conception de cursus liés aux technologies fondamentales. Parallèlement, nous incitons les institutions de microfinance à s’ouvrir davantage aux acteurs de l’économie informelle pour comprendre leurs mécanismes de fonctionnement au quotidien. Nous avons déjà lancé une étude sur les filières agricoles au Sénégal pour identifier les freins à l’inclusion financière, ainsi qu’une enquête auprès des commerçants pour comprendre pourquoi ils préfèrent thésauriser leur argent au sein des marchés plutôt que de le confier aux banques.

Ces travaux de recherche nous servent de base pour animer des ateliers d’idéation. Les défis identifiés sont ensuite soumis aux étudiants lors des hackathons que nous organisons à travers le réseau académique de GIM-Trilogie (Volet Active). Les meilleurs projets sont alors retenus pour intégrer le programme d’incubation GIM Technopole, ce qui représente une réelle opportunité d’affaires pour les incubateurs partenaires chargés de sélectionner les solutions les plus prometteuses.

Une fois financés et arrivés à maturité grâce à des infrastructures cloud et IA portées par GIM Souvera, ces produits trouvent leur débouché naturel sur GIMpay, qui leur sert de marché unique. En tant que fintech, lorsque vous vous enrôlez sur la plateforme, les banques, les institutions de microfinance et les acteurs de l’IA peuvent intégrer votre service instantanément. Votre cible devient immédiatement l’ensemble de la zone UEMOA. À travers ces quatre programmes, notre ambition est de faire reculer l’informel, de structurer ce secteur qui représente 80 % de notre économie, et d’élargir la base des acteurs connectés au système financier.

CIO Mag : Ressentez-vous une réelle volonté des États d’accompagner cette dynamique de souveraineté ?

M. C. : Nous ressentons très clairement cette volonté de la part des États qui manifestent un intérêt croissant pour le rôle que peuvent jouer les infrastructures de paiement dans l’accélération de l’inclusion financière et de la transformation numérique des économies. Dans cette dynamique, nous avons été cooptés pour siéger au sein de  Conseils consultatifs sur l’inclusion financière dans certains pays de l’UEMOA. Cette reconnaissance témoigne de la confiance accordée au GIM-UEMOA en tant qu’acteur technique de référence dans le développement des paiements électroniques et de l’inclusion financière. Elle illustre également la volonté des États de s’appuyer sur des infrastructures régionales robustes pour favoriser l’accès des populations aux services financiers formels et soutenir les objectifs de développement économique.

En synergie avec les orientations de la BCEAO et l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème, le GIM-UEMOA entend poursuivre sa contribution à la construction d’un environnement financier plus inclusif, plus accessible et davantage adapté aux nouveaux usages numériques.

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Encadré : UEMOA, dans les coulisses d’une révolution silencieuse des paiements

Dans les rues d’Abidjan, de Dakar ou de Bamako, le geste est désormais banal. Un téléphone, quelques clics, et la transaction est effectuée. En quelques années, le mobile money s’est imposé comme le cœur battant des paiements digitaux dans l’UEMOA, transformant en profondeur les habitudes financières de millions d’utilisateurs. En 2024, le mobile money totalise près de 11,9 milliards de transactions, contre 213,8 millions pour les cartes bancaires, un rapport révélateur d’une adoption massive au quotidien. Au-delà du volume, la valeur impressionne puisque ces transactions mobiles atteignent 156 889 milliards de francs CFA contre 15 718 milliards pour les cartes. Cette montée en puissance irrigue désormais l’ensemble de l’économie à travers les transferts, les paiements marchands ou les factures du quotidien.

Derrière ces performances se joue un basculement majeur, celui de l’inclusion financière. Avec près de 249 millions de comptes mobile money en 2024, contre seulement 8 millions de cartes bancaires, le mobile devient la porte d’entrée principale vers les services financiers. Cette accessibilité repose sur un maillage territorial exceptionnel de plus de 960 000 points de services qui rapprochent ces outils des populations, y compris dans les zones les moins bancarisées. Face à cette dynamique, la monétique bancaire ne disparaît pas mais se transforme. Les paiements par carte connaissent une croissance de plus de 77 % entre 2020 et 2024, portée par l’essor des cartes prépayées. Cartes et mobile money apparaissent ainsi comme des solutions complémentaires, l’une structurante pour les transactions formelles et à valeur élevée, l’autre incontournable pour les usages massifiés.

Pourtant, derrière cette dynamique persiste un paradoxe car le cash continue de dominer. Environ 60 % des transactions en volume et près de 80 % en valeur restent liées à des retraits d’espèces, aussi bien dans l’écosystème des cartes que du mobile money. Ce constat souligne un potentiel encore immense pour les transactions digitales marchandes. L’avenir des paiements en UEMOA se jouera désormais sur des enjeux structurants comme l’interopérabilité entre les solutions, la montée en puissance du QR Code, le développement du e-commerce et la réduction progressive de la dépendance aux espèces. C’est un véritable changement de paradigme qui s’opère. L’UEMOA amorce sa transition vers une économie plus inclusive et connectée où le Mobile Money est devenu une infrastructure essentielle au cœur du développement économique et social régional.

Propos recueillis par :
Mohamadou Diallo
Anselme Akéko
Michaël Tchokpodo

CIO MAG

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