Nigéria : les médias sociaux, un défi majeur pour la radiodiffusion

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Ishaq Modibbo Kawu, le directeur général de la commission nationale de la radiodiffusion (NBC).

(CIO Mag) – A l’occasion de la 6e édition du forum dédié aux acteurs des médias audiovisuels au Nigéria, intitulé « NBC / Yemi Sonde Broadcast Media Stakeholders ‘Forum », ouvert ce 18 juillet à l’Université d’Ibadan dans l’Etat dOyo au Nigéria, sous le thème « Evolution des médias sociaux et radiodiffusion conventionnelle, perspective nigériane », Ishaq Modibbo Kawu, le directeur général de la commission nationale de la radiodiffusion (NBC) a fait un gros plan des impacts des réseaux sociaux au Nigéria.

Ce rendez-vous biennal conjointement organisé par la NBC et Yemi Sonde Entertainment Limited, une agence de presse basée au Nigéria, propriété de Yemi Sonde, un vétéran de la radiodiffusion au Nigéria, réunit des intellectuels et professionnels des médias nigérians. Le thème de l’acte actuel repose sur trois axes de discussions. A savoir, l’influence des médias sociaux sur le diffuseur de contenu diffusé ; les défis et les opportunités du marketing numérique et producteur indépendant et, enfin, les défis et opportunités et les effets négatifs des réseaux sociaux sur la radiodiffusion.

C’est d’ailleurs autour de ces aspects que s’est articulé le discours d’Ishaq Modibbo Kawu.

« L’avènement et la consolidation des médias sociaux ont constitué un défi majeur pour les médias conventionnels en général et la radiodiffusion conventionnelle en particulier. La circulation des journaux à travers le monde a beaucoup souffert, en particulier dans les pays capitalistes avancés. Cette même tendance est devenue la norme dans le cadre du Nigéria », a t-il déclaré.

D’après lui, la présence des réseaux sociaux a affecté la radiodiffusion à travers « la valeur ajoutée majeure » qu’est la diffusion en direct.

Il trouve que cet « effort a été largement motivé par le fait qu’il existe une énorme population de jeunes, qui consomment les médias de manière différente, principalement sur des appareils portables ».

Dangereuses Fake news

Il a cependant noté un problème important, celui de la rupture fondamentale dans la manière dont le contenu peut être généré et diffusé.

Tout en rappelant que « le radiodiffuseur traditionnel doit respecter certains codes de performance professionnelle », il a souligné que « le citoyen-journaliste n’a pas de tels facteurs professionnels inhibiteurs. Et c’est cette liberté qui a été à l’origine de nombreux problèmes générés par les médias sociaux dans la société contemporaine ».

Pour Ishaq Modibo Kawu, les défis de l’industrie de la radiodiffusion sont la propagation de la haine et du discours dangereux, des propos injurieux, le phénomène de l’ancre qui veut exprimer sa propre opinion sur les problèmes de société contemporains et l’exploitation sans médiation des plateformes de médias sociaux en tant que sources de contenu généré par l’utilisateur.

Ajoutés à cela, « les interactions sociales qui souffrent progressivement tandis que chaque individu s’enferme dans la réalité virtuelle des médias sociaux ».

« La qualité des relations s’érode. Même les professionnels de la santé mentale cherchent davantage d’informations sur l’impact des médias sociaux sur la santé mentale », a-t-il ajouté.

Ishaq Modibo a profité de son allocution pour illustrer aussi le fléau des fakes new. Ce, par des exemples ayant fortement influencé l’actualité et même la vie des citoyens nigérians. A l’instar d’une « mêlée hystérique autour de l’eau salée, en tant que « remède possible » contre le virus Ebola » en 2014.

« Les Nigérians sont passés en mode panique ! Et l’histoire traversée des médias sociaux aux médias traditionnels, y compris la radiodiffusion. Il s’est avéré que l’origine de l’histoire de cette « cure » à l’eau salée était un effort malicieux de deux jeunes pour exploiter l’incrédulité des Nigérians », s’est-il souvenu.

Il a aussi cité l’exemple des journaux ayant illustré les informations sur des « bergers armés » présumés, en achetant des images sur Internet. Lesquelles, selon son étude des documents y afférant, étaient soit des Dinkas, soit des nouveaux nomades du Sud-Soudan portant des armes dans leurs activités d’élevage.

Problématique nigériane

Le directeur nigérian trouve que ces cas de figure regrettables renforcent les préjugés profondément enracinés des lecteurs et du public. Mais surtout que cela donne lieu à un environnement de plus en plus tendu et renforce des tendances au déclenchement de conflits toujours plus tragiques au Nigéria.

Il a insisté sur le défi majeur que représentent les réseaux sociaux pour la gestion de la vie et pas qu’au Nigéria mais partout dans le monde.

« Le point central est que le matériel diffusé n’aurait pu faire l’objet d’aucune forme de médiation professionnelle pour vérifier la vérité ou l’équité, ni d’autres canons fondamentaux qui auraient une incidence sur la praxis de la radiodiffusion orthodoxe », regrette le directeur.

Il a expliqué qu’au Nigéria, ces médias ont évolué dans le contexte des changements démographiques auxquels le pays a assisté au cours des deux dernières décennies.

Pour lui, le forum ouvert ce jour « offre une occasion tout à fait unique de discuter de manière exhaustive de ce phénomène social passionnant mais stimulant ».

Notant également l’impossibilité d’ignorer et de sous-estimer son impact sur la pratique classique de la radiodiffusion il a reconnu, la nécessité de « trouver un équilibre créatif entre l’interface dialectique entre ces réseaux et le monde professionnellement conventionné de la radiodiffusion nigériane ».

Aurore Bonny

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