Yamoussoukro, la ville numérique et les politiques d’aménagement du territoire

0
855
Crédit photo : Le Monde

Le déploiement d’une infrastructure numérique constitue une opportunité pour rationaliser la gestion du territoire, combiner technologies évolutives et interventions réglementaires, afin d’enrichir la ville de services sectoriels dématérialisés. Mais que revêt cette politique dans le cas du District autonome de Yamoussoukro, en marche vers la ville numérique ?

(CIO Mag) – Plus que jamais, la Côte d’Ivoire est déterminée à réagir au gré des opportunités du numérique pour accélérer son développement. Aussi se dote-t-elle d’un Réseau national haut débit (RNHD) à base de fibres optiques pour offrir à la population un mode de vie connecté en permanence. 5000 km de câbles sont déjà installés sur les 7000 km prévus pour mailler complètement le territoire national. Le RNHD comprend, en outre, l’installation d’un commutateur et d’équipements CDMA (Code Division Multiple Access) dont la couverture doit s’étendre sur 1000 localités. Pendant que ces infrastructures se mettent en place, n’est-ce pas là le bon moment pour démarrer la construction de villes intelligentes ? En tous les cas, le RNHD fait écho au plan stratégique de Yamoussoukro visant à faire du chef-lieu du District autonome du même nom une ville résolument numérique.

Yamoussoukro et la ville numérique

Le Gouverneur Augustin Thiam aux ATDA Abidjan 2017, tenu à l’Institut Français.

Au cours de  la seconde séquence des Assises de la Transformation Digitale ATDA tenue à Abidjan le 30 novembre 2017, le Gouverneur Augustin Thiam a révélé que le District autonome de Yamoussoukro s’est rapproché du fournisseur de services MTN pour y installer une liaison en fibre optique. Dans le cadre du projet Ville numérique, un plan stratégique a fixé dix priorités pour façonner le paysage des affaires et des administrés. Deux espaces multimédias ont donc vu le jour dans les quartiers Assabou et Koossou, où la navigation internet ne coûte que 50 FCFA/h. Des programmes d’alphabétisation sont en cours d’exécution. La ville vient, en outre, d’accueillir un système d’information géographique qui permettra une visibilité 360° sur l’état d’avancement des chantiers. Il est aussi prévu d’équiper les bâtiments publics, établissements et gares routières en wifi zone ; et de doter la ville d’une plateforme de géolocalisation pour le transport routier.

Un projet e-Gouvernance ? Le Gouverneur Augustin Thiam en a parlé, également. Tout comme le projet e-Cadastre, dont le but est de garantir une meilleure gestion du foncier et faciliter la planification de l’aménagement du territoire. A ses dires, la collaboration avec les grandes écoles d’ingénieurs, dont l’Institut national polytechnique Félix Houphouët Boigny (INP-HB), est un autre axe stratégique dans la numérisation de Yamoussoukro. Cela permettra, dit-il, « de monter de nouveaux projets » au bénéfice de la population et de « modéliser des scénarios pour proposer des services innovants autour de la ville numérique ».

Lire aussi » Côte d’Ivoire: cette année, Yamoussoukro amorce sa mutation en ville numérique

C’est une réalité : le numérique s’invite au cœur de la capitale politique de la Côte d’Ivoire. Mais comment cette intégration profite-t-elle de l’expérience internationale ? Quelle politique d’aménagement du territoire faut-il adopter pour éviter de commettre les mêmes erreurs que les villes qui se sont embourbées dans un projet similaire ? Face aux enjeux, les panélistes des ATDA Abidjan 2017 ont apporté des éclairages.

Inventer son modèle

PDG de Tactis – cabinet français leader en conseil stratégique télécom et aménagement numérique présent dans une douzaine de pays d’Afrique -, Stéphane Lelux  a présenté, à cette occasion, trois modèles lors du panel intitulé « Politique d’aménagement du territoire : quel modèle pour l’Afrique ? » « Nous avons des exemples de PPP (Ndlr : partenariats publics privés) qui fonctionnent autour des Grands Lacs ; vous avez des régions où des puissances publiques interviennent partout comme au Gabon ; et d’autres modèles qui consistent à avoir des infrastructures mutualistes qui favorisent la concurrence dans les services (…) Entre le tout privé comme au Maroc et le tout public au Gabon, on se rend compte qu’on a besoin de libérer un certain nombre d’énergies, tout simplement parce qu’on ne peut pas tout faire. C’est le cas par exemple de la Côte d’Ivoire où des investissements publics viennent en complément de l’initiative privée », a expliqué M. Lelux.

Il n’existe donc pas de modèle parfait mais un modèle à inventer. En s’appuyant sur ses atouts. Sans pour autant perdre de vue  « le problème principal qui va être la capacité de financement et la capacité de réalisation », a noté Stéphane Lelux. A l’en croire, l’autre difficulté résidera dans la capacité des autorités publiques à traiter d’énormes volumes de données sur la ville. Sur ce chapitre, le District autonome de Yamoussoukro peut se réjouir du lancement, courant novembre 2017 à l’INP-HB, d’une formation de haut niveau dans les sciences de la data. Bientôt, le pays disposera de ses premiers Data mining, ingénieurs Big Data, Data Scientist et Data Analyst : ces experts possédant une double compétence statistique et informatique pour extraire d’une masse de données, les informations pertinentes à la prise de décision.

La concurrence par les infrastructures

Au cours de ce panel, Terence Cabot, avocat chez La Tournerie Wolfrom, a insisté, sur la nécessité d’envelopper les projets d’infrastructures numériques « d’une volonté politique forte ». Il a également mis en exergue le principe de la concurrence par les infrastructures. « Ce principe, il faut le relativiser puisqu’il va jouer dans les zones rentables où chaque opérateur peut déployer ses infrastructures, qui sont loin d’être suffisantes parce que l’acteur privé est toujours à la recherche de rentabilité. C’est pourquoi la puissance publique doit prendre le relai dans les zones moins rentables », a-t-il préconisé.

Et l’avocat d’expliquer que l’initiative publique est vitale pour doter un Etat « d’infrastructures neutres et ouvertes », favorisant le développement de services compétitifs. Selon lui, c’est dans les modèles contractuels que ces dispositions doivent être prises. « Ce sont des modèles classiques qui ont fait leur preuve et qui peuvent être appréhendés dans le cadre de PPP sécurisés », avait alors indiqué Terence Cabot.

Processus collaboratifs et dématérialisés

Pour Regis Charpentier, Fondateur de Winwin Africa, la construction d’infrastructures numériques doit être pensée dans une logique combinant politique d’infrastructure et politique de services. « Quand on parle d’aménagement des territoires, on ne construit pas des infrastructures, on construit des programmes qui sont pérennes ; et il faut identifier les personnes qui vont opérer ces infrastructures sur la base de processus collaboratifs », a martelé Regis Charpentier. En pratique, il s’agit de développer des projets d’infrastructures qui intègrent les autres problématiques de la zone où l’équipement est installé. Ainsi, un programme d’équipement sportif intégrera un centre multimédia, des services de e-Santé, e-Education, e-Transport, dans un processus dématérialisé. « Le succès de l’aménagement numérique du territoire renvoie à des politiques publiques dématérialisées et des politiques d’aménagement dans les zones rurales », a renchéri Stéphane Lelux. Autrement dit, il est question de combiner l’aménagement du territoire avec la transformation digitale des services publics.

De toute évidence, ce panier d’idées Tech vient enrichir les initiatives de ville numérique, comme celle de Yamoussoukro, face aux problématiques locales de développement. En ligne de mire ? Des infrastructures de transmission sécurisées pour les entreprises privées mais surtout pour l’Administration publique, en vue de fournir des services à forte inclinaison IT dans l’éducation, la santé, l’agriculture, le transport et les collectivités locales.

Anselme AKEKO – Abidjan
anselme.akeko@cio-mag.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here